Entries Tagged as 'Littérature francophone'

De T et Efina…

Efina, le deuxième roman de Noëlle Revaz, est un texte assez particulier. Un texte dont il est difficile de parler. Noëlle Revaz raconte l’histoire d’amour d’Efina et d’un comédien connu sous le pseudo T, une histoire qui est faite d’attirance et de répulsion, de désirs et d’irritations. Efina est une jeune femme passionnée de théâtre qui croise T. un soir lors d’une représentation. Efina est une femme instable, une femme qui se cherche, une femme qui hésite, une femme ancrée dans la réalité. T. est un comédien qui n’a que ça pour vivre. C’est un homme volage, fugueur, imposant, inconstant. C’est un homme peu séduisant, qui se laisse aller et ressemble même parfois à un clochard. C’est lui qui contacte Efina, qui lui envoie des lettres et la relance quand elle semble prendre ses distances. C’est une relation étrange qui les unit.

Et c’est un texte étrange. C’est un texte qui ne m’a pas plu et que pourtant j’ai lu d’une traite ne pouvant quitter ces deux personnages. Je n’ai pas aimé Efina et T. Je n’ai pas aimé l’écriture un peu décousue, le style, le ton. Et pourtant je l’ai lu avidement… Je suis ressortie de cette lecture avec un sentiment de mal-être, un doute, un questionnement.

Présentation du livre et entretien avec l’auteur sur le site de l’éditeur Gallimard. Et un autre entretien avec l’auteur ici.

Efina, Noëlle Revaz, Gallimard, 2009

Challenge du 3% littéraire (20/21)

D’une petite robe de fête…

Un jour de 2008, je suis entrée dans une librairie et j’ai demandé au librairie des livres qui parlaient d’absolu. J’avais envie d’absolu, de sentiments purs, forts et entiers. Un peu dérouté, il m’a conseillé deux livres : Une petite robe de fête de Christian Bobin et Cosmopolis de Don Delillo. Deux auteurs que je ne connaissais pas et que j’étais prête à découvrir.

Une petite robe de fête de Christian Bobin est un livre que j’ai apprécié au moment de la lecture et qui m’a parlé. Malheureusement, deux mois après il ne m’en reste plus aucun souvenir quant au message de l’auteur… J’en garde de la douceur, une réflexion sur la littérature et la lecture, un apaisement, une étincelle. Je suis un peu triste de ne pas pouvoir parler de ce livre car je l’avais trouvé enrichissant. Je n’en retiens que ce mots :

“On ne peut bien voir que dans l’absence. On ne peut bien dire que dans le manque.” (p. 61)

Et des envies de lecture : Iphigénie de Racine, Le Docteur Jivago de Pasternak et La Petite Chartreuse de Péju.

L’avis de Tamara.

Une petite robe de fête, Christian Bobin, Folio

D’un roi en Afghanistan…

J’avais noté Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés de Ingrid Thobois lors d’une de mes promenades sur la blogosphère il y a deux ou trois ans. Je ne sais donc plus qui m’a donné envie de le lire. J’avais trouvé le sujet intéressant : Une jeune femme part enseigner à Kaboul et elle tombe amoureuse d’un homme plus âgé qui y habite depuis plusieurs mois et est marié. Ils vivent des moment intenses, ils visitent ce pays plein de vie mais abîmé par la guerre. Mais leur relation née dans des circonstances extraordinaires est vouée à l’échec.

C’est un roman vite lu pendant mes vacances en Jordanie. Lu sans passion, sans intérêt, sans rien. Je n’ai pas vraiment accroché au style de l’auteur ni à l’histoire. Il faut dire que j’avais lu La vaine attente (qui se passe aussi en Afghanistan et qui raconte l’histoire de ce pays à travers le destin de quelques personnages) de Nadeem Aslam quelques semaines auparavant qui m’avait laissé une forte impression.

Malgré un prix du premier roman obtenu en 2007 Ingrid Thobois ne m’a pas convaincue.

Les avis de Praline et de Arsène. Le site de l’auteur ici.

Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés, Ingrid Thobois, Le Livre de Poche

D’une solitude à Palerme…

A nouveau grâce à la Chaîne des livres organisée par Ys, j’ai pu découvrir un auteur et apprécier un roman dont je n’avais pas entendu parler : Palermo solo de Philippe Fusaro.

Palermo solo c’est l’histoire d’un Baron sicilien qui a eu des démêlés avec la mafia sicilienne et qui a été contraint de s’exiler dans un hôtel chic de Palerme sans autorisation de sortie, à l’exception du jour des morts. Le Baron, désormais vieil homme, revient sur son passé et ses premières années de réclusions. Les premiers jours, semaines, mois et années de cet emprisonnement doré, il a vécu dans la crainte d’être tué. Ensuite, peu à peu cette peur s’est atténuée et il a pu se libérer (sortir de sa chambre, rencontrer des gens, aller sur le toit de l’hôtel). Il a tout vécu dans cet hôtel et même l’amour intense.

Philippe Fusaro nous entraine dans la vie de ce Baron triste, solitaire, exilé sur sa propre terre. Il nous raconte avec sobriété les craintes, les amours, les choix de cet homme qui n’a plus de liberté. C’est un beau texte, une jolie découverte. J’ai lu ce roman il y a maintenant plus de 3 mois et je garde en moi le souvenir d’une lecture profonde et d’un style agréable. Je n’ai pas été bouleversée par ce texte, il ne m’a pas transportée, il m’a juste accompagnée un court moment, il m’a donné envie de lire, il m’a fait du bien. Je l’ai lu d’une traite avec plaisir et bonheur. Merci à Leiloona pour cette belle découverte.

Les avis des autres enchaînés : Leiloona, Restling, Blue Grey, Argantel, Emmyne, Yohann, Virginie et Ys.

Palermo solo, Philippe Fusaro, La Fosse aux ours, 2007

D’un bonheur fantôme…

C’est d’abord le titre du roman qui m’a attirée, Bonheur fantôme, et qui m’a incitée à tourner le livre et à en lire la quatrième de couverture qui nous dit ceci :

« Le bonheur, même quand il vous est donné d’un coup, il faut en faire de petites provisions pour les jours d’après. »
A 28 ans, Pierre a tout quitté du jour au lendemain pour aller vivre à la campagne. Tout, c’est-à-dire Paris, ses études, le milieu de la mode… Dans ce coin très vert, un peu paumé, il soigne ses chiens et son jardin, ramasse des vieilleries et les vend, tout en entamant la biographie d’une artiste animalière du XIXe siècle, Rosa Bonheur, la bien nommée. Avec pudeur, ironie, parfois provocation et mal de drôlerie, Anne Percin dévoile les secrets de ce jeune homme à la beauté féroce. Des fantômes, vivants ou morts, le hantent. Ainsi qu’une très grande histoire d’amour dont il a cru se préserver…
Un premier roman débordant de vie et d’intelligence.

Le thème m’a beaucoup touchée parce que nous vivions et nous vivons encore la rupture avec notre vie d’avant. Alors que ce livre venait prendre place sur les tables de la librairie, nous décidions de tout quitter pour tenter l’aventure et nous installer dans les montagnes. Nous avions beaucoup et nous n’avions rien qui nous attendait. Nous voulions juste changer de vie tout en sachant que ce serait difficile.

L’histoire de Pierre m’a beaucoup émue. J’ai commencé ce roman pleine d’attente et d’envie et j’en suis ressortie en larmes et bouleversée par ses fantômes, son amour, sa peur, sa faiblesse et son courage… L’histoire d’amour que nous raconte Anne Percin est puissante et vibrante. C’est une vraie histoire d’amour avec ses bonheurs, ses doutes, ses joies, ses souffrances, ses violences et sa force. Un amour intense… Et puis, il y a ce manque chez Pierre, l’absence du frère, qui le hante et qui va profondément marquer sa vie et ses actes, justifier ses choix. Et puis, il y a cette nouvelle vie, ce changement radical, cet isolement volontaire, ce repli et cette solitude pour se retrouver, se reconstruire, partir sur de nouvelles bases. Il y a sa fascination pour Rosa Bonheur, son métier de brocanteur, ses animaux. Ce livre est vivant. Il parle à chacun de nous. Il nous construit. Il m’a soutenue et confortée dans ma démarche.

