Entries Tagged as 'Littérature anglophone'

De renaître…

Christian Bourgois a publié en janvier 2010 le premier volume des journaux et carnets de Susan Sontag de 1947 à 1963, Renaître, présenté par son fils, David Rieff.

Ces carnets sont riches et donnent une idée sur la personnalité de Susan Sontag, jeune fille très cultivée et jeune femme exigeante. Susan Sontag se livre totalement. Elle confie ses lectures, ses listes de livres à lire, son amour de la musique, ses amours, ses relations amoureuses, son fils. Le lecteur découvre ses goûts, ses envies, ses aspirations, ses peurs, ses angoisses. Il découvre une jeune fille précoce et curieuse.

Ces propos sont très stimulants et intéressants. J’ai lu Renaître dans le cadre de mon envie de découvrir les parcours d’écrivains ou d’intellectuels et de comprendre comment s’est construit leur pensée. Je suis vraiment très heureuse d’avoir découvert l’univers de Susan Sontag grâce à cette publication. J’attends maintenant les deux autres volumes prévus.

Quelques mots :

« … La poésie doit être : exacte, intense, concrète, signifiante, rythmique, formelle, complexe

… L’art, donc, lutte constamment pour être indépendant de la pure intelligence…

… Le langage n’est pas seulement un instrument mais une fin en soi… » (19/12/1948) (p. 27)

« Réellement c’est le style qui est important. Le style détermine l’intrigue. (22/01/1953) (p. 103)

« La pensée n’a pas de limites naturelles. » (24/10/1956) (p. 113)

« Quel est le secret qui permet soudain de commencer à écrire, de trouver une voix ?
Essayer le whisky. Et aussi être au chaud. » (1957) (p. 197)

« Pour écrire vous devez vous autoriser à être la personne que vous ne voulez pas être (de toutes les personnes que vous êtes). » (13/08/1961) (p. 343)

« Ecrire est une belle action. C’est accomplir quelque chose qui donnera du plaisir à d’autres plus tard. » (13/08/1961) (p. 343)

« La peur de vieillir naît de la prise de conscience qu’on ne vit pas la vie que l’on souhaite. C’est équivalent à une impression de maltraiter le présent. » (9/12/1961) (p. 359)

Renaître, Susan Sontag, Christian Bourgois, 2010

De Jack London…

Jack London. Le vagabond magnifique est une très belle introduction à la vie de Jack London. Yves Simon nous raconte les éléments les plus marquants de sa vie et surtout il nous parle de ses années de formation qui feront de lui l’écrivain reconnu et admiré. Le lecteur apprend les années de vagabondage, de labeur, de lecture et d’aventures qui vont lui donner de la matière pour ses futurs récits mais aussi lui forger une pensée socialiste.

Cette courte biographie, illustrée de photographies en noir et blanc de l’auteur et de ce qui l’a profondément marqué, nous montre un grand homme qui s’est battu, qui n’a jamais baissé les bras et qui a réussi par la force de sa volonté et de son travail.

Si vous aimez Jack London, je vous invite à découvrir cette belle introduction à l’homme qu’il était. Cette biographie se lit avec beaucoup de plaisir car l’objet est très joli et agréable à manipuler. Toutefois, si vous cherchez des informations complètes et fouillées sur l’auteur, il faudra vous tourner vers un ouvrage plus conséquent.

Je suis ravie de cette lecture qui montre que rien n’est jamais perdu si on y croit.

Jack London. Le vagabond magnifique, Yves Simon, Mengès, coll. Destins, 2009

De beignets de tomates vertes…

Tout comme pour Blondel, j’avais noté Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg suite à de nombreux billets élogieux et enthousiastes sur la blogosphère. Comme j’étais désespérée par le fait que le livre était épuisé, Bladelor m’avait proposé de me prêter son exemplaire. Sautant de joie, j’accepte avec plaisir. Puis vient le temps de notre échange du Swap au long cours version Automne, et que ne découvris-je pas dans le colis : mon exemplaire de Beignets de tomates vertes. Car oui le livre a été réimprimé sans que je le sache et elle m’en a fait la surprise. Génial ! Mais il n’y avait pas que le livre dans ce colis, il y avait également le DVD. C’est vraiment la classe ça !

