Entries Tagged as 'Littérature africaine'

De brûleurs de route…

Harraga de Boualem Sansal est un livre qui s’insinue progressivement dans notre esprit et qui ne le lâche plus une fois qu’il en a pris possession. C’est un livre fort et engagé. Et pourtant, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire de cette vieille fille Lamia, habitant seule dans sa maison au riche passé et ayant perdu tous les membres de sa famille, dont la monotonie du quotidien est brisée par l’irruption d’une tornade au ventre rond, Chérifa. Mais, au fur et à mesure que je progressais dans ma lecture, j’ai été happée et touchée par le sort de cette femme, de cette jeune fille et de tous les jeunes gens qui parcourent des kilomètres dans l’espoir de trouver un plus bel avenir.
La rencontre aux débuts difficiles entre une vieille folle solitaire et cette adolescente fantasque sera une voie de salut pour Lamia dont le coeur est asséché par la misère qui l’entoure écoeurée par son pays et ceux qui le gouvernent.
Boualem Sansal nous offre dans ce roman une vision critique de son pays, des dirigeants et du fanatisme religieux. Il nous met face à la réalité du monde du africain actuel, notamment celle des jeunes gens qui cherchent par tous les moyens à aller en Europe au péril de leur vie. Ces jeunes sont des ‘harragas’, des ‘brûleurs de route, de papier’, des déracinés. Il nous parle de la condition des femmes en Algérie, de la liberté, de la culture et de la vie. Harraga est un roman politique et engagé. Mais pas seulement car l’auteur nous offre également une magnifique histoire d’amour et de filiation qui va au-delà du sang. Un amour qui redonne goût à la vie et qui lui donne enfin un sens.
Harraga est une livre magnifique et puissant qui fait prendre conscience de tout ce que la vie peut nous offrir mais aussi des désillusions des jeunes dans ces pays où le fanatisme religieux et la bêtise occupent une place de plus en plus importante.

Livre lu dans le cadre de la Chaîne de Livres. Merci à Emmyne pour cette découverte.

Les avis de Lune de pluie, de Florinette, d’Ys, de Virginie, de Yohan.

Harraga, Boualem Sansal, Folio

De femmes…

Ombre sultane d’Assia Djebar est un très beau livre à l’écriture intimiste et subtile. J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire de femmes racontée par Isma. J’étais distante et hermétique mais petit à petit je me suis imprégné de l’atsmophère, du style et de l’histoire. C’est très beau, très doux et pourtant ce qui nous est présenté est dur. L’écriture est superbe.

Dans ce roman, Assia Djebar parle des femmes en Algérie, de leurs blessures, de leurs luttes, de leurs rêves de liberté et d’émancipation. Elle le fait en opposant deux épouses. La première, Isma, celle qui raconte, est l’épouse de l’amour. C’est une femme libre qui a eu une éducation occidentale, qui a vécu en Europe. C’est elle qui a décidé de quitter l’Homme et qui lui a trouvé une nouvelle épouse. La deuxième, Hajila, est issue d’un milieu social plus pauvre et conservateur. Elle doit respecter les coutumes et les obligations de la femme algérienne mariée. Elle doit accepter l’Homme, le servir, lui servir et s’occuper des enfants. Elle doit sortir couverte, voilée. Isma parle de son combat pour se protéger et vivre. Elle a besoin de pouvoir respirer librement, elle a besoin de vivre en dehors de la maison. Le ton est très humain et doux.

La première épouse, Isma, raconte les moments qu’elle a vécus avec l’Homme, leurs moments d’amour, mais aussi son enfance au sein du harem de son grand-père maternel qui avait épousé plusieurs femmes. Elle décrit l’ambiance dans les appartements des femmes. Elle parle aussi du mariage de l’une d’elles. La joie du mariage qui finalement emprisonne à vie. Mais ce mariage fut un désastre. Elle évoque aussi les bains ou encore le poids du regard des autres sur chaque femme.

Après Les nuits de Strasbourg que j’avais beaucoup aimé, Ombre sultane me charme et m’incite à plus découvrir Assia Djebar.

Livre reçu de la part Mariselya lors du swap Afrilire organisé par Bladelor.

Ombre sultane, Assia Djebar, Le Livre de Poche

D’une terre de Kabylie…


La Terre et le Sang de Mouloud Feraoun est un livre qui ne laisse pas indifférent, comme tous ses romans d’ailleurs. Mouloud Feraoun est un auteur algérien né en 1913 qui a été enseignant puis inspecteur de centres sociaux. Ses romans sont enracinés dans la Kabylie d’où il est originaire. C’est un auteur remarquable qui transmet et fait vivre sa terre d’origine.

