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D’une énigme…

Je venais d’emprunter L’énigme du retour de Dany Laferrière à la bibliothèque car le Festival des Etonnants Voyageurs faisait escale à Haïti en ce mois de janvier 2010. Et puis voilà que la Terre tremble et détruit le pays. Ma lecture de L’énigme du retour de Dany Laferrière fut donc une lecture de circonstance très troublante puisque l’auteur parle de son pays alors que celui-ci vient d’être dévasté.

L’énigme du retour est un long poème en vers et en prose. Une forme assez déroutante mais marquante et envoûtante. Un long poème donc qui nous emmène dans une réflexion sur l’exil, l’enfance, la nostalgie du passé, les origines, l’identité suite à la mort du père qui met en doute la vie d’exilé de l’auteur. Quand on part, on n’est plus tout à fait d’ici ni de là-bas. Qui sommes-nous alors ?

Dany Laferrière offre un texte sublime qui imprègne le lecteur grâce à une écriture parfaite, imagée et musicale. Je me suis senti glisser doucement dans le monde de l’auteur. J’avais l’impression d’être là à ses côtés, de voir et sentir Haïti, de vivre son questionnement.

Je suis ravie d’avoir lu ce roman de Dany Laferrière qui ne me tentait pas du tout au départ mais qui m’a laissée sans voix. Une lecture-expérience magnifique. Je vous laisse l’apprécier grâce à ces quelques extraits d’une beauté incroyable.

« Et l’exil du temps est plus impitoyable que celui de l’espace

Mon enfance

Me manque plus cruellement

Que mon pays. » (p. 77-78)

« Ici on vit d’injustice et d’eau fraiche. » (p. 99)

« Une feuille, près de moi,

tombe.

Sans bruit.

Quelle élégance ! » (p. 113)

« La chose la plus subversive qui soit,

et je passe ma vie à le dire,

c’est de tout faire pour être heureux

à la barbe du dictateur. » (p. 144)

« Le passé, qui définit notre façon d’appréhender le présent, n’a pas la même densité pour chaque personne. » (p. 188)

« Partir sans laisser de traces.

Ni personne pour se souvenir de vous.

Seul un Dieu mérite pareil destin. » (p. 281)

« Nous avons deux vies.

Une qui est à nous.

La seconde qui appartient

A ceux qui nous connaissent

Depuis l’enfance. » (p. 282)

« La mer était interdite à l’esclave.

De la plage, il pouvait rêver à l’Afrique/

Et un esclave nostalgique

Ne vaut plus grand-chose

Dans la plantation.

Il fallait l’abattre pour que sa tristesse

Ne contamine pas les autres. » (p. 295)

« On me vit aussi sourire

dans mon sommeil.

Comme l’enfant que je fus

Du temps heureux de ma grand-mère.

Un temps enfin revenu.

C’est la fin du voyage. » (p. 299-300) (Derniers vers du roman-poème)

Les avis de Dominique, Pagesapages et Kenza.

L’énigme du retour, Dany Laferrière, Grasset, 2009 (Prix Médecis 2009)

D’une conversation autour des livres…

Collectionnant les livres parlant de livres, je ne pouvais pas passer à côté de cette conversation entre deux amoureux des livres : N’espérez pas vous débarrasser des livres d’Umberto Eco et Jean-Claude Carrière.

Ces deux bibliophiles érudits conversent autour de la place des livres, de leur avenir, de leur valeur et de l’amour qu’ils leur portent. Mais ils nous entraînent aussi dans une réflexion sur la culture, la connaissance, les nouvelles technologies. Ils nous parlent de l’histoire de l’écriture et des livres : origines, religions, censures, collections. Leur conversation riche et intelligente part dans tous les sens tout en restant compréhensible. Elle se révèle amusante aussi lorsqu’ils livrent différentes anecdotes à propos d’éditeurs, de leurs recherches ou autres petits détails historiques.