J’ai d’abord commencé par regarder le film qui m’a émue et que j’ai adoré.
Beignets de tomates vertes
est l’histoire de deux femmes qui ouvrent un café-restaurant dans leur petit village, le Whistle Stop Café, racontée par une vieille dame, Ninny.
Evelyn Couch, femme au foyer déprimée, rencontre Ninny alors qu’elle rend visite à la tante de son mari dans un home et qu’elle ne supporte pas. Evelyn va lui raconter ses déboires mais surtout elle va écouter avidement Ninny lui raconter sa jeunesse jusqu’à retrouver goût à la vie. Un lien très fort va peu à peu unir les deux femmes.
Ninny nous plonge dans une époque révolue où l’inégalité et le racisme étaient fort présents et où tout était possible. Elle nous livre une histoire d’amitié, d’humanité, de justice, d’amour, de solidarité. Elle nous présente des femmes de caractère qui auront tenu bon face à toutes les pressions.
Ce film est charmant, frais, drôle, émouvant, vivant et attachant. J’ai passé un excellent moment en compagnie de Ninny, Evelyn, Ruth et Idgie. J’ai savouré les beignets et j’ai versé quelques petites larmes à la fin. Film-douceur.


Et puis vint le temps de la lecture du roman de Fannie Flagg.

Ayant vu le film, je n’ai pas pu lire ce roman d’une manière totalement nouvelle et objective. Les images du film trottaient encore dans ma tête me faisant imaginer les personnages tels qu’ils sont joués par les acteurs et comparer les scènes du livre aux scènes du film. Même si le film et le livre se ressemblent, il y a quelques différences qui m’ont fait préférer le film au livre. J’ai trouvé l’adaptation plus sensible, plus juste, plus charmante et plus légère que le livre que j’ai trouvé long. Par contre, j’ai aimé dans le livre « La gazette de Weems », j’ai aimé le mystère, j’ai aimé la profondeur, j’ai aimé la richesse des personnages et des points de vue, j’ai aimé la douceur et surtout j’ai aimé les recettes. Beignets de tomates vertes se savoure lentement. On plonge dans l’univers de Whistle Stop, on connaît tout le monde, on mange avec eux, on a peur parfois, on admire le courage des deux femmes, on les soutient, on vit avec elles le temps d’une lecture qu’on prolonge au maximum. C’est une lecture agréable qui met du baume au cœur et qui fait croire en l’humanité.


Merci Bladelor de m’avoir donné l’occasion de découvrir ce livre et ce film incontournables et aussi de m’avoir permis de faire une deuxième lecture dans le cadre du challenge organisé par Stéphanie et Fashion “Lunettes noires sur pages blanches” (2).


Tous les avis repris par BoB ici.

Beignets de tomates vertes, Fannie Flagg, J’ai lu, 2009

Beignets de tomates vertes de Jon Avnet avec Mary-Louise Parker, Kathy Bates, Jessica Tandy, Mary Stuart Masterson, 1991

De Julius…

Je vais enfin vous présenter un roman bouleversant, un roman à l’atmosphère sublime et dont les descriptions sont magnifiques. Un roman qui m’a beaucoup touchée, un roman dont j’ai dévoré et savouré les mots, les phrases et le rythme. Et ce roman c’est Julius Winsome de Gerard Donovan.

Julius Winsome c’est l’histoire d’un homme solitaire qui habite avec son chien dans un chalet isolé dans la forêt du Maine. C’est la période de la chasse. Il n’aime pas entendre les coups de fusil, il n’aime pas quand son chien part se balader quand les chasseurs rôdent, il a peur qu’il lui arrive quelque chose. Et voilà que son chien ne rentre pas. Il s’inquiète et le découvre abattu par une balle de fusil de chasse. Il le ramène et l’enterre. A ce moment là, Julius Winsome décide de venger la mort de son compagnon et part à la recherche de celui qui est responsable de la mort préméditée de son chien.

