La Barque silencieuse de Pascal Quignard est le sixième volet de son entreprise littéraire Dernier royaume, dont le premier titre, Les ombres errantes, a obtenue le prix Goncourt en 2002.
La Barque silencieuse n’est ni roman ni un essai mais plutôt une forme des deux. Dans cet ouvrage résolument tourné vers la mort et la vie à travers les époques, la religion et ses pensées, sont rasssemblés des anecdotes historiques, des rappels étymologiques, des citations, des réflexions sur le suicide, la vie, l’athéisme, la mort… Ce livre est un recueil de pensées libres à penser librement. Un recueil foisonnant, riche, intense, vibrant et tellement intelligent à l’écriture directe et pure.
La Barque silencieuse nous fait réfléchir sur la vie et la mort, nous instruit, nous enrichit, nous invite à une liberté de pensée. Je suis très heureuse d’avoir découvert cet auteur car des livres comme ceux qu’il écrit sont rares à notre époque. Il me fait penser à Voltaire, à Diderot, à Montaigne, à Pascal même. A ces auteurs éclairés qui cherchent à comprendre le monde, à voir la vie et la mort, à penser par eux-mêmes. Qui incitent les lecteurs à travailler, à réfléchir. Qui les encouragent à s’ouvrir au monde. Pascal Quignard ne nous offre pas un divertissement, il nous offre de la matière à penser. Excellent !
Pascal Quignard invité par François Busnel à la Grande Librairie.
Je vous présente quelques extraits :
« Le livre ouvre l’espace imaginaire, espace lui-même originaire, où chaque être singulier est réadressé à la contingence de sa source animale et à l’instinct indomesticable qui fait que les vivants se reproduisent. Les livres peuvent être dangereux mais c’est la lecture surtout, par elle-même, qui présente tous les dangers.
Lire est une expérience qui transforme de fond en comble ceux qui vouent leur âme à la lecture. Il faut serrer les vrais livres dans un coin car toujours les vrais livres sont contraires aux mœurs collectives. Celui qui lit vit seul dans son « autre monde », dans son « coin », dans l’angle de son mur. Et c’est ainsi que seul dans la cité le lecteur affronte physiquement, solitairement, dans le livre, l’abîme de la solitude antérieure où il vécut. Simplement, en tournant simplement les pages de son livre, il reconduit sans fin la déchirure (sexuelle, familiale, sociale) dont il provient.
Chaque lecteur est comme Saint Alexis sous l’escalier de son père. Il est devenu aussi silencieux que l’écuelle qu’on lui porte. Seule la lettre placée au devant de ses lèvres peut attester que son souffle n’est plus.
Quelque chose parvient à se faire entendre dans l’expression écrite au moyen de lettres sans qu’il soit besoin de les articuler.
Celui qui lit la lettre a perdu le soi, le nom, la filiation, la vie terrestre.
Dans la littérature quelque chose résonne de l’autre monde.
Quelque chose se transmet du secret. » (p. 61)
« Les pays chrétiens interdisent le suicide comme irréligieux. Les Etats démocratiques le blâment comme une lâcheté. Les sociétés psychiatriques le soignent comme une maladie. Les civilisations anciennes en louaient le courage. Ils l’honoraient comme une fierté. Les Anciens Romains disaient : C’est la plus grande des déesses, la Nature, qui nous a donné avec la vie la possibilité de s’exempter du monde qu’elle engendre. » (p. 85)
« Le large a inventé une place partout sur cette terre. Ce sont les livres. La lecture est ce qui élargit. » (p. 98)
« Je nomme athée celui qui vit sans dieux, dont l’âme est sans foi, dont la conscience est exempte de peur, dont les mœurs ne s’appuient pas sur des rites, dont la pensée est sauve de toute référence à dieu, diable, démon, hallucination, amour, obsession,dont la mort est accessible à l’idée de suicide, dont l’après-mort est néant. » (p. 182)
La barque silencieuse, Pascal Quignard, Seuil, 2009
Challenge du 3% littéraire (15/21)
Tags: Challenge, Le meilleur, Littérature francophone, Rentrée littéraire 2009 par Lau
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