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De Marie…

Voici deux romans qui m’ont émue par leur style, leur simplicité, leur puissance : Faire l’amour et Fuir de Jean-Philippe Toussaint, tous les deux publiés dans la collection « Double » des éditions de Minuit suite à la sortie de La Vérité sur Marie qui est le troisième volet du « cycle » de Marie.

Faire l’amour nous entraine au Japon, à Kyoto, dans un hôtel de luxe où Marie et le narrateur séjournent pour des raisons professionnelles. Marie est styliste et plasticienne. Elle monte une exposition et une installation dans un musée de la ville. Dans ce roman, il n’y a pas d’action, d’histoire prenante et captivante. Il n’y a que de l’émotion. Le narrateur raconte ce qu’il vit avec Marie à ce moment-là. Il nous explique leur rupture – une rupture difficile car ils s’aiment encore mais ne se supportent plus. Il explique ce qu’il ressent au fond de lui, les émotions et les sensations qui l’habitent. Il analyse son être. Le narrateur est empli de violence, de souffrance, de doutes et de malheur. Il est violent comme le sont ces sentiments exacerbés par le milieu et surtout par le tremblement de terre qu’ils viennent de vivre.
Le récit est puissant par l’évocation des sensations et des sentiments complexes tellement humains. Il est puissant par la force et la violence qui les animent. Le style est sobre et simple. L’écriture est limpide et lumineuse. Cette simplicité, cette évidence, cette clarté donnent au texte toute sa puissance et nous touche. C’est l’écriture qui m’a emportée et non pas le récit. Les personnages peuvent être agaçants. On aurait même presque envie de les secouer. Mais en même temps, on est touché par leur fragilité si bien décrite.
Faire l’amour c’est faire l’amour pour la dernière fois. C’est désirer l’autre tout en ne pouvant supporter son regard et son être. C’est la recherche d’une jouissance pour se faire mal et faire mal. C’est dur et beau à la fois.

Dans Fuir nous retrouvons les mêmes personnages : Marie et le narrateur. Mais l’action se déroule avant leur rupture et le voyage au Japon et se passe en Chine où le narrateur se rend seul. A son arrivée, il reçoit un téléphone portable –objet dont il a horreur et qui l’angoisse car lié à la mort selon lui. Alors qu’il se rend à Pékin en train, il reçoit en pleine nuit un appel. C’est Marie de l’autre côté du fil. Marie secouée par la mort de son père. Il va rester au téléphone très longtemps pour entendre sa voix, son souffle, pour vivre le deuil avec elle. Il décide de rentrer pour retrouver et soutenir Marie dans cette épreuve. Il passera toutefois une journée et une nuit à Pékin. Jean-Philippe Toussaint transmet les émotions intensément et livre des scènes puissantes, telle la fuite à trois sur une moto sur l’autoroute et dans les rues de Pékin. Une fuite inexpliquée et incompréhensible autant pour le narrateur que pour le lecteur. Mais une fuite nécessaire, une fuite providentielle. Cette scène est décrite magnifiquement bien. On sent la vitesse, le défilement, l’échappatoire, l’oubli dans la vitesse. Le narrateur vit un moment extrêmement intense. Ensuite, il retourne en Europe, sur l’île d’Elbe, pour rejoindre Marie. Le voyage est long et fatigant. Il arrive trop tard pour accompagner Marie à l’enterrement. Il la retrouve à l’église mais reste à l’écart. Il observe, il garde ses distances. On sent Marie fragile, déstabilisée, fière, perdue. On sent aussi que quelque chose se brise en eux, entre eux, que plus rien ne sera comme avant.
Fuir est un roman très fin, assez psychologique, au style pur, simple, efficace, parfait. Fuir c’est s’en aller, c’est ne pas regarder en arrière, c’est prendre ses distances, c’est mourir. C’est aussi s’interroger sur ses sentiments, savoir que l’on aime en désirant une autre, douter, abandonner mais rejoindre et soutenir. Fuir
Tout comme pour Faire l’amour, Fuir ne raconte pas une histoire. Il développe plutôt des pensées, des errances, des souffrances. Il analyse, il décrit, il vit.
c’est la solitude, la peur, le questionnement.