Avec La Terre et le Sang, Feraoun nous emmène dans un petit village de Kabylie,un petit village perdu, à la rencontre de ses habitants, de ses coutumes et de ses histoires cachées. Et nous découvrons ce village à travers l’histoire d’un couple franco-algérien : Marie, une jeune parisienne, et Amer, jeune Kabyle qui a quitté son pays quelques années plus tôt pour travailler en France, qui y a vécu des événements traumatisants (la mort de son oncle, la Guerre et la captivité) et qui revient dans son petit village pour repartir à zéro. Mais voilà, les choses ne seront pas si tranquilles.

C’est un livre fort dans lequel l’auteur nous dévoile la vie de ces hommes fiers, forts et orgueilleux et celle de ces femmes recluses, vipères et essentielles. Il nous montre ce qu’il faut ou ne faut pas faire dans ce village, ce qui se passe derrière les façades et les passions, violences et tourments qui habitent les villageois. C’est un livre à lire et un auteur à découvrir. J’avais adoré Le Fils du pauvre.

La Terre et le Sang a obtenu le prix populiste en 1953.

 

Un livre que m’a envoyé MarySelia lors du Swap Afrilire organisé par Bladelor.

La Terre et le Sang, Mouloud Feraoun, Points Seuil 

D’hippopotames**…


Voici le deuxième album offert par Mariselya dans le cadre du Swap Afrilire et cette fois il s’agit d’un album jeunesse d’un célèbre auteur algérien que j’apprécie beaucoup, Mohammed Dib. Il s’agit en fait d’un conte joliment illustré par Emmanuel Kerner qui nous raconte les péripéties d’un bébé hippopotame qui, s’étant vu pour la première fois dans un miroir, désire changer d’apparence parce qu’il se trouve vilain. Il pleure et scie sa mère pour devenir quelque chose d’autre. La mère cède face aux larmes de son petit et l’emmène chez un sorcier qui le transformera à trois reprises sans jamais le satisfaire. Finalement, bébé hippopotame veut être un hippopotame parce que c’est tellement beau un hippopotame.

Ce conte met en lumière plusieurs choses, notamment l’amour inconditionnel des mères pour leurs petits ou l’acceptation de soi et de son apparence. Il est difficile de se voir pour la première fois dans un miroir et d’accepter l’image reflétée. Chacun se fait une idée de son apparence qui ne correspond pas à celle qu’il voit dans le miroir. Cependant, il faut accepter ce que l’on est et en être fier. C’est un joli conte avec une belle morale d’amour de soi. Et puis, j’aime les illustrations très vivantes. Et surtout, j’aime les contes avec les animaux. Un bel album à découvrir.

L’hippopotame qui se trouvait vilain, Mohammed Dib, Albin Michel jeunesse, coll. Petits contes de sagesse, 2001

De contes…

Contes du Bénin est un recueil de contes Dendi, de l’extrême nord du Bénin, tous très courts et très agréables à lire. Ils sont à la fois drôles et tragiques, empreints de magie et moraux, mais non moralisateurs. Ces contes, dont les héros sont les animaux de la savane, constituent en fait une base à une discussion, à une réflexion sur nos valeurs et nos comportements. Ils sont racontés par les conteurs lors de veillées dans le village pendant la saison sèche pour transmettre un savoir et aussi divertir. Mais ils sont créés lors de la saison des pluies, lorsque les gens sont aux champs et qu’ils croisent tous ces animaux alors que le village est vide.

Les personnages récurrents sont le Lièvre – animal rusé et intelligent qui fait toujours tourner les situations, même les plus dangereuses, à son avantage – et la Hyène – bête fourbe et naïve qui n’obtient jamais ce qu’elle convoite et qui est toujours condamnée à la place des autres. En parcourant ces contes, nous faisons également connaissance avec l’Éléphant le Sage, le Coq et le Crocodile le Trompeur. Tous ces animaux sont associés à un caractère humain spécifique. Cela permet aux conteurs de toucher les auditeurs en les faisant rire.

J’aime beaucoup ces contes mettant en scène des animaux à la place des êtres humains. J’aime également la mise en page de ce texte dans cette édition. Le long du bord droit de chaque feuillet, une frise représentant la même statuette d’un guerrier est dessinée. De plus, le texte est aéré. Ces éléments rendent la lecture beaucoup plus agréable.

Une belle lecture qui m’a fait rire et réfléchir sur certains de nos comportements.

Contes du Bénin, Mach-Houd Kouton, Syros, coll. Tempo, 2005