Entries Tagged as 'Rentrée littéraire 2009'

De T et Efina…

Efina, le deuxième roman de Noëlle Revaz, est un texte assez particulier. Un texte dont il est difficile de parler. Noëlle Revaz raconte l’histoire d’amour d’Efina et d’un comédien connu sous le pseudo T, une histoire qui est faite d’attirance et de répulsion, de désirs et d’irritations. Efina est une jeune femme passionnée de théâtre qui croise T. un soir lors d’une représentation. Efina est une femme instable, une femme qui se cherche, une femme qui hésite, une femme ancrée dans la réalité. T. est un comédien qui n’a que ça pour vivre. C’est un homme volage, fugueur, imposant, inconstant. C’est un homme peu séduisant, qui se laisse aller et ressemble même parfois à un clochard. C’est lui qui contacte Efina, qui lui envoie des lettres et la relance quand elle semble prendre ses distances. C’est une relation étrange qui les unit.

Et c’est un texte étrange. C’est un texte qui ne m’a pas plu et que pourtant j’ai lu d’une traite ne pouvant quitter ces deux personnages. Je n’ai pas aimé Efina et T. Je n’ai pas aimé l’écriture un peu décousue, le style, le ton. Et pourtant je l’ai lu avidement… Je suis ressortie de cette lecture avec un sentiment de mal-être, un doute, un questionnement.

Présentation du livre et entretien avec l’auteur sur le site de l’éditeur Gallimard. Et un autre entretien avec l’auteur ici.

Efina, Noëlle Revaz, Gallimard, 2009

Challenge du 3% littéraire (20/21)

D’un bonheur fantôme…

C’est d’abord le titre du roman qui m’a attirée, Bonheur fantôme, et qui m’a incitée à tourner le livre et à en lire la quatrième de couverture qui nous dit ceci :

« Le bonheur, même quand il vous est donné d’un coup, il faut en faire de petites provisions pour les jours d’après. »
A 28 ans, Pierre a tout quitté du jour au lendemain pour aller vivre à la campagne. Tout, c’est-à-dire Paris, ses études, le milieu de la mode… Dans ce coin très vert, un peu paumé, il soigne ses chiens et son jardin, ramasse des vieilleries et les vend, tout en entamant la biographie d’une artiste animalière du XIXe siècle, Rosa Bonheur, la bien nommée. Avec pudeur, ironie, parfois provocation et mal de drôlerie, Anne Percin dévoile les secrets de ce jeune homme à la beauté féroce. Des fantômes, vivants ou morts, le hantent. Ainsi qu’une très grande histoire d’amour dont il a cru se préserver…
Un premier roman débordant de vie et d’intelligence.

Le thème m’a beaucoup touchée parce que nous vivions et nous vivons encore la rupture avec notre vie d’avant. Alors que ce livre venait prendre place sur les tables de la librairie, nous décidions de tout quitter pour tenter l’aventure et nous installer dans les montagnes. Nous avions beaucoup et nous n’avions rien qui nous attendait. Nous voulions juste changer de vie tout en sachant que ce serait difficile.

L’histoire de Pierre m’a beaucoup émue. J’ai commencé ce roman pleine d’attente et d’envie et j’en suis ressortie en larmes et bouleversée par ses fantômes, son amour, sa peur, sa faiblesse et son courage… L’histoire d’amour que nous raconte Anne Percin est puissante et vibrante. C’est une vraie histoire d’amour avec ses bonheurs, ses doutes, ses joies, ses souffrances, ses violences et sa force. Un amour intense… Et puis, il y a ce manque chez Pierre, l’absence du frère, qui le hante et qui va profondément marquer sa vie et ses actes, justifier ses choix. Et puis, il y a cette nouvelle vie, ce changement radical, cet isolement volontaire, ce repli et cette solitude pour se retrouver, se reconstruire, partir sur de nouvelles bases. Il y a sa fascination pour Rosa Bonheur, son métier de brocanteur, ses animaux. Ce livre est vivant. Il parle à chacun de nous. Il nous construit. Il m’a soutenue et confortée dans ma démarche.

Bonheur fantôme de Anne Percin est un roman que j’ai aimé, adoré, qui m’a fait pleuré, qui m’ a fait ressentir une émotion intense.

Bonheur fantôme n’est pas le premier roman de Anne Percin, elle a déjà écrit plusieurs romans pour la jeunesse.

Le blog de l’auteur ici. Et les avis de Clarabel, In Cold Blog, Laurent, Cathulu et Céline.