Gerard Donovan nous entraine dans les finesses et les méandres de l’âme d’un homme solitaire, isolé et cultivé. Un homme qui vit dans un chalet reculé dont les murs sont habillés par les rayonnages d’une importante bibliothèque. Julius classe ses livres en chauds et froids selon l’endroit où ils se trouvent. Un homme dont la seule compagnie est celle de son chien.

Julius Winsome est un roman d’une force et d’une beauté incroyables. Un roman touchant, brillant et intense. Un roman qui nous parle de la lecture, de la solitude, de l’amour, de l’amour des mots, de la nature, de la vengeance, de la vie. Une lecture que je recommande vivement.

« J’ai jeté sur mon ami le monde entier à coups de pelle et en ai ressenti le poids, comme si j’étais étendu à ses côtés dans ces ténèbres. »

« Mais dans la vie on doit obtenir sa propre approbation pour les actes commis. Il n’y a personne à qui montrer ce qu’on a fait, personne pour vous dire bravo. »

Les avis enthousiastes ou mitigés des autres lecteurs : L’or des chambres, Cathulu, Laure, Cryssilda, Brize, Delphine, Dominique, Véronique, Benebonnou, et Reka.

Julius Winsome, Gerard Donovan, Seuil, 2009

D’une poursuite et de charmes…

Douglas Kennedy est un auteur dont j’entendais un peu trop parler et qui, pour cette raison, ne m’avait jamais tentée. Et puis vint le jour où ma maman me prêta La poursuite du bonheur et Les charmes discrets de la vie conjugale. Les deux romans restèrent longtemps sur ma PAL (au moins deux ans) jusqu’au jour où j’ai enfin eu envie de les sortir de la pile et de les lire.

La poursuite du bonheur raconte l’histoire de Sara et de Jack Malone. Ils se sont rencontrés lors d’une soirée de Thanksgiving en 1945. Ce fut le coup de foudre. Jack, journaliste de l’armée américaine, doit repartir le lendemain. Ils se font des promesses mais Sara n’aura plus de nouvelles de son bel amant jusqu’au jour où elle le retrouve pas hasard dans un parc en compagnie de sa femme et de son enfant. Je n’en dirai pas plus.
J’ai aimé cette histoire d’amour bouleversée et bouleversante. J’ai aimé me plonger dans la vie de Sara et de son frère. Douglas Kennedy ancre véritablement son roman dans le contexte social et politique des Etats-Unis des années 40 jusqu’à la fin de la « Chasse aux sorcières » et cet ancrage donne plus de poids à l’histoire de ces personnages torturés qui ne connaîtront que de brefs instants de bonheur sans jamais pouvoir le tenir réellement dans leurs mains. J’ai lu ce roman sans pouvoir m’en détacher. J’ai passé un agréable moment de lecture avec l’envie de lire un autre livre de ce style : une histoire pas trop compliquée qui fait rêver.