N’espérez pas vous débarrasser des livres nous informe que le livre ne va pas disparaître car, tout comme la roue, c’est une invention utile parfaite et irremplaçable malgré la place de plus en plus importante des nouvelles technologies. Il nous interroge aussi sur la connaissance à l’ère d’Internet. Comment gérer toute l’information, comment la classer, la trier ? Que restera-t-il de tout ce qui circule aujourd’hui ? Comment s’est effectué le tri jusqu’à présent ? Avons-nous le meilleur ou les rebuts ? Des chef-d’œuvres ou des ratés ? Il nous dit aussi qu’il est possible de connaître des livres et des films sans les avoir ni lus ni vus car ils font partie de notre culture et de notre quotidien. Et puis il nous montre deux bibliophiles en action.

Cette conversation est dense, stimulante, foisonnante et accessible. Eco et Carrière sont passionnants et incroyables. J’ai appris pleins de choses et rafraîchi ma mémoire. Je suis vraiment heureuse de cette lecture parfaite pour ceux qui aiment apprendre, qui aiment les livres et les collectionnent et qui aiment les conversations.

Je vous livre ici quelques réflexions de ces deux messieurs :

« La cultures est un cimetière de livres et d’autres objets à jamais disparus » (Umberto Eco, p. 71)

« Le savoir, c’est ce dont nous sommes encombrés et qui ne trouve pas toujours une utilités. La connaissance, c’est la transformation d’un savoir en une expérience de vie. » (Jean-Claude Carrière, p. 85)

« Si un auteur veut éviter d’être victime d’un filtrage, il lui est conseillé de s’allier, d’adhérer à un groupe, de ne pas rester isolé. ( J-C C., p. 104)

« Non, la religion est la cocaïne du peuple. Elle excite les foules. » (U.E., p. 192)

« Une collection de livres est un phénomène masturbatoire, solitaire, et vous trouvez rarement des gens qui peuvent partager votre passion. (…) Ils ne comprennent pas pourquoi vous donnez tellement d’importance à un petit bouquin sans aucun attrait, et pourquoi il vous a coûté des années de recherche. » (U.E., p. 321)

« Une bibliothèque, c’est un peu une compagnie, un groupe d’amis vivants, d’individus. Le jour où vous vous sentez un peu isolé, un peu déprimé, vous pouvez vous adresser à eux. » (J-C C, p. 321-322)

Vous pouvez lire le premier chapitre sur le site de l’éditeur ici.

N’espérez pas vous débarrasser des livres, Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, préface de Jean-Philippe de Tonnac, Grasset, 2009

De Julius…

Je vais enfin vous présenter un roman bouleversant, un roman à l’atmosphère sublime et dont les descriptions sont magnifiques. Un roman qui m’a beaucoup touchée, un roman dont j’ai dévoré et savouré les mots, les phrases et le rythme. Et ce roman c’est Julius Winsome de Gerard Donovan.

Julius Winsome c’est l’histoire d’un homme solitaire qui habite avec son chien dans un chalet isolé dans la forêt du Maine. C’est la période de la chasse. Il n’aime pas entendre les coups de fusil, il n’aime pas quand son chien part se balader quand les chasseurs rôdent, il a peur qu’il lui arrive quelque chose. Et voilà que son chien ne rentre pas. Il s’inquiète et le découvre abattu par une balle de fusil de chasse. Il le ramène et l’enterre. A ce moment là, Julius Winsome décide de venger la mort de son compagnon et part à la recherche de celui qui est responsable de la mort préméditée de son chien.

Gerard Donovan nous entraine dans les finesses et les méandres de l’âme d’un homme solitaire, isolé et cultivé. Un homme qui vit dans un chalet reculé dont les murs sont habillés par les rayonnages d’une importante bibliothèque. Julius classe ses livres en chauds et froids selon l’endroit où ils se trouvent. Un homme dont la seule compagnie est celle de son chien.

Julius Winsome est un roman d’une force et d’une beauté incroyables. Un roman touchant, brillant et intense. Un roman qui nous parle de la lecture, de la solitude, de l’amour, de l’amour des mots, de la nature, de la vengeance, de la vie. Une lecture que je recommande vivement.

