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D’un roi en Afghanistan…

J’avais noté Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés de Ingrid Thobois lors d’une de mes promenades sur la blogosphère il y a deux ou trois ans. Je ne sais donc plus qui m’a donné envie de le lire. J’avais trouvé le sujet intéressant : Une jeune femme part enseigner à Kaboul et elle tombe amoureuse d’un homme plus âgé qui y habite depuis plusieurs mois et est marié. Ils vivent des moment intenses, ils visitent ce pays plein de vie mais abîmé par la guerre. Mais leur relation née dans des circonstances extraordinaires est vouée à l’échec.

C’est un roman vite lu pendant mes vacances en Jordanie. Lu sans passion, sans intérêt, sans rien. Je n’ai pas vraiment accroché au style de l’auteur ni à l’histoire. Il faut dire que j’avais lu La vaine attente (qui se passe aussi en Afghanistan et qui raconte l’histoire de ce pays à travers le destin de quelques personnages) de Nadeem Aslam quelques semaines auparavant qui m’avait laissé une forte impression.

Malgré un prix du premier roman obtenu en 2007 Ingrid Thobois ne m’a pas convaincue.

Les avis de Praline et de Arsène. Le site de l’auteur ici.

Le roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés, Ingrid Thobois, Le Livre de Poche

De Marie…

Voici deux romans qui m’ont émue par leur style, leur simplicité, leur puissance : Faire l’amour et Fuir de Jean-Philippe Toussaint, tous les deux publiés dans la collection « Double » des éditions de Minuit suite à la sortie de La Vérité sur Marie qui est le troisième volet du « cycle » de Marie.

Faire l’amour nous entraine au Japon, à Kyoto, dans un hôtel de luxe où Marie et le narrateur séjournent pour des raisons professionnelles. Marie est styliste et plasticienne. Elle monte une exposition et une installation dans un musée de la ville. Dans ce roman, il n’y a pas d’action, d’histoire prenante et captivante. Il n’y a que de l’émotion. Le narrateur raconte ce qu’il vit avec Marie à ce moment-là. Il nous explique leur rupture – une rupture difficile car ils s’aiment encore mais ne se supportent plus. Il explique ce qu’il ressent au fond de lui, les émotions et les sensations qui l’habitent. Il analyse son être. Le narrateur est empli de violence, de souffrance, de doutes et de malheur. Il est violent comme le sont ces sentiments exacerbés par le milieu et surtout par le tremblement de terre qu’ils viennent de vivre.
Le récit est puissant par l’évocation des sensations et des sentiments complexes tellement humains. Il est puissant par la force et la violence qui les animent. Le style est sobre et simple. L’écriture est limpide et lumineuse. Cette simplicité, cette évidence, cette clarté donnent au texte toute sa puissance et nous touche. C’est l’écriture qui m’a emportée et non pas le récit. Les personnages peuvent être agaçants. On aurait même presque envie de les secouer. Mais en même temps, on est touché par leur fragilité si bien décrite.
Faire l’amour c’est faire l’amour pour la dernière fois. C’est désirer l’autre tout en ne pouvant supporter son regard et son être. C’est la recherche d’une jouissance pour se faire mal et faire mal. C’est dur et beau à la fois.