Et donc c’est avec plaisir que j’ai retrouvée quelques semaines plus tard l’écriture captivante de Douglas Kennedy avec Les charmes discrets de la vie conjugale. L’auteur nous invite cette fois à découvrir la vie tranquille d’Hannah Buchan qui, suite à une petite incartade de jeunesse, sera totalement chamboulée et démolie bien des années plus tard. Ce roman se divise en deux parties. La première est consacrée à la jeunesse d’Hannah, ses études, ses relations avec sa mère artiste et son père professeur engagé contre la guerre au Vietnam, à son mariage, ses déboires et surtout son moment d’égarement. Ensuite, après un saut dans le temps d’une trentaine d’années, on retrouve Hannah, femme épanouie et toujours mariée, ayant élevé ses deux enfants, ayant essayé d’être une épouse et une mère exemplaire pour expier sa faute. Mais on ne peut jamais échapper à son destin…
A nouveau, Douglas Kennedy ancre son roman dans la réalité des Etats-Unis des années septante (guerre du Vietnam, manifestations pacifistes,…) et 2000 (importance des médias et de la communication, foi hypocrite,…) Ce contexte historique donne à l’histoire plus de poids et de réalité. J’ai également aimé ce roman qui m’a tenue en haleine. J’ai vécu avec Hannah, je l’ai soutenue, je l’ai comprise, j’ai essayé de la rassurer. Douglas Kennedy sait captiver son lecteur en lui donnant les éléments de l’intrigue petit à petit, en le faisant réfléchir sur ce qu’il aurait fait à la place du personnage, en lui permettant de mieux visualiser le récit.

J’ai aimé ces deux romans. Ils m’ont fait du bien à un moment où ma vie changeait complètement et où je ne savais plus très bien si j’étais prête à commencer une nouvelle vie. Je suis heureuse de les avoir sortis de ma PAL. Merci Maman pour ces lectures bien agréables.

Les avis d’autres blogueuses chez BoB pour La poursuite du bonheur et Les charmes discrets de la vie conjugale.

La poursuite du bonheur, Douglas Kennedy, Pocket

Les charmes discrets de la vie conjugale, Douglas Kennedy, Pocket

D’un vice…

Quand j’ai vu ce petit livre à la couverture flashy et son titre, Le vice de la lecture, ma main s’est tendue pour le prendre et l’a amené, sans me consulter, au bureau de la libraire pour le prendre. Quelle bonne initiative !

Le vice de la lecture de Edith Wharton est un court texte dans lequel l’auteur dénonce l’obligation sociale de la lecture qui nuit aux écrivains et crée des lecteurs mécaniques. Elle oppose les lecteurs-nés aux lecteurs mécaniques qui lisent pour être au courant et ‘faire comme’. Et elle dénonce tous les méfaits causés par ces lecteurs qui sont au nombre de quatre : facilitent la carrière d’un écrivain médiocre, ralentissent la vraie culture, confondent la morale et les jugements intellectuels et sont à l’origine d’une critique se limitant à l’énoncé du contenu.

Edith Wharton est intransigeante et exclusive. Elle porte un jugement élitiste et sans concession sur la lecture et les lecteurs et on pourrait parfois se sentir insulté. Mais c’est un véritable plaisir de lire un texte qui pense la lecture et les lecteurs, malgré son ton quelque peu supérieur.

En écrivant ce billet, je me suis posé quelques questions sur Edith Wharton et la blogosphère : Que penserait Edith Wharton de la blogosphère ? Comment considèrerait-elle tous ces lecteurs qui livrent leur avis personnel ? Aurait-elle également un blog ? A mon avis, elle aurait un certain mépris pour les blogs de lecture tout en tenant le sien afin de mieux critiquer les autres.

Voici quelques extraits :

« Lire n’est pas une vertu, mais bien lire est un art, et un art que seul le lecteur-né peut acquérir. Le don de lire n’est pas une exception à la règle selon laquelle tous les dons naturels ont besoin d’être cultivés par la pratique et la discipline ; mais sans l’aptitude innée la formation serait vaine. C’est l’illusion du lecteur mécanique de croire que les intentions peuvent prendre la place de l’aptitude. » (p. 13)

« Il est probable que si ne lisaient que ceux qui savent lire, personne d’autre que ceux qui savent écrire ne produiraient des livres ; mais c’est la moindre des offenses du lecteur mécanique que d’avoir encouragé l’auteur mécanique. Ils sont fait l’un pour l’autre et peuvent s’attaquer l’un l’autre en toute impunité. » (p. 24)