« J’ai jeté sur mon ami le monde entier à coups de pelle et en ai ressenti le poids, comme si j’étais étendu à ses côtés dans ces ténèbres. »

« Mais dans la vie on doit obtenir sa propre approbation pour les actes commis. Il n’y a personne à qui montrer ce qu’on a fait, personne pour vous dire bravo. »

Les avis enthousiastes ou mitigés des autres lecteurs : L’or des chambres, Cathulu, Laure, Cryssilda, Brize, Delphine, Dominique, Véronique, Benebonnou, et Reka.

Julius Winsome, Gerard Donovan, Seuil, 2009

Des bras…

Si au début ce roman ne m’intéressait pas du tout, à force d’entendre et de lire des critiques élogieuses j’ai pris mon exemplaire et je l’ai ouvert sans pouvoir le lâcher avant la fin.

Loin des bras de Metin Arditi est un roman captivant bien que l’histoire ne soit pas pleine de rebondissements et d’intrigues complexes. Il raconte la vie, la vie de quelques personnages qui se retrouvent unis dans le même bateau même s’ils n’ont pas d’atomes crochus. Des personnages particuliers qui ont une vie banale et pourtant hors du commun. L’une est accro au jeu depuis la mort de son mari, un grand mathématicien allemand qui s’est engagé pour son pays. L’autre est un homosexuel photographe dominé par sa mère. Un autre encore est un ancien collabo. Tous ces personnages, professeurs dans un pensionnat suisse assez huppé mais sur le déclin, sont attachants par leurs fêlures et leurs erreurs. Ce roman nous invite à suivre une année scolaire dans ce pensionnat pour enfants de riches, des enfants qui sont loin des bras de leurs parents qui les abandonnent aux bons soins des professeurs et de la direction, des enfants qui cherchent également des repères. Le pensionnat ne va pas bien et risque de fermer. La directrice tente de le sauver, les professeurs craignent pour leur poste. L’auteur crée parfaitement une ambiance qui se veut familiale mais où les tensions sont à fleur de peau. Il crée un univers confiné où les mœurs ne sont pas toujours respectables malgré les apparences. Il crée un lieu de vie où les passions tentent de s’exprimer.

J’ai aimé ce roman. Je n’arrive pas à en parler correctement car je l’ai lu il y a plus de trois mois mais il m’en reste une sorte d’envoûtement. Il ne faut pas toujours se fier à ses premières impressions et parfois pousser la porte pour découvrir de jolies choses.

Loin des bras de Metin Arditi se révèle donc comme une jolie et troublante surprise.

Les avis repris chez BoB. Et le site de l’éditeur ici.

Loin des bras, Metin Arditi, Actes Sud, 2009

Challenge du 3% littéraire 2009 (21/21)

De Marie…

Voici deux romans qui m’ont émue par leur style, leur simplicité, leur puissance : Faire l’amour et Fuir de Jean-Philippe Toussaint, tous les deux publiés dans la collection « Double » des éditions de Minuit suite à la sortie de La Vérité sur Marie qui est le troisième volet du « cycle » de Marie.

Faire l’amour nous entraine au Japon, à Kyoto, dans un hôtel de luxe où Marie et le narrateur séjournent pour des raisons professionnelles. Marie est styliste et plasticienne. Elle monte une exposition et une installation dans un musée de la ville. Dans ce roman, il n’y a pas d’action, d’histoire prenante et captivante. Il n’y a que de l’émotion. Le narrateur raconte ce qu’il vit avec Marie à ce moment-là. Il nous explique leur rupture – une rupture difficile car ils s’aiment encore mais ne se supportent plus. Il explique ce qu’il ressent au fond de lui, les émotions et les sensations qui l’habitent. Il analyse son être. Le narrateur est empli de violence, de souffrance, de doutes et de malheur. Il est violent comme le sont ces sentiments exacerbés par le milieu et surtout par le tremblement de terre qu’ils viennent de vivre.
Le récit est puissant par l’évocation des sensations et des sentiments complexes tellement humains. Il est puissant par la force et la violence qui les animent. Le style est sobre et simple. L’écriture est limpide et lumineuse. Cette simplicité, cette évidence, cette clarté donnent au texte toute sa puissance et nous touche. C’est l’écriture qui m’a emportée et non pas le récit. Les personnages peuvent être agaçants. On aurait même presque envie de les secouer. Mais en même temps, on est touché par leur fragilité si bien décrite.
Faire l’amour c’est faire l’amour pour la dernière fois. C’est désirer l’autre tout en ne pouvant supporter son regard et son être. C’est la recherche d’une jouissance pour se faire mal et faire mal. C’est dur et beau à la fois.