Bonheur fantôme de Anne Percin est un roman que j’ai aimé, adoré, qui m’a fait pleuré, qui m’ a fait ressentir une émotion intense.

Bonheur fantôme n’est pas le premier roman de Anne Percin, elle a déjà écrit plusieurs romans pour la jeunesse.

Le blog de l’auteur ici. Et les avis de Clarabel, In Cold Blog, Laurent, Cathulu et Céline.

Bonheur fantôme, Anne Percin, Le Rouergue, coll. la Brune, 2009

Challenge du 3% littéraire (19/21)

D’un été chagrin…

L’été chagrin de Henri Husetowski c’est l’été d’un jeune garçon de dix ans, David Duval, juif baptisé à l’église catholique, qui voit son monde s’effondrer en une nuit alors que les voitures noires et les camions débarquent pour emmener tous les gens de son quartier. David perd sa mère, ses amis, ses repères, ses croyances aussi. Tout ce qu’il croyait juste est faux. Tout ce que les adultes lui ont dit comme étant de vérités est un mensonge. David échappe à la rafle du Vél d’Hiv et commence pour lui une nouvelle vie. Il sera pris en charge par l’abbé qui le fera quitter la ville avec un autre garçon qui lui ressemble, lui fils de résistant. David a peur, il s’invente des histoires, a des accès de folie parfois où ses rêves sont pour lui réalité. David est seul, il a besoin d’une mère, il a besoin de se reconstruire. L’été 1942, sera tragique pour David et pour tous les enfants qui comme lui seront arraché à leur histoire.
Henri Husetowski nous livre un premier roman poignant et troublant. Il n’est pas le premier à utiliser la thématique de la rafle du Vél d’Hiv en juillet 1942 et des enfants cachés pour écrire un roman mais il l’aborde d’une manière nouvelle : que peut produire cet événement traumatisant chez un enfant qui pensait être à l’abri et qui ne comprend pas ce qui arrive, les séquelles du mensonge, de la perte, de l’inhumanité. Le tout écrit dans une langue correspondant parfaitement à celle d’un enfant de dix ans. Le narrateur c’est David. Le lecteur vit avec lui les événements et les émotions. Le lecteur devient presque David.
Mais ce roman, ou plutôt le narrateur m’a énervée. David est un jeune garçon un peu imbu de sa personne et qui aime raconter des mensonges pour se mettre en valeur (notamment d’un point de vue sexuel). Ce côté de sa personnalité est sûrement dû à sa mère qui lui rappelle toujours qu’il est beau, qu’il est intelligent et qu’il doit devenir ingénieur. Mais je n’aime pas trop ce genre de comportement. Ensuite, David vit ces événements traumatisants qui lui font quelque peu perdre la tête et le sens de la réalité. Sa folie l’entraîne souvent à se mettre lui-même en danger mais aussi ceux qui sont là pour l’aider. Il devient méchant, agressif, violent. Il ne fait confiance à plus personne. Il devient insupportable. Tout en comprenant cette douleur, cette violence qui lui a été faite et qu’il refoule, ce jeune garçon déboussolé m’a irritée.
L’été chagrin est un roman qui pose la question du traumatisme de l’identité et de la réalité d’un monde de brute. C’est un roman qui évoque une période souvent racontée mais qui le fait d’une manière singulière et bouleversante. A découvrir.

Je remercie Guillaume de Babelio qui m’a permis de lire ce livre lors de l’opération Masse Critique et pour sa patience. Je remercie également les éditions Buchet-Chastel pour cette découverte.

Les avis de GeorgeSandetmoi, Nanne, Esmeraldae, Dédale du Biblioblog (assez proche du mien), Sandrine.