« C’est ainsi que le lecteur mécanique œuvre systématiquement contre le meilleur de la littérature. A l’évidence, c’est à l’écrivain qu’il est le plus nuisible. La large avenue qui mène à l’approbation du lecteur mécanique est si facile à suivre et si grouillante de compagnons de voyage prospères que plus d’un jeune pèlerin y a été attiré par le seul besoin de la camaraderie ; et ce n’est peut-être qu’à la fin du voyage, quand il rejoint le Palais des Platitudes et s’assoit devant un festin de louanges sans discernement, avec les plumitifs qu’il a le plus méprisés, se servant sans gêne aucune du plat préparé en son honneur, que ses pensées se tournent avec envie vers cet autre côté – le droit chemin menant « aux happy few ». » (p. 30)

Les avis de Mea, Faelys, Cécile et Lali. Le site de l’éditeur qui permet de feuilleter l’ouvrage.

Le vice de la lecture, Edith Wharton, Les éditions du sonneur, la petite collection, 2009 (traduit de l’américain par Shaïne Cassim)

De l’Affaire de Road Hill House…

L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale est document qui revient sur une affaire d’infanticide qui a profondément marqué les esprits en Angleterre au XIXè siècle et qui a influencé de nombreux auteurs de romans policiers. Kate Summerscale livre une véritable enquête historique sur ce crime et la manière dont l’enquête a été menée. C’est la période où les gens se passionnent pour les crimes passionnels relatés par les journaux, où les détectives deviennent des personnalités imposantes et importantes et où Wilkie Collins, Mary Elisabeth Braddon, Charles Dickens publient des romans de détectives… L’auteur explique la vie avant le meurtre du jeune frère, la découverte du crime, l’enquête, les procès ainsi que la personnalité et la vie du détective qui mènera l’enquête. Elle nous livre un document riche et complet.

Après avoir lu De Sang-froid de Truman Capote qui avait été pour moi un véritable coup de cœur, le livre de Kate Summerscale me tentait puisqu’il me semblait être à peu près construit de la même manière que le roman de Capote. Malheureusement, il n’y a pas la même qualité d’écriture, de description, de construction, de mise en scène, de restitution des émotions, des événements. Le livre de Summerscale est plus historique que romancé et surtout son rythme est beaucoup plus lent, plus lourd, plus répétitif. L’auteur décrit tout en détail et va même plus loin que le crime. Elle fait de longs détours pour éclaircir certains points.

L’affaire de Road Hill House est un document qui m’a profondément ennuyé, que j’ai traîné de longues semaines derrière moi et dont je n’ai pas compris l’intérêt. La seule chose positive que j’en retire c’est l’envie de lire Wilkie Collins, Mary Elisabeth Braddon et Henry James.

Ils ont aimé : Ys, Dasola, Michel, Amanda, Joëlle, Françoise et Emmyne.

Enna a également été déçue par ce livre.

L’affaire de Road Hill House, Kate Summerscale, 10/18, 2009

D’un pied au paradis…

Un pied au paradis de Ron Rash est un roman noir assez intéressant et vivant grâce à sa construction particulièrement originale. Cinq personnages vont prendre la parole à tour de rôle pour raconter leur version du drame qui a eu lieu : le shérif, la voisine Amy, le voisin, le fils des voisins et l’adjoint au shérif.