Dans Fuir nous retrouvons les mêmes personnages : Marie et le narrateur. Mais l’action se déroule avant leur rupture et le voyage au Japon et se passe en Chine où le narrateur se rend seul. A son arrivée, il reçoit un téléphone portable –objet dont il a horreur et qui l’angoisse car lié à la mort selon lui. Alors qu’il se rend à Pékin en train, il reçoit en pleine nuit un appel. C’est Marie de l’autre côté du fil. Marie secouée par la mort de son père. Il va rester au téléphone très longtemps pour entendre sa voix, son souffle, pour vivre le deuil avec elle. Il décide de rentrer pour retrouver et soutenir Marie dans cette épreuve. Il passera toutefois une journée et une nuit à Pékin. Jean-Philippe Toussaint transmet les émotions intensément et livre des scènes puissantes, telle la fuite à trois sur une moto sur l’autoroute et dans les rues de Pékin. Une fuite inexpliquée et incompréhensible autant pour le narrateur que pour le lecteur. Mais une fuite nécessaire, une fuite providentielle. Cette scène est décrite magnifiquement bien. On sent la vitesse, le défilement, l’échappatoire, l’oubli dans la vitesse. Le narrateur vit un moment extrêmement intense. Ensuite, il retourne en Europe, sur l’île d’Elbe, pour rejoindre Marie. Le voyage est long et fatigant. Il arrive trop tard pour accompagner Marie à l’enterrement. Il la retrouve à l’église mais reste à l’écart. Il observe, il garde ses distances. On sent Marie fragile, déstabilisée, fière, perdue. On sent aussi que quelque chose se brise en eux, entre eux, que plus rien ne sera comme avant.
Fuir est un roman très fin, assez psychologique, au style pur, simple, efficace, parfait. Fuir c’est s’en aller, c’est ne pas regarder en arrière, c’est prendre ses distances, c’est mourir. C’est aussi s’interroger sur ses sentiments, savoir que l’on aime en désirant une autre, douter, abandonner mais rejoindre et soutenir. Fuir
Tout comme pour Faire l’amour, Fuir ne raconte pas une histoire. Il développe plutôt des pensées, des errances, des souffrances. Il analyse, il décrit, il vit.
c’est la solitude, la peur, le questionnement.

J’ai énormément apprécié ces deux romans qui m’ont apporté beaucoup. Qui ont créé une bulle autour de moi pendant la lecture. Ils m’ont charmée et fait vivre les émotions des personnages. Ces romans ne sont pas habituels. Ils changent un peu mes habitudes de lecture. Ce qui compte ici, c’est l’écriture, la forme, l’évocation. Et comme dit Jean-Pierre Amette dans Le Point : « Forme, style, rigueur, ponctuation, psychologie : c’est parfait. »

Les avis de Lilly, Je lis, Emeraude (qui est restée impassible), Nath et de Lancellau pour Faire l’amour. Et ceux de Je lis et Isa pour Fuir.

Un entretien avec l’auteur sur le site de Fabula.

Faire l’amour et Fuir, Jean-Philippe Toussaint, Editions de Minuit, coll. Double, 2009