L’été chagrin, Henri Husetowski, Buchet-Chastel, 2009

Challenge du 3% littéraire (16/21)

D’une petite cruauté…

Camille et Julien entretiennent une correspondance. Camille et Julien sont deux adolescents intelligents et conscients d’être exceptionnels et supérieurs. Ils se lancent dans le jeu des Liaisons dangereuses influencés par leur auteur favori, Choderlos de Laclos, et se prennent pour Merteuil et Valmont.

Camille de Peretti nous offre avec Nous sommes cruels un remake, assez réussi, de l’œuvre inégalée de Choderlos de Laclos qui se passe aujourd’hui avec les mœurs d’aujourd’hui. La langue est châtiée et recherchée entre les deux correspondants qui se cherchent et s’imposent mutuellement des défis. Pour leurs défis, ils doivent faire mal aux filles et garçons qui se sont attachés à eux et avec lesquels ils entretiennent ou ont entretenu une liaison et donner des preuves de leurs réussites. Leur relation à eux est ambiguë et malsaine. Et les défis qu’ils s’imposent vont finir par leur exploser en pleine face et à leur faire très mal. Leur liaison va les mener à la souffrance et au regret. Ils s’embarquent dans un jeu qui les dépasse et qui aura des conséquences dramatiques sur leur vie mais surtout sur celle de leurs victimes.
Camille de Peretti suit le schéma du grand auteur. Par contre, elle introduit le quotidien des jeunes des années 2000 (sorties en discothèque, Internet, khâgne, …).

Ce roman épistolaire est distrayant et se lit très rapidement mais on ne peut s’empêcher de penser que ces ados n’ont rien compris aux sentiments et qu’ils se trompent en voulant jouer les rôles de deux grands libertins du XVIIIe siècle, Madame de Merteuil et le comte de Valmont, qui ont fait souffrir des personnes innocentes et eux-mêmes. Grandeur ? Non, inconscience !

Et voici ce que j’avais pensé lors de ma lecture de Les liaisons dangereuses de Laclos en septembre 2007. Je me souviens de n’avoir pas vraiment accroché et d’avoir mis pas mal de temps à lire ce roman encensé et adulé par beaucoup. Je me suis sentie un peu seule à ce moment-là.

Je n’ai pas vraiment accroché à ce chef-d’œuvre de la littérature classique. Il est évident que je trouve ce livre bien construit. Les lettres des différents personnages ne se ressemblent pas et sont adaptées à la personnalité de chacun de ceux-ci. Ce travail d’écriture est impressionnant. En ce qui concerne l’histoire, je ne sais pas trop quoi dire. Oui l’hypocrisie et l’innocence, le vice et la vertu se côtoient. Le vice est puni et la vertu triomphe ? Même pas, si Merteuil et Valmont ne sont plus, les âmes pures n’ont pas échappés à ce drame. La Présidente meurt de folie et de chagrin suite à la rupture de Valmont qui s’est joué d’elle mais de lui-même aussi et Cécile s’enferme dans un couvent. Leur vie est finie. Dans ce roman, on ne se laisse pas vivre. On cherche à paraître. Le destin est tragique et juste. Valmont ne se laisse pas aller à son amour par peur d’être humilié par Merteuil, qui est seule et joue un jeu hypocrite avec tous. Selon moi, c’est ce personnage le plus haïssable du roman, le moins humain. Cette femme qui manipule sans cesse, qui est trop cérébrale et qui veut dominer. Valmont essaye de jouer le même jeu mais il tombe amoureux et ne peut le supporter. Pourquoi ne pas laisser cours ses sentiments ? Je ne comprend pas les caractères. Ma sensation est bizarre en fait car je ne ressens rien pour ce roman. Je n’ai pas été passionnée. Peut-être que ce n’était pas le bon moment…

Le site de Camille de Peretti ici.

Les avis de Florinette, Caro

D’une barque silencieuse…

La Barque silencieuse de Pascal Quignard est le sixième volet de son entreprise littéraire Dernier royaume, dont le premier titre, Les ombres errantes, a obtenue le prix Goncourt en 2002.

