Entries Tagged as 'Littérature québécoise'

De faire sa mort comme l’amour…

Faire sa mort comme faire l’amour de Pierre Turgeon est un livre que j’ai acheté lors de mon voyage à Montréal. Je l’ai acheté parce que j’aimais bien le titre sans savoir toutefois quelle était l’intrigue. Je l’ai lu dans l’avion que nous prenions pour aller en Jordanie et je dois dire que ce ne fut pas la grande passion et qu’il m’arrivait souvent de piquer du nez.

Comme je l’ai lu il y a un petit temps et que je n’ai pas adoré ma lecture, je ne me souviens plus très bien de l’intrigue. Je me souviens juste qu’il s’agit de l’histoire d’un homme et de sa famille au Québec. Un homme qui dénonce l’hypocrisie, la médiocrité, la rudesse, l’égoïsme, l’intolérance.

J’ai trouvé cette lecture assez ennuyeuse. Non pas sans intérêt, mais sans vie, sans dynamisme, sans cette petite étincelle qui fait que le texte nous parle ou nous touche malgré de jolies phrases.

Faire sa mort comme faire l’amour est un roman générationnel. Il parle d’une époque, de conditions sociales, d’un pays. Peut-être que si j’étais québécoise, j’aurais plus apprécié le texte.

Le site de l’auteur ici.

Faire sa mort comme faire l’amour, Pierre Turgeon, Bibliothèque Québécoise

D’un taxi la nuit…

Un taxi la nuit de Pierre-Léon Lalonde se déroulant dans les rues de Montréal, je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter ce livre et d’ensuite le dévorer car, oui, je suis fan de Montréal.
Pierre-Léon Lalonde est chauffeur de taxi de nuit à Montréal. Il tient un blog “Un Taxi la nuit” dans lequel il raconte ses aventures nocturnes rocambolesques, attachantes, énervantes,… Ce blog a eu tellement de succès qu’on lui a proposé de publier certains de ses billets. Voici l’origine de ce livre, Un taxi la nuit, émouvant, drôle, intéressant et passionnant.
Pierre-Léon Lalonde écrit comme s’il nous racontait ses anecdotes. Son écriture est vivante, vibrante et forte. Et puis, il nous fait découvrir un métier dont on ne parle que très peu dans la littérature, chauffeur de taxi. Un métier à risque, dur, parfois violent mais passionnant et tellement humain. Un chauffeur de taxi voit passer sur sa banquette arrière des personnes de toutes origines, de tous horizons, de toutes personnalités. Il rencontre un junky, un motard, des gars saouls qui enterrent la vie de garçon d’un ami, des couples d’un soir qui deviennent des couples d’une vie, des maîtresses, des vieilles dames, des jeunes qui s’enfuient sans payer… Il est à l’écoute de ceux qui en ont besoin, il distrait ceux qui sont tristes, il est discret, il est préventif… Il en voit de toutes les couleurs dans son taxi. Et puis, il y a Montréal de nuit, ses lumières, ses hivers, ses sorties de bar, ses feux… Le récit est accompagné de quelques photos en noir et blanc qui donnent une image de cette ville nocturne.
Pierre-Léon Lalonde livre un portrait sincère, authentique, touchant avec une pointe d’humour de son quotidien, de ce métier qu’il aime. C’est vraiment passionnant. En fermant le livre, on se dit que la prochaine fois qu’on prendra un taxi on fera causette avec le chauffeur. A découvrir.

Les avis de Karine, de Phil et de Venise.

Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde, Septentrion, coll. Hamac-Carnets, 2007