Bonheur fantôme, Anne Percin, Le Rouergue, coll. la Brune, 2009

Challenge du 3% littéraire (19/21)

D’un pied au paradis…

Un pied au paradis de Ron Rash est un roman noir assez intéressant et vivant grâce à sa construction particulièrement originale. Cinq personnages vont prendre la parole à tour de rôle pour raconter leur version du drame qui a eu lieu : le shérif, la voisine Amy, le voisin, le fils des voisins et l’adjoint au shérif.

Nous sommes en Caroline du Sud dans le comté d’Oconee dans les années 50. Le shérif Will Alexander est appelé pour intervenir dans un bar où a lieu une bagarre à laquelle participe Holland Winchester. Le lendemain, le shérif est appelé par la mère de ce dernier qui aurait disparu sans prendre son pick-up, celle-ci ayant entendu un coup de feu dans la matinée. Will va enquêter chez les voisins, les Holcombe. Il a des doutes mais ne trouve aucun cadavre ni aucune preuve de leur culpabilité. Le shérif revient sur sa vie, son passé, sa femme, ses choix, sa famille, le futur. Il n’est pas heureux et ne trouve pas le disparu. Ensuite, la narration est reprise par la femme du voisin, Amy. Elle raconte son histoire, sa rencontre avec son mari, leur malheur de ne pas pouvoir avoir d’enfant et la chute qui mène au crime. On entre par après dans la tête de Billy, le mari, qui explique le sentiment de jalousie qui l’habitait mais aussi son malaise face à son fils, du fils des voisins qui découvre les secrets du passé et de l’adjoint au shérif. Les narrations se déroulent sur plusieurs années ce qui offre la possibilité à l’auteur de faire évoluer l’environnement du drame et d’envisager l’avenir des différents intervenants. Ceux qui cultivaient leur terre et en vivaient ont dû la quitter pour habiter en ville et travailler à l’usine à cause de la construction imminente d’un barrage. L’auteur ancre son roman dans la réalité de la Caroline du Sud et de ses habitants : la sécheresse, la construction d’un barrage, l’expropriation.

Ce roman chorale permet à l’auteur de lever progressivement le voile sur le mystère de la disparition de Winchester, sur la vie qui continue, sur la culpabilité qui sommeille chez les coupables. La tension augmente au fur et à mesure pour finir dans une scène extrêmement forte émotionnellement qui a réussi à me faire verser quelques larmes. Ron Rash mène son intrigue d’une manière très originale et vivante bien que le drame qui a eu lieu soit finalement assez banal. Il nous offre un roman noir intrigant et très prenant.

Les avis de Papillon, Clarabel, Moisson Noire et Emeraude.

Un pied au paradis, Ron Rash, Editions du Masque, 2009

Challenge du 3% littéraire (18/21)

De nuages…

C’est grâce à une quatrième de couverture plus que tentante et intrigante que je me suis laissée aller à lire Le livre de nuages de Chloé Aridjis.

11 août 1986 – Berlin
Juste devant moi, dans cette rame de métro bondée, était assise une très vieille femme, presque centenaire je dirais, coiffée d’un foulard qui encadrait un large front, protubérant comme une planète en colère. Elle avait des yeux noirs enfoncés dans leur orbite et un visage carré aux lourdes mâchoires qui était remarquablement masculin. Tout semblait horriblement familier et j’avais l’impression d’avoir déjà vu ce visage, mais en noir et blanc. Plus je la regardais, plus j’étais certaine que c’était… oui, que c’était Hitler, Hitler en vieille femme dans ce métro berlinois… Aucun membre de ma famille ne me crut. C’était absurde, Hitler s’était suicidé dans son bunker en 1945, tout le monde savait ça…

Tatiana a quatorze ans quand elle a cette terrifiante vision. Dix ans plus tard, elle revient à Berlin pour étudier, puis pour y vivre de petits travaux, pour rêver un peu, pour être seule. Elle flotte dans la vie, se promène sur un nuage, ne s’implique jamais nulle part. Son obsession, c’est cette ville et son horrible passé, la guerre d’abord, puis le Mur, la coupure. Elle va croiser d’autres fantômes, se mêler à eux dans les rues, le métro encore, les mystérieux souterrains côté Est, nous entraînant à sa suite dans des récits d’une grande poésie, même s’ils sont parfois très noirs. Jusqu’au jour où la violence va frapper…