La Barque silencieuse n’est ni roman ni un essai mais plutôt une forme des deux. Dans cet ouvrage résolument tourné vers la mort et la vie à travers les époques, la religion et ses pensées, sont rasssemblés des anecdotes historiques, des rappels étymologiques, des citations, des réflexions sur le suicide, la vie, l’athéisme, la mort… Ce livre est un recueil de pensées libres à penser librement. Un recueil foisonnant, riche, intense, vibrant et tellement intelligent à l’écriture directe et pure.

La Barque silencieuse nous fait réfléchir sur la vie et la mort, nous instruit, nous enrichit, nous invite à une liberté de pensée. Je suis très heureuse d’avoir découvert cet auteur car des livres comme ceux qu’il écrit sont rares à notre époque. Il me fait penser à Voltaire, à Diderot, à Montaigne, à Pascal même. A ces auteurs éclairés qui cherchent à comprendre le monde, à voir la vie et la mort, à penser par eux-mêmes. Qui incitent les lecteurs à travailler, à réfléchir. Qui les encouragent à s’ouvrir au monde. Pascal Quignard ne nous offre pas un divertissement, il nous offre de la matière à penser. Excellent !

Pascal Quignard invité par François Busnel à la Grande Librairie.

Je vous présente quelques extraits :

« Le livre ouvre l’espace imaginaire, espace lui-même originaire, où chaque être singulier est réadressé à la contingence de sa source animale et à l’instinct indomesticable qui fait que les vivants se reproduisent. Les livres peuvent être dangereux mais c’est la lecture surtout, par elle-même, qui présente tous les dangers.

Lire est une expérience qui transforme de fond en comble ceux qui vouent leur âme à la lecture. Il faut serrer les vrais livres dans un coin car toujours les vrais livres sont contraires aux mœurs collectives. Celui qui lit vit seul dans son « autre monde », dans son « coin », dans l’angle de son mur. Et c’est ainsi que seul dans la cité le lecteur affronte physiquement, solitairement, dans le livre, l’abîme de la solitude antérieure où il vécut. Simplement, en tournant simplement les pages de son livre, il reconduit sans fin la déchirure (sexuelle, familiale, sociale) dont il provient.

Chaque lecteur est comme Saint Alexis sous l’escalier de son père. Il est devenu aussi silencieux que l’écuelle qu’on lui porte. Seule la lettre placée au devant de ses lèvres peut attester que son souffle n’est plus.

Quelque chose parvient à se faire entendre dans l’expression écrite au moyen de lettres sans qu’il soit besoin de les articuler.

Celui qui lit la lettre a perdu le soi, le nom, la filiation, la vie terrestre.

Dans la littérature quelque chose résonne de l’autre monde.

Quelque chose se transmet du secret. » (p. 61)

« Les pays chrétiens interdisent le suicide comme irréligieux. Les Etats démocratiques le blâment comme une lâcheté. Les sociétés psychiatriques le soignent comme une maladie. Les civilisations anciennes en louaient le courage. Ils l’honoraient comme une fierté. Les Anciens Romains disaient : C’est la plus grande des déesses, la Nature, qui nous a donné avec la vie la possibilité de s’exempter du monde qu’elle engendre. » (p. 85)

« Le large a inventé une place partout sur cette terre. Ce sont les livres. La lecture est ce qui élargit. » (p. 98)

« Je nomme athée celui qui vit sans dieux, dont l’âme est sans foi, dont la conscience est exempte de peur, dont les mœurs ne s’appuient pas sur des rites, dont la pensée est sauve de toute référence à dieu, diable, démon, hallucination, amour, obsession,dont la mort est accessible à l’idée de suicide, dont l’après-mort est néant. » (p. 182)

La barque silencieuse, Pascal Quignard, Seuil, 2009

Challenge du 3% littéraire (15/21)