J’ai énormément apprécié ces deux romans qui m’ont apporté beaucoup. Qui ont créé une bulle autour de moi pendant la lecture. Ils m’ont charmée et fait vivre les émotions des personnages. Ces romans ne sont pas habituels. Ils changent un peu mes habitudes de lecture. Ce qui compte ici, c’est l’écriture, la forme, l’évocation. Et comme dit Jean-Pierre Amette dans Le Point : « Forme, style, rigueur, ponctuation, psychologie : c’est parfait. »

Les avis de Lilly, Je lis, Emeraude (qui est restée impassible), Nath et de Lancellau pour Faire l’amour. Et ceux de Je lis et Isa pour Fuir.

Un entretien avec l’auteur sur le site de Fabula.

Faire l’amour et Fuir, Jean-Philippe Toussaint, Editions de Minuit, coll. Double, 2009

D’un taxi la nuit…

Un taxi la nuit de Pierre-Léon Lalonde se déroulant dans les rues de Montréal, je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter ce livre et d’ensuite le dévorer car, oui, je suis fan de Montréal.
Pierre-Léon Lalonde est chauffeur de taxi de nuit à Montréal. Il tient un blog “Un Taxi la nuit” dans lequel il raconte ses aventures nocturnes rocambolesques, attachantes, énervantes,… Ce blog a eu tellement de succès qu’on lui a proposé de publier certains de ses billets. Voici l’origine de ce livre, Un taxi la nuit, émouvant, drôle, intéressant et passionnant.
Pierre-Léon Lalonde écrit comme s’il nous racontait ses anecdotes. Son écriture est vivante, vibrante et forte. Et puis, il nous fait découvrir un métier dont on ne parle que très peu dans la littérature, chauffeur de taxi. Un métier à risque, dur, parfois violent mais passionnant et tellement humain. Un chauffeur de taxi voit passer sur sa banquette arrière des personnes de toutes origines, de tous horizons, de toutes personnalités. Il rencontre un junky, un motard, des gars saouls qui enterrent la vie de garçon d’un ami, des couples d’un soir qui deviennent des couples d’une vie, des maîtresses, des vieilles dames, des jeunes qui s’enfuient sans payer… Il est à l’écoute de ceux qui en ont besoin, il distrait ceux qui sont tristes, il est discret, il est préventif… Il en voit de toutes les couleurs dans son taxi. Et puis, il y a Montréal de nuit, ses lumières, ses hivers, ses sorties de bar, ses feux… Le récit est accompagné de quelques photos en noir et blanc qui donnent une image de cette ville nocturne.
Pierre-Léon Lalonde livre un portrait sincère, authentique, touchant avec une pointe d’humour de son quotidien, de ce métier qu’il aime. C’est vraiment passionnant. En fermant le livre, on se dit que la prochaine fois qu’on prendra un taxi on fera causette avec le chauffeur. A découvrir.

Les avis de Karine, de Phil et de Venise.

Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde, Septentrion, coll. Hamac-Carnets, 2007

D’un Dieu méchant…

Dans son recueil de nouvelles cyniques et ironiques Attention Dieu méchant, Shalom Auslander, auteur du fabuleux La lamentation du prépuce, nous livre une réflexion sur Dieu et sur la place qu’il peut prendre ou prend dans nos vies. Mais Dieu, finalement, ne se préoccupe pas du tout de nous pauvres êtres vivants. Dieu, Il vit sa vie et se moque bien de ce qui peut nous arriver tout en continuant à jouer son rôle de régulateur social et démographique. Shalom Auslander nous présente les différentes facettes de Dieu et de la religion d’une manière drôle et souvent blasphématoire. Ces nouvelles pourraient être choquantes mais elles ne le sont pas car l’auteur met en évidence des réalités et pose les questions de l’emprise de la religion dans notre vie et dans la société et du besoin d’autorité et de soumission des hommes.

Ces nouvelles, souvent métaphoriques, sont bien construites. Je les ai toutes appréciées mais je retiens particulièrement celle du singe qui prend conscience de sa condition de singe et qui ne peut la supporter, celle des hamsters qui attendent leur maître pour être nourri et dont l’un prie et l’autre lutte pour sa survie, ou encore celle du Prophète qui n’en peut plus de vivre avec Dieu et qui essaye de s’en débarrasser. Chacune d’entre elles offre une piste de réflexion et est riche d’enseignement en gardant un ton léger et drôle.