Dans Fuir nous retrouvons les mêmes personnages : Marie et le narrateur. Mais l’action se déroule avant leur rupture et le voyage au Japon et se passe en Chine où le narrateur se rend seul. A son arrivée, il reçoit un téléphone portable –objet dont il a horreur et qui l’angoisse car lié à la mort selon lui. Alors qu’il se rend à Pékin en train, il reçoit en pleine nuit un appel. C’est Marie de l’autre côté du fil. Marie secouée par la mort de son père. Il va rester au téléphone très longtemps pour entendre sa voix, son souffle, pour vivre le deuil avec elle. Il décide de rentrer pour retrouver et soutenir Marie dans cette épreuve. Il passera toutefois une journée et une nuit à Pékin. Jean-Philippe Toussaint transmet les émotions intensément et livre des scènes puissantes, telle la fuite à trois sur une moto sur l’autoroute et dans les rues de Pékin. Une fuite inexpliquée et incompréhensible autant pour le narrateur que pour le lecteur. Mais une fuite nécessaire, une fuite providentielle. Cette scène est décrite magnifiquement bien. On sent la vitesse, le défilement, l’échappatoire, l’oubli dans la vitesse. Le narrateur vit un moment extrêmement intense. Ensuite, il retourne en Europe, sur l’île d’Elbe, pour rejoindre Marie. Le voyage est long et fatigant. Il arrive trop tard pour accompagner Marie à l’enterrement. Il la retrouve à l’église mais reste à l’écart. Il observe, il garde ses distances. On sent Marie fragile, déstabilisée, fière, perdue. On sent aussi que quelque chose se brise en eux, entre eux, que plus rien ne sera comme avant.
Fuir est un roman très fin, assez psychologique, au style pur, simple, efficace, parfait. Fuir c’est s’en aller, c’est ne pas regarder en arrière, c’est prendre ses distances, c’est mourir. C’est aussi s’interroger sur ses sentiments, savoir que l’on aime en désirant une autre, douter, abandonner mais rejoindre et soutenir. Fuir
Tout comme pour Faire l’amour, Fuir ne raconte pas une histoire. Il développe plutôt des pensées, des errances, des souffrances. Il analyse, il décrit, il vit.
c’est la solitude, la peur, le questionnement.

J’ai énormément apprécié ces deux romans qui m’ont apporté beaucoup. Qui ont créé une bulle autour de moi pendant la lecture. Ils m’ont charmée et fait vivre les émotions des personnages. Ces romans ne sont pas habituels. Ils changent un peu mes habitudes de lecture. Ce qui compte ici, c’est l’écriture, la forme, l’évocation. Et comme dit Jean-Pierre Amette dans Le Point : « Forme, style, rigueur, ponctuation, psychologie : c’est parfait. »

Les avis de Lilly, Je lis, Emeraude (qui est restée impassible), Nath et de Lancellau pour Faire l’amour. Et ceux de Je lis et Isa pour Fuir.

Un entretien avec l’auteur sur le site de Fabula.

Faire l’amour et Fuir, Jean-Philippe Toussaint, Editions de Minuit, coll. Double, 2009

De faire sa mort comme l’amour…

Faire sa mort comme faire l’amour de Pierre Turgeon est un livre que j’ai acheté lors de mon voyage à Montréal. Je l’ai acheté parce que j’aimais bien le titre sans savoir toutefois quelle était l’intrigue. Je l’ai lu dans l’avion que nous prenions pour aller en Jordanie et je dois dire que ce ne fut pas la grande passion et qu’il m’arrivait souvent de piquer du nez.

Comme je l’ai lu il y a un petit temps et que je n’ai pas adoré ma lecture, je ne me souviens plus très bien de l’intrigue. Je me souviens juste qu’il s’agit de l’histoire d’un homme et de sa famille au Québec. Un homme qui dénonce l’hypocrisie, la médiocrité, la rudesse, l’égoïsme, l’intolérance.

J’ai trouvé cette lecture assez ennuyeuse. Non pas sans intérêt, mais sans vie, sans dynamisme, sans cette petite étincelle qui fait que le texte nous parle ou nous touche malgré de jolies phrases.

Faire sa mort comme faire l’amour est un roman générationnel. Il parle d’une époque, de conditions sociales, d’un pays. Peut-être que si j’étais québécoise, j’aurais plus apprécié le texte.

Le site de l’auteur ici.

Faire sa mort comme faire l’amour, Pierre Turgeon, Bibliothèque Québécoise

D’une solitude à Palerme…

A nouveau grâce à la Chaîne des livres organisée par Ys, j’ai pu découvrir un auteur et apprécier un roman dont je n’avais pas entendu parler : Palermo solo de Philippe Fusaro.

Palermo solo c’est l’histoire d’un Baron sicilien qui a eu des démêlés avec la mafia sicilienne et qui a été contraint de s’exiler dans un hôtel chic de Palerme sans autorisation de sortie, à l’exception du jour des morts. Le Baron, désormais vieil homme, revient sur son passé et ses premières années de réclusions. Les premiers jours, semaines, mois et années de cet emprisonnement doré, il a vécu dans la crainte d’être tué. Ensuite, peu à peu cette peur s’est atténuée et il a pu se libérer (sortir de sa chambre, rencontrer des gens, aller sur le toit de l’hôtel). Il a tout vécu dans cet hôtel et même l’amour intense.