D’un taxi la nuit…

Un taxi la nuit de Pierre-Léon Lalonde se déroulant dans les rues de Montréal, je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter ce livre et d’ensuite le dévorer car, oui, je suis fan de Montréal.
Pierre-Léon Lalonde est chauffeur de taxi de nuit à Montréal. Il tient un blog “Un Taxi la nuit” dans lequel il raconte ses aventures nocturnes rocambolesques, attachantes, énervantes,… Ce blog a eu tellement de succès qu’on lui a proposé de publier certains de ses billets. Voici l’origine de ce livre, Un taxi la nuit, émouvant, drôle, intéressant et passionnant.
Pierre-Léon Lalonde écrit comme s’il nous racontait ses anecdotes. Son écriture est vivante, vibrante et forte. Et puis, il nous fait découvrir un métier dont on ne parle que très peu dans la littérature, chauffeur de taxi. Un métier à risque, dur, parfois violent mais passionnant et tellement humain. Un chauffeur de taxi voit passer sur sa banquette arrière des personnes de toutes origines, de tous horizons, de toutes personnalités. Il rencontre un junky, un motard, des gars saouls qui enterrent la vie de garçon d’un ami, des couples d’un soir qui deviennent des couples d’une vie, des maîtresses, des vieilles dames, des jeunes qui s’enfuient sans payer… Il est à l’écoute de ceux qui en ont besoin, il distrait ceux qui sont tristes, il est discret, il est préventif… Il en voit de toutes les couleurs dans son taxi. Et puis, il y a Montréal de nuit, ses lumières, ses hivers, ses sorties de bar, ses feux… Le récit est accompagné de quelques photos en noir et blanc qui donnent une image de cette ville nocturne.
Pierre-Léon Lalonde livre un portrait sincère, authentique, touchant avec une pointe d’humour de son quotidien, de ce métier qu’il aime. C’est vraiment passionnant. En fermant le livre, on se dit que la prochaine fois qu’on prendra un taxi on fera causette avec le chauffeur. A découvrir.

Les avis de Karine, de Phil et de Venise.

Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde, Septentrion, coll. Hamac-Carnets, 2007

D’un Dieu méchant…

Dans son recueil de nouvelles cyniques et ironiques Attention Dieu méchant, Shalom Auslander, auteur du fabuleux La lamentation du prépuce, nous livre une réflexion sur Dieu et sur la place qu’il peut prendre ou prend dans nos vies. Mais Dieu, finalement, ne se préoccupe pas du tout de nous pauvres êtres vivants. Dieu, Il vit sa vie et se moque bien de ce qui peut nous arriver tout en continuant à jouer son rôle de régulateur social et démographique. Shalom Auslander nous présente les différentes facettes de Dieu et de la religion d’une manière drôle et souvent blasphématoire. Ces nouvelles pourraient être choquantes mais elles ne le sont pas car l’auteur met en évidence des réalités et pose les questions de l’emprise de la religion dans notre vie et dans la société et du besoin d’autorité et de soumission des hommes.

Ces nouvelles, souvent métaphoriques, sont bien construites. Je les ai toutes appréciées mais je retiens particulièrement celle du singe qui prend conscience de sa condition de singe et qui ne peut la supporter, celle des hamsters qui attendent leur maître pour être nourri et dont l’un prie et l’autre lutte pour sa survie, ou encore celle du Prophète qui n’en peut plus de vivre avec Dieu et qui essaye de s’en débarrasser. Chacune d’entre elles offre une piste de réflexion et est riche d’enseignement en gardant un ton léger et drôle.

Attention Dieu méchant est un recueil de nouvelles à lire très certainement car il traite d’un sujet fondamental joyeusement pour une fois.

Présentation et interview de l’auteur sur le site de l’éditeur Belfond. Le site de l’auteur. L’avis de Valunivers et de Sabine.

Attention Dieu méchant, Shalom Auslander, Belfond, 2009

Challenge du 1% littéraire 2009 (7/7)

D’une enfant volée…

La Perrita d’Isabelle Condou c’est l’histoire de deux femmes en Argentine qui attendent le même jour la présence d’une jeune fille à la fête qu’elles organisent chacune en son honneur. En attendant cet événement, l’auteur revient sur la vie de ces deux femmes que tout sépare mais qui sont animées par un sentiment plus ou moins semblable. L’une, Ernestina, est une grand-mère qui a perdu son fils et sa belle-fille le jour de Noël 1977 alors que cette dernière était enceinte. Ses enfants ont été arrêtés par le régime militaire en tant qu’opposants politiques. Elle n’aura plus jamais de nouvelles d’eux. Son mari se laissera périr. Mais elle continuera à espérer, à vivre, à rechercher sa petite fille, son ‘bébé volé’. L’autre, Violetta, est une mère qui n’a pas pu avoir d’enfant et qui a beaucoup souffert de son statut de femme stérile. Femme d’un militaire gradé de la junte, elle obtient de son mari un bébé. Elle se rend dans un centre de détention et choisit la mère qui donnera naissance à son enfant. Cette femme, c’est la Perrita, la belle-fille d’Ernestina. Heureuse d’avoir cette enfant, elle l’élève avec énormément d’amour. Mais lorsque sa fille commence à s’interroger sur son identité, elle ne saura pas comment lui avouer ses origines.


