D’un mythe…
Alors que ma vie prenait un nouveau tournant et que je prenais conscience de la vanité de mes occupations journalières, j’ai commencé à penser à Camus et au mythe de Sisyphe. Sisyphe avait été condamné par les dieux à pousser un énorme rocher au sommet d’une montagne d’où le rocher ne faisait que redescendre et cette tâche lui avait été assignée pour l’éternité. Sisyphe symbole du travail absurde et inutile mais aussi, à ce qu’en dit Camus, homme heureux car maître de son destin.
Je me suis donc plongée dans l’essai sur l’absurde et la question du suicide de Camus, Le mythe de Sisyphe, pour en savoir plus justement sur le sentiment de l’absurde et ce que l’on pouvait en retirer. J’ai lu cet essai avec beaucoup d’attention tout en essayant de réfléchir à ma vie et au sens que je pouvais donner aux propos de Camus. Je ne vais pas essayer ici de vous faire un résumé du propos de Camus car je n’en serais pas capable. Je pense juste que cette lecture est un passage obligé quand on s’interroge sur le sens de la vie et de nos actions, quand on n’a plus foi en la vie et à ce qui fait notre quotidien, quand on n’a plus envie d’être Sisyphe (mais nous serons toujours des Sisyphes).
Comme j’ai lu cet essai en décembre, je ne peux que vous offrir quelques phrases prises au détour de ma lecture et qui m’ont profondément marquées. Et aussi une phrase de Faulkner reprise dans la présentation de l’auteur qui dit : « Camus disait que le seul rôle véritable de l’homme, né dans une monde absurde, était de vivre, d’avoir conscience de sa vie, de sa révolte, de sa liberté. »
« Commencer à penser, c’est commencer d’être miné. » (p. 19)
« Se tuer (…) c’est avouer. C’est avouer qu’on est dépassé par la vie ou qu’on ne la comprend pas. (…) C’est seulement avouer que cela ‘ne vaut pas la peine’. Vivre, naturellement, n’est jamais facile. On continue à faire les gestes que l’existence commande, pour beaucoup de raisons dont la première est l’habitude. Mourir volontairement suppose qu’on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude. » ( p. 20)
« (…) le suicide est une solution à l’absurde. » (p. 21)
« Nous prenons l’habitude de vivre avant d’acquérir celle de penser. » (p. 23)
« Toute vraie connaissance est impossible. » (p. 28)
« L’absurde dépend autant de l’homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien. » (p. 39)
« Pour un esprit absurde, la raison est vaine et il n’y a rien au-delà de la raison. » (p. 57)
« (…) l’absurde c’est le péché sans Dieu. » (p. 62)
« L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites. » (p. 72)
« Vivre, c’est faire vivre l’absurde. Le faire vivre, c’est avant tout le regarder. (…) l’absurde ne meurt que lorsqu’on s’en détourne. » (p. 78)
« Les mystiques (…) trouvent une liberté à se donner. A s’abîmer dans leur dieu, à consentir à ses règles, ils deviennent secrètement libres à leur tour. C’est dans l’esclavage spontanément consenti qu’ils retrouvent une indépendance profonde. (…) On peut dire surtout qu’ils se sentent libres vis-à-vis d’eux-mêmes et même moins que surtout libérés. » (p. 84)
« Qu’est-ce (…) que l’homme absurde ? Celui qui, sans le nier, ne fait rien pour l’éternel. » (p. 95)
« Tout ce qui fait travailler et s’agiter l’homme utilise l’espoir. La seule pensée qui ne soit mensongère est donc une pensée stérile. Dans le monde absurde, la valeur d’une notion ou d’une vie se mesure à son infécondité. » (p. 98)
« Plus on aime et plus l’absurde se consolide. » (p. 99)
« (…) les tristes ont deux raisons de l’être, ils ignorent ou ils espèrent. » (p. 100)
« Notre destin est en face de nous et c’est lui que nous provoquons. (…) par conscience de notre condition sans portée. » (p. 124)
« La véritable œuvre d’art est toujours à la mesure humaine. » (p. 134)
« Tout est bien, tout est permis et rien n’est détestable. Ce sont des jugements absurdes. » (p. 148)
« (…) idées sont le contraire de la pensée. » (p. 156)
« Toute pensée qui renonce à l’unité exalte la diversité. Et la diversité est le lieu de l’art. » (p. 157)
« On ne découvre pas l’absurde sans être tenté d’écrire quelque manuel de bonheur. » (p. 167)
« Tout l’art de Kafka est d’obliger le lecteur à relire. » (p. 171)
« (…) Kafka exprime la tragédie par le quotidien et l’absurde par la logique. » (p. 175)
Livre lu dans le cadre de mon “Année Camus” (1/12)
Le mythe de Sisyphe, Albert Camus, Folio essais, 2008