Philippe Fusaro nous entraine dans la vie de ce Baron triste, solitaire, exilé sur sa propre terre. Il nous raconte avec sobriété les craintes, les amours, les choix de cet homme qui n’a plus de liberté. C’est un beau texte, une jolie découverte. J’ai lu ce roman il y a maintenant plus de 3 mois et je garde en moi le souvenir d’une lecture profonde et d’un style agréable. Je n’ai pas été bouleversée par ce texte, il ne m’a pas transportée, il m’a juste accompagnée un court moment, il m’a donné envie de lire, il m’a fait du bien. Je l’ai lu d’une traite avec plaisir et bonheur. Merci à Leiloona pour cette belle découverte.

Les avis des autres enchaînés : Leiloona, Restling, Blue Grey, Argantel, Emmyne, Yohann, Virginie et Ys.

Palermo solo, Philippe Fusaro, La Fosse aux ours, 2007

D’un bonheur fantôme…

C’est d’abord le titre du roman qui m’a attirée, Bonheur fantôme, et qui m’a incitée à tourner le livre et à en lire la quatrième de couverture qui nous dit ceci :

« Le bonheur, même quand il vous est donné d’un coup, il faut en faire de petites provisions pour les jours d’après. »
A 28 ans, Pierre a tout quitté du jour au lendemain pour aller vivre à la campagne. Tout, c’est-à-dire Paris, ses études, le milieu de la mode… Dans ce coin très vert, un peu paumé, il soigne ses chiens et son jardin, ramasse des vieilleries et les vend, tout en entamant la biographie d’une artiste animalière du XIXe siècle, Rosa Bonheur, la bien nommée. Avec pudeur, ironie, parfois provocation et mal de drôlerie, Anne Percin dévoile les secrets de ce jeune homme à la beauté féroce. Des fantômes, vivants ou morts, le hantent. Ainsi qu’une très grande histoire d’amour dont il a cru se préserver…
Un premier roman débordant de vie et d’intelligence.

Le thème m’a beaucoup touchée parce que nous vivions et nous vivons encore la rupture avec notre vie d’avant. Alors que ce livre venait prendre place sur les tables de la librairie, nous décidions de tout quitter pour tenter l’aventure et nous installer dans les montagnes. Nous avions beaucoup et nous n’avions rien qui nous attendait. Nous voulions juste changer de vie tout en sachant que ce serait difficile.

L’histoire de Pierre m’a beaucoup émue. J’ai commencé ce roman pleine d’attente et d’envie et j’en suis ressortie en larmes et bouleversée par ses fantômes, son amour, sa peur, sa faiblesse et son courage… L’histoire d’amour que nous raconte Anne Percin est puissante et vibrante. C’est une vraie histoire d’amour avec ses bonheurs, ses doutes, ses joies, ses souffrances, ses violences et sa force. Un amour intense… Et puis, il y a ce manque chez Pierre, l’absence du frère, qui le hante et qui va profondément marquer sa vie et ses actes, justifier ses choix. Et puis, il y a cette nouvelle vie, ce changement radical, cet isolement volontaire, ce repli et cette solitude pour se retrouver, se reconstruire, partir sur de nouvelles bases. Il y a sa fascination pour Rosa Bonheur, son métier de brocanteur, ses animaux. Ce livre est vivant. Il parle à chacun de nous. Il nous construit. Il m’a soutenue et confortée dans ma démarche.

Bonheur fantôme de Anne Percin est un roman que j’ai aimé, adoré, qui m’a fait pleuré, qui m’ a fait ressentir une émotion intense.

Bonheur fantôme n’est pas le premier roman de Anne Percin, elle a déjà écrit plusieurs romans pour la jeunesse.

Le blog de l’auteur ici. Et les avis de Clarabel, In Cold Blog, Laurent, Cathulu et Céline.

Bonheur fantôme, Anne Percin, Le Rouergue, coll. la Brune, 2009

Challenge du 3% littéraire (19/21)

D’un pied au paradis…

Un pied au paradis de Ron Rash est un roman noir assez intéressant et vivant grâce à sa construction particulièrement originale. Cinq personnages vont prendre la parole à tour de rôle pour raconter leur version du drame qui a eu lieu : le shérif, la voisine Amy, le voisin, le fils des voisins et l’adjoint au shérif.