Nous sommes en Caroline du Sud dans le comté d’Oconee dans les années 50. Le shérif Will Alexander est appelé pour intervenir dans un bar où a lieu une bagarre à laquelle participe Holland Winchester. Le lendemain, le shérif est appelé par la mère de ce dernier qui aurait disparu sans prendre son pick-up, celle-ci ayant entendu un coup de feu dans la matinée. Will va enquêter chez les voisins, les Holcombe. Il a des doutes mais ne trouve aucun cadavre ni aucune preuve de leur culpabilité. Le shérif revient sur sa vie, son passé, sa femme, ses choix, sa famille, le futur. Il n’est pas heureux et ne trouve pas le disparu. Ensuite, la narration est reprise par la femme du voisin, Amy. Elle raconte son histoire, sa rencontre avec son mari, leur malheur de ne pas pouvoir avoir d’enfant et la chute qui mène au crime. On entre par après dans la tête de Billy, le mari, qui explique le sentiment de jalousie qui l’habitait mais aussi son malaise face à son fils, du fils des voisins qui découvre les secrets du passé et de l’adjoint au shérif. Les narrations se déroulent sur plusieurs années ce qui offre la possibilité à l’auteur de faire évoluer l’environnement du drame et d’envisager l’avenir des différents intervenants. Ceux qui cultivaient leur terre et en vivaient ont dû la quitter pour habiter en ville et travailler à l’usine à cause de la construction imminente d’un barrage. L’auteur ancre son roman dans la réalité de la Caroline du Sud et de ses habitants : la sécheresse, la construction d’un barrage, l’expropriation.

Ce roman chorale permet à l’auteur de lever progressivement le voile sur le mystère de la disparition de Winchester, sur la vie qui continue, sur la culpabilité qui sommeille chez les coupables. La tension augmente au fur et à mesure pour finir dans une scène extrêmement forte émotionnellement qui a réussi à me faire verser quelques larmes. Ron Rash mène son intrigue d’une manière très originale et vivante bien que le drame qui a eu lieu soit finalement assez banal. Il nous offre un roman noir intrigant et très prenant.

Les avis de Papillon, Clarabel, Moisson Noire et Emeraude.

Un pied au paradis, Ron Rash, Editions du Masque, 2009

Challenge du 3% littéraire (18/21)

De nuages…

C’est grâce à une quatrième de couverture plus que tentante et intrigante que je me suis laissée aller à lire Le livre de nuages de Chloé Aridjis.

11 août 1986 – Berlin
Juste devant moi, dans cette rame de métro bondée, était assise une très vieille femme, presque centenaire je dirais, coiffée d’un foulard qui encadrait un large front, protubérant comme une planète en colère. Elle avait des yeux noirs enfoncés dans leur orbite et un visage carré aux lourdes mâchoires qui était remarquablement masculin. Tout semblait horriblement familier et j’avais l’impression d’avoir déjà vu ce visage, mais en noir et blanc. Plus je la regardais, plus j’étais certaine que c’était… oui, que c’était Hitler, Hitler en vieille femme dans ce métro berlinois… Aucun membre de ma famille ne me crut. C’était absurde, Hitler s’était suicidé dans son bunker en 1945, tout le monde savait ça…

Tatiana a quatorze ans quand elle a cette terrifiante vision. Dix ans plus tard, elle revient à Berlin pour étudier, puis pour y vivre de petits travaux, pour rêver un peu, pour être seule. Elle flotte dans la vie, se promène sur un nuage, ne s’implique jamais nulle part. Son obsession, c’est cette ville et son horrible passé, la guerre d’abord, puis le Mur, la coupure. Elle va croiser d’autres fantômes, se mêler à eux dans les rues, le métro encore, les mystérieux souterrains côté Est, nous entraînant à sa suite dans des récits d’une grande poésie, même s’ils sont parfois très noirs. Jusqu’au jour où la violence va frapper…


Mal m’en a pris car ce résumé si prometteur ne m’a pas semblé correspondre au contenu du livre. En effet, cette vision dans le métro berlinois d’une vieille femme aux traits d’Hitler n’est qu’un amuse-bouche pour nous expliquer le choix de la narratrice à apprendre l’allemand et ensuite à étudier à Berlin (ce qui lui permet également de fuir sa famille nombreuse envahissante). Nous la retrouvons des années après cette vision dans une ville libérée mais encore marquée par son passé. Cette jeune femme est perdue, elle n’a plus de travail, elle n’a aucune attache et elle n’en veut pas, elle n’a aucune envie. Sa vie est vide comme elle et elle déambule dans cette ville qu’elle aime. Elle trouve un travail auprès d’un ancien historien qui va lui permettre de rencontrer un météorologue amoureux des nuages. Un homme qui a vécu la chute du Mur en 89 et qui vivait de l’autre côté, du côté Est. Ce nouveau travail va lui faire découvrir un nouveau Berlin et approcher des personnages étranges.

