D’un vice…

Quand j’ai vu ce petit livre à la couverture flashy et son titre, Le vice de la lecture, ma main s’est tendue pour le prendre et l’a amené, sans me consulter, au bureau de la libraire pour le prendre. Quelle bonne initiative !

Le vice de la lecture de Edith Wharton est un court texte dans lequel l’auteur dénonce l’obligation sociale de la lecture qui nuit aux écrivains et crée des lecteurs mécaniques. Elle oppose les lecteurs-nés aux lecteurs mécaniques qui lisent pour être au courant et ‘faire comme’. Et elle dénonce tous les méfaits causés par ces lecteurs qui sont au nombre de quatre : facilitent la carrière d’un écrivain médiocre, ralentissent la vraie culture, confondent la morale et les jugements intellectuels et sont à l’origine d’une critique se limitant à l’énoncé du contenu.

Edith Wharton est intransigeante et exclusive. Elle porte un jugement élitiste et sans concession sur la lecture et les lecteurs et on pourrait parfois se sentir insulté. Mais c’est un véritable plaisir de lire un texte qui pense la lecture et les lecteurs, malgré son ton quelque peu supérieur.

En écrivant ce billet, je me suis posé quelques questions sur Edith Wharton et la blogosphère : Que penserait Edith Wharton de la blogosphère ? Comment considèrerait-elle tous ces lecteurs qui livrent leur avis personnel ? Aurait-elle également un blog ? A mon avis, elle aurait un certain mépris pour les blogs de lecture tout en tenant le sien afin de mieux critiquer les autres.

Voici quelques extraits :

« Lire n’est pas une vertu, mais bien lire est un art, et un art que seul le lecteur-né peut acquérir. Le don de lire n’est pas une exception à la règle selon laquelle tous les dons naturels ont besoin d’être cultivés par la pratique et la discipline ; mais sans l’aptitude innée la formation serait vaine. C’est l’illusion du lecteur mécanique de croire que les intentions peuvent prendre la place de l’aptitude. » (p. 13)

« Il est probable que si ne lisaient que ceux qui savent lire, personne d’autre que ceux qui savent écrire ne produiraient des livres ; mais c’est la moindre des offenses du lecteur mécanique que d’avoir encouragé l’auteur mécanique. Ils sont fait l’un pour l’autre et peuvent s’attaquer l’un l’autre en toute impunité. » (p. 24)

« C’est ainsi que le lecteur mécanique œuvre systématiquement contre le meilleur de la littérature. A l’évidence, c’est à l’écrivain qu’il est le plus nuisible. La large avenue qui mène à l’approbation du lecteur mécanique est si facile à suivre et si grouillante de compagnons de voyage prospères que plus d’un jeune pèlerin y a été attiré par le seul besoin de la camaraderie ; et ce n’est peut-être qu’à la fin du voyage, quand il rejoint le Palais des Platitudes et s’assoit devant un festin de louanges sans discernement, avec les plumitifs qu’il a le plus méprisés, se servant sans gêne aucune du plat préparé en son honneur, que ses pensées se tournent avec envie vers cet autre côté – le droit chemin menant « aux happy few ». » (p. 30)

Les avis de Mea, Faelys, Cécile et Lali. Le site de l’éditeur qui permet de feuilleter l’ouvrage.

Le vice de la lecture, Edith Wharton, Les éditions du sonneur, la petite collection, 2009 (traduit de l’américain par Shaïne Cassim)

À propos de Lau

Professeur de français, j'aime les livres et la lecture...
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9 réponses à D’un vice…

  1. Lali dit :

    Merci pour le lien qui me permet de découvrir cet endroit où je compte revenir!

  2. Ys dit :

    Edith Wharton serait peut-être attristée par la blogosphère… en tout cas, les méfaits qu’elle expose me semblent diablement pertinents…

  3. bladelor dit :

    J’en avais entendu parlé, je crois que c’était chez Levraoueg et j’hésite à le lire à cause du côté élitiste justement. Et les extraits que tu nous proposes vont dans ce sens… On ne peut pas dire qu’Edith Wharton faisait preuve de modestie…. Ce genre de personnage m’est assez désagréable.

  4. Isabelle Bary dit :

    Bonjour,

    Mon prochain roman étant en relecture, je me permets quelques longs « surfs » littéraires et paresseux! De passage donc sur votre chouette blog, me voilà l’envie de compulser ce livre ligné rose qui, s’il semble bien arrogant, me paraît aussi plein de bon sens lorsqu’il aborde le « moutonnage littéraire »… à lire avec des pincettes peut-être, mais à lire certainement. Rendez-vous donc chez Cook and Book ou à la Foire du livre de BXL (j’y serai du vendredi 5 au dimanche 7 au stand de Luce Wilquin, si vous y passez, n’hésitez pas à venir me saluer, cela me ferait plaisir!)
    Encore félicitation pour votre blog plein d’enthousiasme!
    A bientôt,
    Isabelle Bary

  5. Lau dit :

    @ Lali : Avec plaisir… C’est en faisant des recherches sur ce livre que j’ai découvert ton blog.

    @ Ys : Ils sont pertinents mais ne sont pas totalement justes…

    @ Bladelor : Elle n’est point modeste Madame Wharton. L’avis de Levraoueg n’était pas très positif… Lis ce qui te plaît avant tout…

    @ Isabelle Bary : Je suivrai la sortie de votre roman avec attention. Je ne travaille plus au Cook & Book et n’habite plus en Belgique. J’ai déménagé au mois de novembre et je me suis installée en France. Ce court texte est effectivement assez intéressant à lire puisqu’il ouvre des pistes de réflexions. Merci en tout cas pour votre passage et vos gentils mots. A bientôt j’espère…

  6. Isabelle Bary dit :

    Bonne route à vous, Laurence, et rendez-vous sur votre blog, alors!

  7. Lau dit :

    @ Isabelle Bary : Merci…

  8. chiffonnette dit :

    Sans doute intéressant pour le côté un peu polémique mais je ne sais pas si je l’apprécierai aujourd’hui!

  9. Lau dit :

    @ Chiffonnette : Intéressant oui mais il faut peut-être être dans de bonnes dispositions…