Mal m’en a pris car ce résumé si prometteur ne m’a pas semblé correspondre au contenu du livre. En effet, cette vision dans le métro berlinois d’une vieille femme aux traits d’Hitler n’est qu’un amuse-bouche pour nous expliquer le choix de la narratrice à apprendre l’allemand et ensuite à étudier à Berlin (ce qui lui permet également de fuir sa famille nombreuse envahissante). Nous la retrouvons des années après cette vision dans une ville libérée mais encore marquée par son passé. Cette jeune femme est perdue, elle n’a plus de travail, elle n’a aucune attache et elle n’en veut pas, elle n’a aucune envie. Sa vie est vide comme elle et elle déambule dans cette ville qu’elle aime. Elle trouve un travail auprès d’un ancien historien qui va lui permettre de rencontrer un météorologue amoureux des nuages. Un homme qui a vécu la chute du Mur en 89 et qui vivait de l’autre côté, du côté Est. Ce nouveau travail va lui faire découvrir un nouveau Berlin et approcher des personnages étranges.

Le livre des nuages est un roman qui nous parle de solitudes dans une grande ville. Des solitudes qui errent, se croisent, se touchent mais ne se libèrent jamais. Un roman qui nous parle d’errances, de recherches et de vide. Un roman qui ne correspond pas tout à fait à ce qui est présenté en quatrième.

Je n’ai pas aimé ce premier roman de Chloé Aridjis. Je suis restée insensible au drame personnel de cette jeune femme, à son vide, à son questionnement. J’ai trouvé ce roman monotone, long et lent. Un ressenti qui correspond bien à la thématique.

J’aurais aimé apprendre un peu plus sur le météorologue, j’aurais aimé un partage. Et surtout, j’aurais aimé qu’elle poursuive son enquête sur cette apparition mystérieuse qu’elle a eue des années auparavant. Etait-ce possible ? Etait-ce réel ? On pourrait imaginer qu’elle avait vu juste. Quel changement pour l’Histoire. Mais non, elle en reste là. Il est vrai qu’il s’agit d’un sujet délicat et assez dérangeant mais la fiction nous permet d’imaginer des scénarios multiples et improbables. J’ai été déçue par ce roman car j’ai attendu jusqu’au dénouement un lever du voile mais en vain.

Une présentation du livre par l’éditrice ici et par l’émission “Un livre un jour” sur France3.

Les avis de Leiloona, de Stephie et de Antoine.

Le livre des nuages, Chloé Aridjis, Mercure de France, 2009

Challenge du 3% littéraire (17/21)

D’un été chagrin…

L’été chagrin de Henri Husetowski c’est l’été d’un jeune garçon de dix ans, David Duval, juif baptisé à l’église catholique, qui voit son monde s’effondrer en une nuit alors que les voitures noires et les camions débarquent pour emmener tous les gens de son quartier. David perd sa mère, ses amis, ses repères, ses croyances aussi. Tout ce qu’il croyait juste est faux. Tout ce que les adultes lui ont dit comme étant de vérités est un mensonge. David échappe à la rafle du Vél d’Hiv et commence pour lui une nouvelle vie. Il sera pris en charge par l’abbé qui le fera quitter la ville avec un autre garçon qui lui ressemble, lui fils de résistant. David a peur, il s’invente des histoires, a des accès de folie parfois où ses rêves sont pour lui réalité. David est seul, il a besoin d’une mère, il a besoin de se reconstruire. L’été 1942, sera tragique pour David et pour tous les enfants qui comme lui seront arraché à leur histoire.
Henri Husetowski nous livre un premier roman poignant et troublant. Il n’est pas le premier à utiliser la thématique de la rafle du Vél d’Hiv en juillet 1942 et des enfants cachés pour écrire un roman mais il l’aborde d’une manière nouvelle : que peut produire cet événement traumatisant chez un enfant qui pensait être à l’abri et qui ne comprend pas ce qui arrive, les séquelles du mensonge, de la perte, de l’inhumanité. Le tout écrit dans une langue correspondant parfaitement à celle d’un enfant de dix ans. Le narrateur c’est David. Le lecteur vit avec lui les événements et les émotions. Le lecteur devient presque David.
Mais ce roman, ou plutôt le narrateur m’a énervée. David est un jeune garçon un peu imbu de sa personne et qui aime raconter des mensonges pour se mettre en valeur (notamment d’un point de vue sexuel). Ce côté de sa personnalité est sûrement dû à sa mère qui lui rappelle toujours qu’il est beau, qu’il est intelligent et qu’il doit devenir ingénieur. Mais je n’aime pas trop ce genre de comportement. Ensuite, David vit ces événements traumatisants qui lui font quelque peu perdre la tête et le sens de la réalité. Sa folie l’entraîne souvent à se mettre lui-même en danger mais aussi ceux qui sont là pour l’aider. Il devient méchant, agressif, violent. Il ne fait confiance à plus personne. Il devient insupportable. Tout en comprenant cette douleur, cette violence qui lui a été faite et qu’il refoule, ce jeune garçon déboussolé m’a irritée.
L’été chagrin est un roman qui pose la question du traumatisme de l’identité et de la réalité d’un monde de brute. C’est un roman qui évoque une période souvent racontée mais qui le fait d’une manière singulière et bouleversante. A découvrir.