Nous sommes en Caroline du Sud dans le comté d’Oconee dans les années 50. Le shérif Will Alexander est appelé pour intervenir dans un bar où a lieu une bagarre à laquelle participe Holland Winchester. Le lendemain, le shérif est appelé par la mère de ce dernier qui aurait disparu sans prendre son pick-up, celle-ci ayant entendu un coup de feu dans la matinée. Will va enquêter chez les voisins, les Holcombe. Il a des doutes mais ne trouve aucun cadavre ni aucune preuve de leur culpabilité. Le shérif revient sur sa vie, son passé, sa femme, ses choix, sa famille, le futur. Il n’est pas heureux et ne trouve pas le disparu. Ensuite, la narration est reprise par la femme du voisin, Amy. Elle raconte son histoire, sa rencontre avec son mari, leur malheur de ne pas pouvoir avoir d’enfant et la chute qui mène au crime. On entre par après dans la tête de Billy, le mari, qui explique le sentiment de jalousie qui l’habitait mais aussi son malaise face à son fils, du fils des voisins qui découvre les secrets du passé et de l’adjoint au shérif. Les narrations se déroulent sur plusieurs années ce qui offre la possibilité à l’auteur de faire évoluer l’environnement du drame et d’envisager l’avenir des différents intervenants. Ceux qui cultivaient leur terre et en vivaient ont dû la quitter pour habiter en ville et travailler à l’usine à cause de la construction imminente d’un barrage. L’auteur ancre son roman dans la réalité de la Caroline du Sud et de ses habitants : la sécheresse, la construction d’un barrage, l’expropriation.

Ce roman chorale permet à l’auteur de lever progressivement le voile sur le mystère de la disparition de Winchester, sur la vie qui continue, sur la culpabilité qui sommeille chez les coupables. La tension augmente au fur et à mesure pour finir dans une scène extrêmement forte émotionnellement qui a réussi à me faire verser quelques larmes. Ron Rash mène son intrigue d’une manière très originale et vivante bien que le drame qui a eu lieu soit finalement assez banal. Il nous offre un roman noir intrigant et très prenant.

Les avis de Papillon, Clarabel, Moisson Noire et Emeraude.

Un pied au paradis, Ron Rash, Editions du Masque, 2009

Challenge du 3% littéraire (18/21)

D’un taxi la nuit…

Un taxi la nuit de Pierre-Léon Lalonde se déroulant dans les rues de Montréal, je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter ce livre et d’ensuite le dévorer car, oui, je suis fan de Montréal.
Pierre-Léon Lalonde est chauffeur de taxi de nuit à Montréal. Il tient un blog “Un Taxi la nuit” dans lequel il raconte ses aventures nocturnes rocambolesques, attachantes, énervantes,… Ce blog a eu tellement de succès qu’on lui a proposé de publier certains de ses billets. Voici l’origine de ce livre, Un taxi la nuit, émouvant, drôle, intéressant et passionnant.
Pierre-Léon Lalonde écrit comme s’il nous racontait ses anecdotes. Son écriture est vivante, vibrante et forte. Et puis, il nous fait découvrir un métier dont on ne parle que très peu dans la littérature, chauffeur de taxi. Un métier à risque, dur, parfois violent mais passionnant et tellement humain. Un chauffeur de taxi voit passer sur sa banquette arrière des personnes de toutes origines, de tous horizons, de toutes personnalités. Il rencontre un junky, un motard, des gars saouls qui enterrent la vie de garçon d’un ami, des couples d’un soir qui deviennent des couples d’une vie, des maîtresses, des vieilles dames, des jeunes qui s’enfuient sans payer… Il est à l’écoute de ceux qui en ont besoin, il distrait ceux qui sont tristes, il est discret, il est préventif… Il en voit de toutes les couleurs dans son taxi. Et puis, il y a Montréal de nuit, ses lumières, ses hivers, ses sorties de bar, ses feux… Le récit est accompagné de quelques photos en noir et blanc qui donnent une image de cette ville nocturne.
Pierre-Léon Lalonde livre un portrait sincère, authentique, touchant avec une pointe d’humour de son quotidien, de ce métier qu’il aime. C’est vraiment passionnant. En fermant le livre, on se dit que la prochaine fois qu’on prendra un taxi on fera causette avec le chauffeur. A découvrir.