Le livre des nuages est un roman qui nous parle de solitudes dans une grande ville. Des solitudes qui errent, se croisent, se touchent mais ne se libèrent jamais. Un roman qui nous parle d’errances, de recherches et de vide. Un roman qui ne correspond pas tout à fait à ce qui est présenté en quatrième.

Je n’ai pas aimé ce premier roman de Chloé Aridjis. Je suis restée insensible au drame personnel de cette jeune femme, à son vide, à son questionnement. J’ai trouvé ce roman monotone, long et lent. Un ressenti qui correspond bien à la thématique.

J’aurais aimé apprendre un peu plus sur le météorologue, j’aurais aimé un partage. Et surtout, j’aurais aimé qu’elle poursuive son enquête sur cette apparition mystérieuse qu’elle a eue des années auparavant. Etait-ce possible ? Etait-ce réel ? On pourrait imaginer qu’elle avait vu juste. Quel changement pour l’Histoire. Mais non, elle en reste là. Il est vrai qu’il s’agit d’un sujet délicat et assez dérangeant mais la fiction nous permet d’imaginer des scénarios multiples et improbables. J’ai été déçue par ce roman car j’ai attendu jusqu’au dénouement un lever du voile mais en vain.

Une présentation du livre par l’éditrice ici et par l’émission “Un livre un jour” sur France3.

Les avis de Leiloona, de Stephie et de Antoine.

Le livre des nuages, Chloé Aridjis, Mercure de France, 2009

Challenge du 3% littéraire (17/21)

D’une vaine attente…

La vaine attente de Nadeem Aslam est un des romans de la rentrée qui m’a marquée et qui m’a interpelée. Je n’avais jamais lu de romans traitant de l’Afghanistan, de son passé et de son présent, et cette première rencontre forte en émotions m’a fait réfléchir et voir les choses autrement.

La vaine attente raconte l’histoire d’un pays, de ses habitants, de ses combats, d’une réalité inquiétante, d’un échec passé, de douleurs, de pertes, d’amour et d’attente. C’est surtout l’histoire d’une attente sans fin : l’attente d’une fille disparue et d’un petit-fils, l’attente d’un frère également disparu, l’attente d’un renouveau, l’attente d’un ultime sacrifice, l’espoir d’un monde meilleur. Nadeem Aslam nous fait voir les implications historiques, politiques et religieuses de l’intervention américaine auprès des Afghans pour vaincre les russes. Cette guerre contre la Russie aura été le déclencheur de la tombée d’un pays riche de culture, de savoir et d’art de vivre dans l’obscur fanatisme religieux dont les conséquences se payent encore aujourd’hui.

La vaine attente est un livre humain où l’on rencontre de nombreux personnages tels qu’un vieux médecin anglais à la main coupée et veuf d’une femme qu’il aimait et qu’il a perdu car elle était afghane, un ancien espion américain amoureux de la fille du médecin, une femme russe à la recherche du corps de son frère, une institutrice afghane menacée, un jeune homme qui se prépare à mourir pour son dieu. Un roman riche où tous les points de vue sont abordés et dévoilés. Ce roman est bien construit et le lecteur se retrouve finalement lui aussi dans cette vaine attente. Un reproche : l’auteur essaye de tomber dans le pathos parfois et ce n’est vraiment pas réussi. Les phrases qu’il rajoute pour nous faire craquer ne sont pas toujours justes et n’apportent rien au texte. A part cela, j’ai beaucoup aimé cette lecture.

Les avis d’Amanda, Sylvie et Naina.

Une présentation du livre par l’auteur.

La vaine attente, Nadeem Aslam, Seuil, 2009 (traduit de l’anglais par Claude Demanuelli)

Challenge du 2% littéraire (12/14)