D’un train pour Samarcande…

Le train pour Samarcande de Danielle Trussart est un très joli roman québécois malgré une thématique assez difficile : la vieillesse, la mort et la solitude. Blanche, une vieille dame, prépare ses affaires en attendant le train qui l’emmènera de l’autre côté de l’existence.
Blanche vit seule avec ses souvenirs depuis la mort de son fils et de son mari. Elle aime observer ses voisins, les fous du quartier et la nouvelle voisine, la femme aux pinceaux. Blanche tient un registre dans lequel elle catégorise les gens. Et pourtant, elle sent l’imminence de sa mort alors elle se prépare, elle range ses affaires, vide les armoires et les étagères, elle ne fait plus la vaisselle ni le linge, elle jette après emploi. Mais Blanche rêve encore, parle à son mari, lui raconte ses souvenirs, cherche la route de Samarcande car elle a toujours aimé aller au bout des routes, recherche la compagnie rassurante de ses livres préférés. (Son préféré étant Au bonheur des dames de Zola).
Malgré ce sujet assez triste, ce livre nous raconte la vie, la vie malgré tout et plus forte que tout. Blanche, quelque peu nostalgique et solitaire, vit ce moment naturellement et avec humour. Elle se prépare car la mort fait partie de la vie et autant ne pas être prise au dépourvu cette fois. Aussi, la mort a fait partie de sa vie avec la mort accidentelle de son fils et puis la lente disparition de son mari qui ne s’en est pas remis. Blanche a vécu avec ses morts et les a encore faits vivre avec elle. Blanche reste curieuse et à l’écoute des autres. Jusqu’au dernier moment, elle s’émerveille du quotidien.
Danielle Trussart nous offre donc avec Le train pour Samarcande un livre profond, intimiste, plein de vie et d’humanité. Et puis, petite anecdote, l’action se déroule à Baie-saint-Paul, ville où je suis restée bloquée pendant mon séjour au Québec en raison d’une tempête et de routes impraticables. J’ai donc pu m’imaginer les lieux (uniquement sous la neige). Un roman émouvant à découvrir.

Quelques avis de lecteurs : Catherine, Phil, Jules, Venise et les billets de La Recrue.

Le train pour Samarcande, Danielle Trussart, vlb éditeurs, 2008

D’un motel…

Et je te demanderai la mer de Stéfani Meunier est le genre de roman qui réconforte quand on voit la vie en noir et qu’on croit qu’il n’y a plus d’espoir.

C’est l’histoire de Dan qui achète un motel à rénover au nord de Montréal pour prendre ses distances avec son passé et de Sarah et Léo, son fils, qui débarquent un soir dans le motel et s’y installent quelques mois. Dan s’est séparé de sa femme avec qui il ne partageait plus rien. Il nous raconte leur séparation et sa douleur. Sarah est alcoolique et brisée par la vie et Léo un jeune garçon triste et grave. Entre Dan et Léo se crée un lien, une amitié forte, une complicité. Ils sont l’un pour l’autre un secours pour retrouver goût à la vie. Dan redonne confiance à Léo et Léo rappelle à Dan l’absence de son fils et qu’il doit reprendre contact avec lui. Et puis, il y a Sarah qui essaye de sortir de l’alcool, il y a Rachel, l’ex-femme de Dan, qui ne sait pas comment s’y prendre avec son fils et qui explique ses angoisses, il y a le mari de Sarah au passé trouble… Ce roman présente une galerie de personnages écorchés qui par l’affection et la chaleur qu’ils se donnent les uns aux autres arrivent à créer une grande famille et à retrouver le bonheur et la joie de vivre.

J’ai bien aimé ce roman écrit avec beaucoup de sensibilité et de justesse. Stéfani Meunier nous présente une situation banale comme en vivent de nombreuses personnes aujourd’hui en ajoutant toutefois une pointe de mystère. Mais je n’ai pas réussi à vraiment accrocher car il y avait trop de bons sentiments, quelques clichés et un happy end final ouvrant les portes à un avenir radieux plein d’espoir et de joie de vivre. Et je te demanderai la mer est un roman doudou qui fait chaud au cœur mais qui manque un peu d’originalité.

Et je te demanderai la mer, Stéfani Meunier, Boréal, 2009

De lettres à Émile…

Cher Émile de Éric Simard est un roman épistolaire qui parle de l’amour, de la perte de soi en l’autre et de la douleur que l’on ressent quand tout est fini. C’est Éric, un jeune homme homosexuel, qui entretient une correspondance avec Émile, un de ces amants, dans laquelle il lui confie toutes ses craintes, ses échecs, ses angoisses et ses questionnements. Il tente par ces lettres de répondre aux questions qu’il se pose sans cesse ? Les lettres d’Éric sont justes, vraies, sensibles, sincères. On y retrouve beaucoup de questions que nous nous sommes déjà posées dans nos relations amoureuses ainsi que des situations que nous avons tous vécues. Car ce qu’écrit Éric est universel et puissant. Que nous soyons hétérosexuels ou homosexuels nous sommes tous confrontés à nos doutes et à nos craintes en amour. Ce qu’apporte également le texte d’Éric c’est un questionnement identitaire. Le fait d’être homosexuel engendre-t-il plus de difficultés dans nos relations amoureuses ?