Attention Dieu méchant est un recueil de nouvelles à lire très certainement car il traite d’un sujet fondamental joyeusement pour une fois.

Présentation et interview de l’auteur sur le site de l’éditeur Belfond. Le site de l’auteur. L’avis de Valunivers et de Sabine.

Attention Dieu méchant, Shalom Auslander, Belfond, 2009

Challenge du 1% littéraire 2009 (7/7)

D’une enfant volée…

La Perrita d’Isabelle Condou c’est l’histoire de deux femmes en Argentine qui attendent le même jour la présence d’une jeune fille à la fête qu’elles organisent chacune en son honneur. En attendant cet événement, l’auteur revient sur la vie de ces deux femmes que tout sépare mais qui sont animées par un sentiment plus ou moins semblable. L’une, Ernestina, est une grand-mère qui a perdu son fils et sa belle-fille le jour de Noël 1977 alors que cette dernière était enceinte. Ses enfants ont été arrêtés par le régime militaire en tant qu’opposants politiques. Elle n’aura plus jamais de nouvelles d’eux. Son mari se laissera périr. Mais elle continuera à espérer, à vivre, à rechercher sa petite fille, son ‘bébé volé’. L’autre, Violetta, est une mère qui n’a pas pu avoir d’enfant et qui a beaucoup souffert de son statut de femme stérile. Femme d’un militaire gradé de la junte, elle obtient de son mari un bébé. Elle se rend dans un centre de détention et choisit la mère qui donnera naissance à son enfant. Cette femme, c’est la Perrita, la belle-fille d’Ernestina. Heureuse d’avoir cette enfant, elle l’élève avec énormément d’amour. Mais lorsque sa fille commence à s’interroger sur son identité, elle ne saura pas comment lui avouer ses origines.


C’est un roman fort que nous livre Isabelle Condou. Un roman sur la souffrance, le manque, la maternité, un roman aussi qui dénonce ces crimes commis par la dictature. Toutefois, elle ne juge pas cette femme qui a commis l’irréparable pour avoir un enfant et qui ne cessera de vivre avec cette douleur. Isabelle Condou nous offre un roman juste qui alterne les voix de ces deux femmes en souffrance qui, en attente de cet événement, font le point sur leur vie.

Un très beau billet de Cuné. Et ceux d’Antigone et de Cathulu. Isabelle Condou présente son roman ici.

La Perrita, Isabelle Condou, Plon, 2009

Challenge du 1% littéraire 2009 (6/7)

De vies éclatantes…

Grégoire Polet est un écrivain belge dont je ne connaissais qu’un seul titre : Excusez les fautes du copiste. J’ai eu l’opportunité de lire un autre de ses romans et je suis sous le charme de cet auteur et de son livre, Leurs vies éclatantes.

A Paris, le temps d’une semaine du mois de mai entre les préparatifs d’un enterrement et  ceux d’un mariage, le destin d’êtres communs et exceptionnels va s’accélérer et changer. Certains vont voir leurs projets et leurs rêves s’envoler, d’autres vont réaliser leurs rêves, certains encore vont réparer des erreurs passées et d’autres vont connaître l’amour. Les nombreux personnages se croisent sans se connaître, se connaissent sans prendre le temps de s’arrêter, s’aiment et se quittent.

Leurs vies éclatantes est un roman foisonnant, riche et très dynamique. Le lecteur passe d’une situation à une autre sans être perdu car tout est intrinsèquement lié et donc parfaitement construit. Tous ces personnages aux destins en partie liés mais chacun unique nous amènent à une réflexion sur l’amour, l’engagement, le choix, la musique et l’art. Ce roman est riche, ce roman est captivant, ce roman est fort. J’ai vraiment adoré.