Je remercie Guillaume de Babelio qui m’a permis de lire ce livre lors de l’opération Masse Critique et pour sa patience. Je remercie également les éditions Buchet-Chastel pour cette découverte.

Les avis de GeorgeSandetmoi, Nanne, Esmeraldae, Dédale du Biblioblog (assez proche du mien), Sandrine.

L’été chagrin, Henri Husetowski, Buchet-Chastel, 2009

Challenge du 3% littéraire (16/21)

D’une barque silencieuse…

La Barque silencieuse de Pascal Quignard est le sixième volet de son entreprise littéraire Dernier royaume, dont le premier titre, Les ombres errantes, a obtenue le prix Goncourt en 2002.

La Barque silencieuse n’est ni roman ni un essai mais plutôt une forme des deux. Dans cet ouvrage résolument tourné vers la mort et la vie à travers les époques, la religion et ses pensées, sont rasssemblés des anecdotes historiques, des rappels étymologiques, des citations, des réflexions sur le suicide, la vie, l’athéisme, la mort… Ce livre est un recueil de pensées libres à penser librement. Un recueil foisonnant, riche, intense, vibrant et tellement intelligent à l’écriture directe et pure.

La Barque silencieuse nous fait réfléchir sur la vie et la mort, nous instruit, nous enrichit, nous invite à une liberté de pensée. Je suis très heureuse d’avoir découvert cet auteur car des livres comme ceux qu’il écrit sont rares à notre époque. Il me fait penser à Voltaire, à Diderot, à Montaigne, à Pascal même. A ces auteurs éclairés qui cherchent à comprendre le monde, à voir la vie et la mort, à penser par eux-mêmes. Qui incitent les lecteurs à travailler, à réfléchir. Qui les encouragent à s’ouvrir au monde. Pascal Quignard ne nous offre pas un divertissement, il nous offre de la matière à penser. Excellent !

Pascal Quignard invité par François Busnel à la Grande Librairie.

Je vous présente quelques extraits :

« Le livre ouvre l’espace imaginaire, espace lui-même originaire, où chaque être singulier est réadressé à la contingence de sa source animale et à l’instinct indomesticable qui fait que les vivants se reproduisent. Les livres peuvent être dangereux mais c’est la lecture surtout, par elle-même, qui présente tous les dangers.

Lire est une expérience qui transforme de fond en comble ceux qui vouent leur âme à la lecture. Il faut serrer les vrais livres dans un coin car toujours les vrais livres sont contraires aux mœurs collectives. Celui qui lit vit seul dans son « autre monde », dans son « coin », dans l’angle de son mur. Et c’est ainsi que seul dans la cité le lecteur affronte physiquement, solitairement, dans le livre, l’abîme de la solitude antérieure où il vécut. Simplement, en tournant simplement les pages de son livre, il reconduit sans fin la déchirure (sexuelle, familiale, sociale) dont il provient.

Chaque lecteur est comme Saint Alexis sous l’escalier de son père. Il est devenu aussi silencieux que l’écuelle qu’on lui porte. Seule la lettre placée au devant de ses lèvres peut attester que son souffle n’est plus.

Quelque chose parvient à se faire entendre dans l’expression écrite au moyen de lettres sans qu’il soit besoin de les articuler.

Celui qui lit la lettre a perdu le soi, le nom, la filiation, la vie terrestre.

Dans la littérature quelque chose résonne de l’autre monde.