C’est un roman que l’auteur m’a dit* avoir écrit avec toutes ses tripes et on le ressent. Il se livre entièrement. Mais, malheureusement, je n’ai pas réussi à ressentir l’émotion. J’ai trouvé qu’Éric se plaignait un peu trop et qu’il était trop centré sur lui-même. Ce qu’il écrit à Émile, je ne l’aurais jamais envoyé à un ami, je l’aurais gardé pour moi car j’aurais eu trop peur de l’ennuyer avec mes problèmes identitaires et mes questionnements. C’est trop intime. Ce roman épistolaire n’a finalement pas réussi à toucher ma sensibilité même si je l’ai trouvé très juste et fort.

Le blog de l’auteur.

L’avis de Karine qui m’avait donné envie de le lire.

Cher Émile, Éric Simard, Hamac, 2006

*J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur lors de la Foire du Livre de Bruxelles cette année.

Du froid….


Le froid modifie la trajectoire des poissons de Pierre Szalowski est un livre que j’ai adoré. Je l’ai acheté à Québec lors de mon voyage en mars attirée par le titre. J’aime beaucoup les titres particuliers qui m’interpellent beaucoup. Était-ce un livre sur les poissons, sur la théorie des poissons ou une juste une explication de quelque chose de plus vaste. J’ai lu la quatrième de couverture : un enfant doit faire face à la séparation de ses parents, il appelle à l’aide et le lendemain, le 5 janvier 1998, commence « la pire tempête de verglas que le Québec ait jamais connue ». Mmmm, intéressant tout ça !

 

J’ai bien fait de l’acheter car j’ai passé un très beau moment en compagnie de ce petit garçon mais aussi de ses voisins dont la vie n’est pas si rose mais dont la tempête va bouleverser l’existence. Toutes ces personnes ne se connaissent pas même s’ils se voient évoluer les uns les autres. On retrouve donc le petit garçon qui ne nous donne jamais son prénom pour que son « histoire puisse appartenir à tous les enfants qui voudraient se faire entendre » et ses parents qui se séparent. Ils ne se supportent plus. La vie les a éloignés. Mais il ne veut pas l’accepter et demande de l’aide. Le ciel l’écoute en envoyant la tempête. Ensuite, il y a son copain Alex et son père Alexis, un loque depuis que sa femme l’a abandonné à la naissance de son fils. Et puis, Simon et Michel, deux hommes qui s’aiment mais qui n’osent pas le montrer. Il y a encore Julie, une danseuse, seule et Boris, un jeune chercheur russe qui étudie pour son doctorat la trajectoire des poissons. Ce sont ses observations qui ont donné le titre et le sens du livre.  Tout commence lorsque, en raison du verglas, les habitants d’un côté de la rue sont privés d’électricité  alors que les autres sont en zone prioritaire car situés du côté du home pour personnes âgées. C’est le début de l’histoire. Je n’ai pas envie d’en dire plus. Lisez-le et vous trouverez des moments de tendresse et de douceur partagés. Le froid modifie également la trajectoire des Hommes et les rapproche, les rend solidaires. J’ai beaucoup aimé ce roman québécois spontané et généreux, sensible, drôle, émouvant et vivant. L’écriture est très juste aussi. Une fois refermé, j’ai eu envie de le relire, de me plonger à nouveau dans cette atmosphère de chaos lié à la terrible tempête mais aussi de chaleur humaine. Un beau livre à découvrir.

Il s’agit du premier roman de l’auteur.

Les avis de Venise et de La page blanche.

Le froid modifie la trajectoire des poissons, Pierre Szalowski, Editions Hurtubise HMH, 2008