D’une fureur…
J’ai lu Et la fureur ne s’est pas encore tue de Aharon Appelfeld au mois de janvier et voici ce que j’avais écrit alors que je venais de fermer le livre :
« Oh j’en ai mal au cœur et au corps. Je me sens oppressée. J’ai l’impression d’avoir un gros poids dans la poitrine. Ce roman est fort et d’une efficacité remarquable. C’est l’histoire à la première personne d’un petit garçon juif manchot, Bruno, dont le moignon lui parle et le fait entrer en contact avec le monde. Alors qu’il rentre à l’école, la haine contre les juifs progresse. Son père est emprisonné et déporté. Sa mère et lui rentrent au ghetto où il se portera volontaire pour les camps de travail. Il va alors être utilisé pour construire un camp de la mort. Ses parents étaient de vrais communistes dans l’âme qui prônent les valeurs du partage et de l’altruisme. Même dans le ghetto sa mère poursuit ses idéaux en donnant tout ce qu’elle a et même ce qu’elle est. Il parviendra à fuir le camp grâce à quelques hommes qui y mettent le feu et il vivra caché dans la forêt avec trois hommes (un croyant, un sourd-muet Hersch et un ingénieur traumatisé). Ces hommes vont survivre dans la forêt grâce à Hersch et à sa volonté de vivre. Hersch symbole de la force du silence, de l’impuissance et de la vulgarité des mots quand l’humanité n’existe plus. »
Mais ce roman ne parle pas que de la survie de ces hommes dans la forêt. Il évoque aussi la survie des hommes après la souffrance, la perte d’humanité et l’incompréhension sur la route de la libération, sur la route de l’oubli, sur la route de la réparation. Ce roman c’est aussi l’histoire de Bruno qui survit et qui veut rendre leur humanité à tous ces survivants par la musique et la lecture de la Bible en faisant des magouilles pour gagner l’argent nécessaire. C’est l’histoire de Bruno qui veut sauver les siens, qui n’aime pas sa femme ni son fils et qui veut partir pour Israël. C’est la vie de Bruno en Israël qui ne lui semble pas être la Terre promise.
Ce roman est poignant et bouleversant, principalement la première partie qui évoque la guerre et la fuite. J’ai aimé le style qui suit la progression des événements. Cependant, je n’ai pas trop apprécié le personnage de Bruno. Je ne l’ai pas compris. Je n’ai pas compris ses problèmes, ses angoisses, ses ambitions, sa solitude. Je l’ai parfois trouvé insupportable.
Et la fureur ne s’est pas encore tue est le deuxième roman d’Aharon Appelfeld que je lis et j’ai à nouveau beaucoup apprécié cette lecture car il parvient à rendre puissament les événements par contre je ressens toujours une réserve par rapport aux personnages.
Et la fureur ne s’est pas encore tue, Aharon Appelfeld, Editions de l’Olivier, 2009
Challenge ‘Lire autour du monde’ (2/50) - Israël