Quelque chose se transmet du secret. » (p. 61)

« Les pays chrétiens interdisent le suicide comme irréligieux. Les Etats démocratiques le blâment comme une lâcheté. Les sociétés psychiatriques le soignent comme une maladie. Les civilisations anciennes en louaient le courage. Ils l’honoraient comme une fierté. Les Anciens Romains disaient : C’est la plus grande des déesses, la Nature, qui nous a donné avec la vie la possibilité de s’exempter du monde qu’elle engendre. » (p. 85)

« Le large a inventé une place partout sur cette terre. Ce sont les livres. La lecture est ce qui élargit. » (p. 98)

« Je nomme athée celui qui vit sans dieux, dont l’âme est sans foi, dont la conscience est exempte de peur, dont les mœurs ne s’appuient pas sur des rites, dont la pensée est sauve de toute référence à dieu, diable, démon, hallucination, amour, obsession,dont la mort est accessible à l’idée de suicide, dont l’après-mort est néant. » (p. 182)

La barque silencieuse, Pascal Quignard, Seuil, 2009

Challenge du 3% littéraire (15/21)

Des Arrangeurs…

Comme à mon habitude, je vous présente encore un premier roman de cette rentrée littéraire 2009, Les Arrangeurs de Laurence Tellier-Loniewski.

Dans son roman assez réussi, Laurence Tellier-Loniewski nous embarque dans la vie et les habitudes d’une résidence de co-propriétaires post soixante-huitards racontées par une enfant qui doit avoir entre 9 et 12 ans. Le récit que fait cette petite fille de la résidence et la description de ses habitants sont farfelus, délicieusement naïfs et drôles, intenses. Ce roman n’est pas résumable à une action parce que finalement ce qui importe dans le récit c’est la vie de tous ses habitants, leurs petits travers, leurs secrets, leur solidarité dévoilés par différents événements qui bouleversent leur quotidien.

Les Arrangeurs de Laurence Tellier-Loniewski est un premier roman touchant qui fait sourire et vivre avec les personnages. J’ai apprécié la simplicité du ton, la justesse, la naïveté, la fraicheur aussi de la narratrice. Les Arrangeurs est un roman qui ne parle pas de grands sujets historiques ou politiques, il nous parle de la vie telle qu’on la connaît imbriquée dans l’Histoire. J’ai passé un excellent moment de lecture car il est tellement bon de voir nos travers, d’en rire et finalement d’apprendre la Vie. Un roman frais qui fait du bien, qui repose, qui est juste.

Voici une présentation du livre avec un entretien avec l’auteure et la lecture d’un extrait du texte.

Les Arrangeurs, Laurence Tellier-Loniewski, Gallimard, 2009

Challenge du 2% littéraire (13/14)

D’une vaine attente…

La vaine attente de Nadeem Aslam est un des romans de la rentrée qui m’a marquée et qui m’a interpelée. Je n’avais jamais lu de romans traitant de l’Afghanistan, de son passé et de son présent, et cette première rencontre forte en émotions m’a fait réfléchir et voir les choses autrement.

La vaine attente raconte l’histoire d’un pays, de ses habitants, de ses combats, d’une réalité inquiétante, d’un échec passé, de douleurs, de pertes, d’amour et d’attente. C’est surtout l’histoire d’une attente sans fin : l’attente d’une fille disparue et d’un petit-fils, l’attente d’un frère également disparu, l’attente d’un renouveau, l’attente d’un ultime sacrifice, l’espoir d’un monde meilleur. Nadeem Aslam nous fait voir les implications historiques, politiques et religieuses de l’intervention américaine auprès des Afghans pour vaincre les russes. Cette guerre contre la Russie aura été le déclencheur de la tombée d’un pays riche de culture, de savoir et d’art de vivre dans l’obscur fanatisme religieux dont les conséquences se payent encore aujourd’hui.

La vaine attente est un livre humain où l’on rencontre de nombreux personnages tels qu’un vieux médecin anglais à la main coupée et veuf d’une femme qu’il aimait et qu’il a perdu car elle était afghane, un ancien espion américain amoureux de la fille du médecin, une femme russe à la recherche du corps de son frère, une institutrice afghane menacée, un jeune homme qui se prépare à mourir pour son dieu. Un roman riche où tous les points de vue sont abordés et dévoilés. Ce roman est bien construit et le lecteur se retrouve finalement lui aussi dans cette vaine attente. Un reproche : l’auteur essaye de tomber dans le pathos parfois et ce n’est vraiment pas réussi. Les phrases qu’il rajoute pour nous faire craquer ne sont pas toujours justes et n’apportent rien au texte. A part cela, j’ai beaucoup aimé cette lecture.

Les avis d’Amanda, Sylvie et Naina.