Leurs vies éclatantes, Grégoire Polet, Folio, 2009

De vacances avec Mélie…

A Mélie, sans mélo de Barbara Constantine est un livre qui fait chaud au cœur. Mélie est une grand-mère de 72 ans épatante qui va faire en sorte que les vacances de sa petite fille Clara soient inoubliables et peu importe les ennuis de santé qui la guettent. Mélie est encore dynamique et émerveillée par la vie. Elle essaye de créer des souvenirs drôles et puissants à sa petite Clara. Elle s’occupe aussi de son vieil ami Marcel, ancien mécanicien bougon au grand cœur… Et puis, il y a tous les autres personnages qui entourent Clara et Mélie : Fanette sa mère, Bello son parrain et sa bande de filleuls, Antoine son amoureux, … Tout ce petit monde est entrainé dans l’entourage bienfaisant de Mélie. Et puis, Mélie va aussi rencontrer la grand Amour…
Barbara Constantine nous offre un joli roman de vie et d’espoir. Les personnages sont touchants et attachants. Les situations sont souvent pleines de tendresse et d’humour. Elles réveillent en nous des souvenirs d’enfance. On se sent bien avec Mélie, on a envie de rejoindre toute sa troupe… Mélie est généreuse, incroyable et pleine de vie… Et puis dans ce livre, on sent l’amour et la joie.
J’ai beaucoup aimé ce roman car il me rappelle les vacances chez mes grands-parents, il me rappelle les bons moments passés en leur compagnie (les parties de pêche, les potions magiques, les baignades,…) et puis il m’a fait me sentir bien, joyeuse et légère.

Les avis de Clarabel, Sophie, Le Bibliomane, Katell, Fashion et de Cathulu.

Une interview de l’auteure par Michel Field.

A Mélie, sans méli, Barbara Constantine, Calmann-Lévy, 2008

D’une affaire…

C’est grâce à Fashion et Karine et à leur enthousiasme que j’ai découvert Jasper Fforde. Et  je dois dire que c’est un véritable plaisir car Jasper Fforde nous emmène dans un monde qu’un lecteur assidu affectionne particulièrement mais en plus de ça il le fait avec humour. J’ai donc commencé par le premier volume des aventures de Thursday Next, agent littéraire, L’affaire Jane Eyre.


Dans ce premier volume, on fait la connaissance de l’agent Thursday Next et de son dodo ainsi que du terrible Achéron Hadès. On découvre aussi un autre monde, un monde où la littérature est une chose extrêmement importante, où le temps peut s’arrêter, où il y a une guerre qui s’éternise pour rien, où il y a de vrais vampires, où il y a des agents pour tout… C’est un monde assez étrange. On a l’impression de reconnaître certains traits, de se sentir en territoire connu et puis d’un coup on est ramené à cette réalité. C’est drôlement bien fait cette Angleterre uchronique.
L’affaire Jane Eyre est une affaire terriblement exigeante qui, si elle n’est pas menée à bien, risque d’altérer un des plus beaux textes de la littérature classique. Achéron Hadès, incarnation du mal, aime faire le mal pour la beauté du geste. Il a décidé d’entrer dans le texte de Charlotte Brontë pour le détruire. Pour ce faire, il kidnappe l’oncle de Thursday qui a inventé le « Portail de la prose » qui permet de rentrer dans n’importe quel texte. Thursday est d’abord engagée pour poursuivre Achéron car elle est la seule à pouvoir le sentir mais surtout la seule à pouvoir lui résister. Ensuite, suite à une malheureuse rencontre avec son ennemi, Thursday doit quitter son poste et retourner dans sa ville natale où elle va continuer à poursuivre Hadès et où elle risquera à plusieurs reprises sa vie pour sauver la littérature. Et puis, il n’y pas que l’enquête qui compte, il y a aussi la vie amoureuse de Thursday… Une Thursday indécise et rancunière mais aussi amoureuse.


Ce roman est drôle, amusant, dépaysant et intéressant. Car les aventures de Thursday sont assez loufoques, le monde de Jasper Fforde est original et bien pensé et puis il y a de nombreux jeux de mots, certains même hilarants. J’aimerais avoir un “Portail de la prose” pour pouvoir rencontrer les héros de mes livres préférés. Et puis, je veux aussi un dodo. C’est excellent comme animal domestique.