D’une terre…

Terre des Affranchis de Liliana Lazar raconte l’histoire de Victor, un jeune garçon assez solitaire et maltraité par son père. Une histoire qui se passe dans un village de la Roumanie de Ceausescu, Slobozia, un village de campagne entouré d’une forêt et d’un lac, la Fosse aux Lions où, dit-on, vivent les esprits malins des ottomans qui s’y seraient noyés au XVIe sicèle. Pour les gens du village, il faut se tenir éloigné du lac car il est maudit et quiconque s’en approche risque de mourir. Par contre, il exerce une étrange fascination sur ce jeune homme et agit pour le sauver. Alors qu’il était poursuivi par son père ivre qui voulait le battre encore une fois, il s’enfuit et espère pouvoir semer son père. Malheureusement, son père le suit et le rattrape presque. Il se défend mais son père est plus fort que lui. A ce moment, le lac s’anime et le sauve. Le voilà désormais libérer lui et sa famille du joug d’un père violent. Une autre vie commence pour lui. Il remplace son père et devient bûcheron. Jeune garçon timide d’une force physique impressionnante, il n’ose pas approcher les jeunes filles. Jusqu’au jour où il rencontre une jeune fille dans les bois et commet l’irréparable. Il commence dès lors une vie de réclusion protégé par sa mère et sa sœur. Il a laissé des traces de son acte qu’il n’a pas pu réfréné. La police le recherche. Deux personnes sauront sa présence, le sorcier et le curé qui lui donnera un travail de rédemption. Dans une Roumanie communiste où l’église et ses écrits sont menacés, le père lui demande de recopier des livres de Saints afin de pouvoir en distribuer aux fidèles. C’est un acte de résistance et de rédemption. Il vivra de cette façon de nombreuses années quand arrive un matin un étranger…

Terre des Affranchis est un roman mystérieux, envoûtant et magique comme le lac et la forêt qu’il décrit. C’est un roman qui entraine doucement le lecteur dans son intrigue et qui ne le lâche plus qu’à la fin. Liliana Lazar nous parle de la rédemption possible d’un meurtrier par la réclusion, par l’engagement et par la présence de personnes saintes pour le protéger. Elle nous parle aussi des campagnes mystérieuses de Roumanie, du régime communiste totalitaire et intolérant, de la fin du communisme et de l’hypocrisie des anciens dirigeants, de la foi catholique libérée et seule porte de salut.

Terre des Affranchis est le premier roman de Liliana Lazar, un roman engagé et profond.

Les avis d’autres lecteurs rassemblés chez BOB et ceux de Cécile, Emilie, Leiloona et Lilly. Un entretien avec l’auteur sur le site des éditions Gaïa.

Terre des Affranchis, Liliana Lazar, Gaïa, 2009

Challenge du 2% littéraire (14/14)

Des Arrangeurs…

Comme à mon habitude, je vous présente encore un premier roman de cette rentrée littéraire 2009, Les Arrangeurs de Laurence Tellier-Loniewski.

Dans son roman assez réussi, Laurence Tellier-Loniewski nous embarque dans la vie et les habitudes d’une résidence de co-propriétaires post soixante-huitards racontées par une enfant qui doit avoir entre 9 et 12 ans. Le récit que fait cette petite fille de la résidence et la description de ses habitants sont farfelus, délicieusement naïfs et drôles, intenses. Ce roman n’est pas résumable à une action parce que finalement ce qui importe dans le récit c’est la vie de tous ses habitants, leurs petits travers, leurs secrets, leur solidarité dévoilés par différents événements qui bouleversent leur quotidien.

Les Arrangeurs de Laurence Tellier-Loniewski est un premier roman touchant qui fait sourire et vivre avec les personnages. J’ai apprécié la simplicité du ton, la justesse, la naïveté, la fraicheur aussi de la narratrice. Les Arrangeurs est un roman qui ne parle pas de grands sujets historiques ou politiques, il nous parle de la vie telle qu’on la connaît imbriquée dans l’Histoire. J’ai passé un excellent moment de lecture car il est tellement bon de voir nos travers, d’en rire et finalement d’apprendre la Vie. Un roman frais qui fait du bien, qui repose, qui est juste.

Voici une présentation du livre avec un entretien avec l’auteure et la lecture d’un extrait du texte.

Les Arrangeurs, Laurence Tellier-Loniewski, Gallimard, 2009

Challenge du 2% littéraire (13/14)