Une présentation du livre par l’auteur.

La vaine attente, Nadeem Aslam, Seuil, 2009 (traduit de l’anglais par Claude Demanuelli)

Challenge du 2% littéraire (12/14)

D’heures souterraines…

Suite au gros succès de No et moi, j’ai voulu lire Delphine de Vigan et j’en ai profité que sorte son nouveau roman, Les heures souterraines, pour combler cette envie.

Les heures souterraines est un roman qui nous parle de toutes les petites violences qui nous assaillent, principalement en ville et au travail.

Plus rien ne va dans la vie de Mathilde depuis quelques temps. Quelque chose a dérapé lors d’une présentation mais elle ne sait pas quoi ni pourquoi. Depuis Mathilde vit un enfer au bureau. Dans la vie de Thibault tout n’est pas rose non plus depuis qu’il aime une femme qui ne l’aime pas. Thibault est médecin urgentiste à Paris et passe beaucoup d’heures dans sa voiture pour soigner des solitudes et des cas désespérés. Mathilde et Thibault vivent tous les deux dans une grande souffrance et une grande solitude amplifiées par toutes ces violences invisibles quotidiennes lorsque l’on prend le métro, lorsque l’on est bloqué dans les embouteillages, lorsque l’on devient peu à peu invisible, lorsque la routine se fait évidente. Ces deux êtres en souffrance ne se connaissent pas, ils se mêlent dans la foule, ils sont ce que chacun d’entre nous pourrait être.

Delphine de Vigan nous parle de ces heures interminables qui nous accablent, de ces heures qui ne se révèlent que lorsque l’on est fragilisé. Elle nous parle d’une souffrance née de la mesquinerie, de l’abandon, du désœuvrement, de l’incompréhension, de la répétition… Elle parle de nous car les situations vécues par les personnages sont universelles et particulières.

Et donc ce roman nous ébranle un peu, nous bouleverse, nous questionne et nous fait prendre conscience de la précarité de nos existences.

Les heures souterraines est un excellent roman écrit par une romancière très sincère et touchante. J’ai toutefois préféré l’histoire de Mathilde à celle de Thibault car Mathilde est victime d’un orgueil mal placé de la part de son patron alors que Thibault est en quelque sorte responsable de son malheur (même si on ne choisit pas toujours la personne qu’on va aimer, et encore). La souffrance et les violences ressenties par Mathilde m’ont semblé plus justes, plus vraies, plus éprouvées.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à lire No et moi.

Une interview de l’auteur qui nous raconte comment son livre est né ici. Les avis de la blogosphère repris chez BOB.

Les heures souterraines, Delphine de Vigan, JC Lattès, 2009

Challenge du 2% littéraire (11/14)

D’un homme…

Il y a 9 ans, j’avais découvert Lydie Salvayre avec un livre qui m’avait marquée et ébranlée, Les Belles âmes. J’avais adoré ce livre à l’humour cynique et noir qui raconte l’histoire d’un groupe de touristes rassemblés dans le cadre d’un voyage organisé dans l’univers de la pauvreté européenne un peu comme on pourrait faire une croisière sur le Nil. Et puis, je n’ai pas suivi ses autres publications bien que je sois toujours intéressée par sa plume. Et voilà que je reçois son dernier roman, BW.
BW n’est pas un roman. BW est une sorte de conversation entre un homme et une femme qui s’aiment, BW est une confession. Lydie Salvayre nous livre de manière assez brute les réflexions et l’histoire de son compagnon, créateur des éditions Verticales. Bernard Wallet, victime d’un décollement de la rétine et obligé de vivre dans le noir, raconte ses voyages, ses rencontres, ses aventures, sa jeunesse, sa passion pour les livres, son aventure éditoriale et sa colère. BW c’est l’histoire d’un homme en colère contre le monde de l’édition, d’un homme qui n’a plus rien à perdre et qui a bien vécu, d’un homme qui quitte sa maison d’édition. BW c’est l’histoire d’un homme qui part, qui voyage, qui vit librement.

BW est une lecture agréable si on aime les voyages, la réflexion du voyage, les livres. Mais BW n’est pas un ouvrage marquant. BW n’est pas aussi fort que Les Belles âmes.

Les avis positifs de GeorgeSand, Pierre Maury et de Mango. Et celui pas du tout positif de Esmeraldae.

Une interview de l’auteure ici.

BW, Lydie Salvayre, Seuil, 2009

Challenge du 2% littéraire 2009 (10/14)