C’est un roman fort que nous livre Isabelle Condou. Un roman sur la souffrance, le manque, la maternité, un roman aussi qui dénonce ces crimes commis par la dictature. Toutefois, elle ne juge pas cette femme qui a commis l’irréparable pour avoir un enfant et qui ne cessera de vivre avec cette douleur. Isabelle Condou nous offre un roman juste qui alterne les voix de ces deux femmes en souffrance qui, en attente de cet événement, font le point sur leur vie.

Un très beau billet de Cuné. Et ceux d’Antigone et de Cathulu. Isabelle Condou présente son roman ici.

La Perrita, Isabelle Condou, Plon, 2009

Challenge du 1% littéraire 2009 (6/7)

De vies éclatantes…

Grégoire Polet est un écrivain belge dont je ne connaissais qu’un seul titre : Excusez les fautes du copiste. J’ai eu l’opportunité de lire un autre de ses romans et je suis sous le charme de cet auteur et de son livre, Leurs vies éclatantes.

A Paris, le temps d’une semaine du mois de mai entre les préparatifs d’un enterrement et  ceux d’un mariage, le destin d’êtres communs et exceptionnels va s’accélérer et changer. Certains vont voir leurs projets et leurs rêves s’envoler, d’autres vont réaliser leurs rêves, certains encore vont réparer des erreurs passées et d’autres vont connaître l’amour. Les nombreux personnages se croisent sans se connaître, se connaissent sans prendre le temps de s’arrêter, s’aiment et se quittent.

Leurs vies éclatantes est un roman foisonnant, riche et très dynamique. Le lecteur passe d’une situation à une autre sans être perdu car tout est intrinsèquement lié et donc parfaitement construit. Tous ces personnages aux destins en partie liés mais chacun unique nous amènent à une réflexion sur l’amour, l’engagement, le choix, la musique et l’art. Ce roman est riche, ce roman est captivant, ce roman est fort. J’ai vraiment adoré.

Leurs vies éclatantes, Grégoire Polet, Folio, 2009

De vacances avec Mélie…

A Mélie, sans mélo de Barbara Constantine est un livre qui fait chaud au cœur. Mélie est une grand-mère de 72 ans épatante qui va faire en sorte que les vacances de sa petite fille Clara soient inoubliables et peu importe les ennuis de santé qui la guettent. Mélie est encore dynamique et émerveillée par la vie. Elle essaye de créer des souvenirs drôles et puissants à sa petite Clara. Elle s’occupe aussi de son vieil ami Marcel, ancien mécanicien bougon au grand cœur… Et puis, il y a tous les autres personnages qui entourent Clara et Mélie : Fanette sa mère, Bello son parrain et sa bande de filleuls, Antoine son amoureux, … Tout ce petit monde est entrainé dans l’entourage bienfaisant de Mélie. Et puis, Mélie va aussi rencontrer la grand Amour…
Barbara Constantine nous offre un joli roman de vie et d’espoir. Les personnages sont touchants et attachants. Les situations sont souvent pleines de tendresse et d’humour. Elles réveillent en nous des souvenirs d’enfance. On se sent bien avec Mélie, on a envie de rejoindre toute sa troupe… Mélie est généreuse, incroyable et pleine de vie… Et puis dans ce livre, on sent l’amour et la joie.
J’ai beaucoup aimé ce roman car il me rappelle les vacances chez mes grands-parents, il me rappelle les bons moments passés en leur compagnie (les parties de pêche, les potions magiques, les baignades,…) et puis il m’a fait me sentir bien, joyeuse et légère.

Les avis de Clarabel, Sophie, Le Bibliomane, Katell, Fashion et de Cathulu.

Une interview de l’auteure par Michel Field.

A Mélie, sans méli, Barbara Constantine, Calmann-Lévy, 2008