Enfin, L’affaire Jane Eyre est aussi une bonne réflexion et une bonne critique sur la société, la politique, le pouvoir et l’absurdité de la guerre. C’est un livre drôle qui fait réfléchir et qui change un peu de tout ce que je lis pour le moment. Je rapprocherais Jasper Fforde de Terry Pratchett, un auteur de fantasy drôle qui porte également un regard acerbe sur la société via son disque monde. Ce qui est encore mieux chez Fforde, c’est que c’est un monde où la littérature a beaucoup d’importance et donc un monde qui ne peut que plaire à tous grands lecteurs…

L’affaire Jane Eyre, Jasper Fforde, 10/18, 2005

D’un homme pacifique…

L’homme pacifique de Marc Pautrel est un puissant hommage à son oncle bien-aimé. Ce récit est fabuleux car il est simple. Marc Pautrel raconte l’histoire de cet homme simple, de cet homme pacifique toujours poli et aimable, un homme de la nature, un comptable, un homme aimant et aimé. Il livre avec simplicité et justesse ses souvenirs et ses sentiments. L’oncle de Marc Pautrel devient celui de chaque lecteur.
Peu de mots pour vous dire que c’est un hommage sobre, juste et beau.

Le blog de l’auteur ici.

L’homme pacifique, Marc Pautrel, Gallimard, 2009

De nombres premiers…

La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano est un roman dont on a beaucoup parlé sur la blogosphère et qui mérite vraiment qu’on le lise. Paolo Giordano nous entraîne dans l’histoire de deux personnages, Mattia et Alice, de leur enfance jusqu’à l’âge adulte en alternant leur voix et leurs pensées. Mattia porte en lui un terrible secret qui l’amène à commettre des actes d’auto-mutilation. Il se tait, il souffre et s’engouffre dans les mathématiques. Alice vit sous la coupe d’un père autoritaire qui avait de hautes ambitions pour elle jusqu’au jour où un grave accident l’handicape à vie et la plonge dans l’anorexie. Alice, tout comme Mattia, est solitaire. Mais Alice est attirée par ce jeune garçon sombre, silencieux et mystérieux. Et Mattia, lui aussi, se sent proche de cette fille un peu bizarre. Ils se ressemblent et sont reliés tels des nombres premiers. Mattia et Alice ne cesseront de se chercher, de se retrouver et de se quitter durant toute leur vie alors qu’ils tentent de trouver leur place dans ce monde.
Paolo Giordano nous offre un premier roman plutôt mélancolique où les sentiments sont forts et contradictoires, les souffrances et les douleurs vraies, les espoirs enfouis. Un livre sensible et émouvant, prenant et poignant, mais pas non plus bouleversant. Et puis, l’auteur nous mène là où il veut et ne laisse aucun espoir.

Tous ceux qui en ont parlé sont repris ici.

La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano, Seuil, 2009

D’un compagnon de voyage…

Le compagnon de voyage de Curzio Malaparte est un roman inédit commencé en 1946 et achevé en 1956. Ce court récit est le symbole de la débâcle italienne en septembre 1943 alors que les Alliés débarquent dans le Sud en Calabre qui conduira à l’armistice le 8 septembre, symbole d’un pays qui n’a plus de lois, d’un chaos.
Le compagnon de voyage c’est l’histoire du soldat Calusia, l’ordonnance du lieutenant, qui survit au combat alors que tous sont morts et qui reçoit comme dernière mission de son lieutenant celle de ramener son corps dans sa famille à Naples. Ce détachement de soldats était isolé et seul face aux Alliés. Ils n’avaient aucune chance de s’en sortir mais ils ont combattu pour la dignité de leur pays. Calusia se relève de la bataille et décide d’accomplir sa dernière mission. C’est l’occasion pour l’auteur de nous faire parcourir les routes de cette Italie défaite et sans repères et rencontrer des soldats alliés, des gens perdus qui tentent de rentrer chez eux, des voleurs, des maquerelles… C’est également l’occasion pour l’auteur de nous montrer la fragilité et l’instabilité du pays. Calusia est un homme digne et intègre qui aide son prochain et n’admet pas les injustices trop fréquentes qu’il rencontre sur son chemin. Par ce texte, Malaparte dénonce son pays et les voleurs qui le dirigent. Mais il montre aussi la générosité et le courage du peuple italien, de ce peuple qui n’a plus rien et pour qui tout est à reconstruire.
Le compagnon de voyage est un texte en mouvement, un texte qui progresse, qui bouge au rythme des déplacements de ces gens ballotés sur les routes où défilent les convois militaires. On lit le texte comme on regarderait un film sur cette période. C’est fascinant.
J’ai trouvé ce texte très poétique, très beau et très juste. Un inédit de Malaparte à lire sans délai.

Le compagnon de voyage, Curzio Malaparte, Quai Voltaire, 2009