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D’une terre…

Terre des oublis est un long roman au rythme très lent qui raconte l’histoire d’un “trio” amoureux, d’une femme, Miên, qui doit choisir entre l’amour ou la morale, d’une souffrance infligée par la guerre.

Miên est mariée à Hoan, un riche commerçant de la ville. Ils s’aiment, ils ont un enfant et ils vivent en parfaite harmonie dans leur belle maison luxueuse et confortable. Mais, un jour, au retour d’une sortie en forêt interrompue par un orage, réapparaît Bôn, l’ancien mari de Miên, celui qui était parti à la guerre juste après leur mariage et qu’on avait enterré quelques années plus tôt. Ils n’ont pas eu le temps de s’aimer, de se connaître, de s’apprivoiser. Miên doit choisir entre son mari actuel qu’elle aime plus que tout et son confort ou son premier engagement misérable et malade. L’auteure nous embarque alors dans l’aventure de Miên qui sacrifie tout pour respecter la loi implicite du village : ne pas abandonner les héros de guerre. Cette loi a plus de force que la Loi nationale et exige le sacrifice de soi, de son bonheur. Miên va souffrir. Mais Bôn et Hoan aussi. Tous vont souffrir de cette situation mais chacun en fonction de leur vécu et de leur situation.

Le rythme de la narration est lent et pourtant il se passe beaucoup de choses. La construction du roman est très intéressante car elle alterne l’existence, les états d’âme et les douleurs des trois héros. Cette alternance permet au lecteur de vivre pleinement leur histoire et d’entrer dans la complexité de leur situation. De plus, l’auteure analyse parfaitement la psychologie de chaque personnage, leur douleur, leur souffrance, leurs bonheurs. Les sentiments y sont intenses. Le lecteur ne peut pas avoir une préférence pour l’un des trois héros. Si au départ, on plaint Miên, très vite, on plaindra Bôn et Hoan. Il est impossible de déterminer celui qui souffre le plus de tout ce malheur, de ce désastre causé par la guerre. Toutefois, j’ai plus pris en pitié Bôn. Ce jeune homme n’a plus rien, il est vidé. Il n’est plus qu’un vieillard fou. Il se raccroche à une illusion qui lui a permis de survivre pendant toutes ces années de guerre. Il a connu la souffrance, il a vu la mort en face, il s’est battu pour exister, il a connu la solitude. Il est rentré totalement détruit de cette guerre. Malheureusement, plus rien de ce qu’il connaissait, de ce qui était sa vie n’existe encore. J’ai été très touchée par les scènes qui le concernaient pendant la guerre. Par contre, lorsqu’il revient à son village pour récupérer Miên, j’ai été tiraillée entre la pitié, le dégoût, l’incompréhension et l’indifférence. La souffrance des autres personnages m’a beaucoup moins émue. La nature participe également à leur histoire.

J’ai aimé lire ce livre même si je m’endormais chaque fois au bout de quelques pages mais je n’ai pas été emballée, emportée. Je me suis un peu ennuyée. C’est beau mais je suis plutôt restée indifférente au sort des personnages même si je dois avouer que le traitement de ceux-ci était excellent et le rythme m’a semblé beaucoup trop lent.

Lu dans la cadre du Prix des Lecteurs du Livre de Poche.
Terre des oublis, Duong Thu Huong, Le Livre de Poche, 2007