Alors que nous nous préparions à aller à notre rendez-vous annuel avec le Festival de Etonnants Voyageurs et que nous avions eu la chance de réserver un petit-déjeuner avec Sylvain Tesson, je voulais me plonger dans la lecture de L’axe du loup de ce dernier. Dans ce récit, Sylvain Tesson raconte son expérience sur les traces d’un rescapé, Slavomir Rawicz, qui raconte son aventure dans A marche forcée. Ce récit ayant marqué Sylvain Tesson, il tente de refaire la route de ce fugitif mais seul. Je me suis dit qu’il fallait alors lire Slavomir Rawicz avant de me lancer dans la lecture de Tesson, que je n’ai pas encore faite malheureusement.
A marche forcée c’est le récit extrêmement vivant et puissant d’un homme condamné à plus de vingt ans de travaux forcés dans un camp de travail dans le fin fond de la Sibérie parce qu’il faisait partie de l’armée polonaise et qu’il habitait à la frontière russo-polonaise. Cet homme, c’est l’auteur qui raconte son exploit et celui de ses camarades qui l’ont accompagné. Au début, il raconte sa détention, les tortures qu’il a subies, sa transformation, son silence. Il a perdu ce qui faisait de lui un homme mais il a gardé son intégrité et son honneur. Il n’a jamais menti, il n’a jamais supplié. Il est resté fort sous la torture. Cette partie du récit a suscité en moi de l’incompréhension. Pourquoi ? Pourquoi torturer ? Pourquoi se battre ? Pourquoi humilier les êtres humains, nos semblables ? Pourquoi l’injustice ? Pourquoi… Et on voit cet homme qui ne comprend pas tenter de garder ce qui fait de lui un être humain. Ensuite, il nous raconte sa déportation vers un camp de travail. Le trajet dans une betaillière qui dure des semaines où les hommes sont collés les uns aux autres et tentent de survivre entre eux. Il y a une solidarité et de l’ingéniosité qui les habitent. Arrivés au terme de ce long et pénible voyage, ils sont enchaînés à des camions, d’autres viennent les compléter et ils marchent dans le froid, sous la neige et le vent. Les plus faibles et les plus âgés meurent, les autres survivent coûte que coûte. Les soldats subissent le même sort qu’eux même s’ils sont plus protégés du froid. Ces conditions difficiles renforcent la solidarité même si chacun cherche au fond de soi la force d’avancer. Ce voyage dure encore de longues semaines jusqu’au jour où ils arrivent dans un camp de travail.
Là, débute une nouvelle partie du récit. Celle du camp. Celle où Slavomir noue des liens avec d’autres prisonniers mais aussi avec la femme d’un colonel qui aura un rôle capital dans son évasion. Il nous raconte la vie dans le camp et l’idée fixe de l’évasion. Il doit trouver des compagnons mais il est dangereux de dévoiler ses plans, il doit réunir des peaux, du bois, des sacs et constituer un stock de nourriture. Dès ce moment, le lecteur ne pourra plus reposer le livre avant la conclusion finale de l’aventure tant on est fébrile et on a envie de soutenir ces sept hommes qui s’évadent vers la liberté tout en sachant qu’elle n’est pas gagnée une fois sortis du camp mais qu’ils devront marcher toujours droit devant sans se retourner dans des contrées inconnues avec peu de ressources.
Enfin donc, le récit continue avec la marche de ces sept hommes plus une femme qui les rejoint à travers la Sibérie, la Mongolie, le désert de Gobi (sans eau), les chaînes himalayennes (sans protection contre le froid) et enfin l’entrée en Inde. Ce que ces hommes ont réalisé est un véritable exploit et une véritable leçon de survie. Quand on lit ce récit, on ne peut le lâcher et on veut qu’ils s’en sortent tous. On a les yeux écarquillés et le coeur qui palpite. On a soif, on a faim, on a froid ou trop chaud. L’homme est capable de tout lorsque sa vie et sa liberté en dépendent.
A marche forcée est un récit à lire sans conteste. Un incontournable. Peu importe si certains disent que ce que Rawicz raconte est impossible.
A marche forcée. A pied du Cercle polaire à l’Himalaya 1941-1942, Slavomir Rawicz, Phébus, 2002, traduit de l’anglais par Eric Chedaille