Les avis de Karine, de Phil et de Venise.

Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde, Septentrion, coll. Hamac-Carnets, 2007

De nuages…

C’est grâce à une quatrième de couverture plus que tentante et intrigante que je me suis laissée aller à lire Le livre de nuages de Chloé Aridjis.

11 août 1986 – Berlin
Juste devant moi, dans cette rame de métro bondée, était assise une très vieille femme, presque centenaire je dirais, coiffée d’un foulard qui encadrait un large front, protubérant comme une planète en colère. Elle avait des yeux noirs enfoncés dans leur orbite et un visage carré aux lourdes mâchoires qui était remarquablement masculin. Tout semblait horriblement familier et j’avais l’impression d’avoir déjà vu ce visage, mais en noir et blanc. Plus je la regardais, plus j’étais certaine que c’était… oui, que c’était Hitler, Hitler en vieille femme dans ce métro berlinois… Aucun membre de ma famille ne me crut. C’était absurde, Hitler s’était suicidé dans son bunker en 1945, tout le monde savait ça…

Tatiana a quatorze ans quand elle a cette terrifiante vision. Dix ans plus tard, elle revient à Berlin pour étudier, puis pour y vivre de petits travaux, pour rêver un peu, pour être seule. Elle flotte dans la vie, se promène sur un nuage, ne s’implique jamais nulle part. Son obsession, c’est cette ville et son horrible passé, la guerre d’abord, puis le Mur, la coupure. Elle va croiser d’autres fantômes, se mêler à eux dans les rues, le métro encore, les mystérieux souterrains côté Est, nous entraînant à sa suite dans des récits d’une grande poésie, même s’ils sont parfois très noirs. Jusqu’au jour où la violence va frapper…


Mal m’en a pris car ce résumé si prometteur ne m’a pas semblé correspondre au contenu du livre. En effet, cette vision dans le métro berlinois d’une vieille femme aux traits d’Hitler n’est qu’un amuse-bouche pour nous expliquer le choix de la narratrice à apprendre l’allemand et ensuite à étudier à Berlin (ce qui lui permet également de fuir sa famille nombreuse envahissante). Nous la retrouvons des années après cette vision dans une ville libérée mais encore marquée par son passé. Cette jeune femme est perdue, elle n’a plus de travail, elle n’a aucune attache et elle n’en veut pas, elle n’a aucune envie. Sa vie est vide comme elle et elle déambule dans cette ville qu’elle aime. Elle trouve un travail auprès d’un ancien historien qui va lui permettre de rencontrer un météorologue amoureux des nuages. Un homme qui a vécu la chute du Mur en 89 et qui vivait de l’autre côté, du côté Est. Ce nouveau travail va lui faire découvrir un nouveau Berlin et approcher des personnages étranges.

Le livre des nuages est un roman qui nous parle de solitudes dans une grande ville. Des solitudes qui errent, se croisent, se touchent mais ne se libèrent jamais. Un roman qui nous parle d’errances, de recherches et de vide. Un roman qui ne correspond pas tout à fait à ce qui est présenté en quatrième.

Je n’ai pas aimé ce premier roman de Chloé Aridjis. Je suis restée insensible au drame personnel de cette jeune femme, à son vide, à son questionnement. J’ai trouvé ce roman monotone, long et lent. Un ressenti qui correspond bien à la thématique.

J’aurais aimé apprendre un peu plus sur le météorologue, j’aurais aimé un partage. Et surtout, j’aurais aimé qu’elle poursuive son enquête sur cette apparition mystérieuse qu’elle a eue des années auparavant. Etait-ce possible ? Etait-ce réel ? On pourrait imaginer qu’elle avait vu juste. Quel changement pour l’Histoire. Mais non, elle en reste là. Il est vrai qu’il s’agit d’un sujet délicat et assez dérangeant mais la fiction nous permet d’imaginer des scénarios multiples et improbables. J’ai été déçue par ce roman car j’ai attendu jusqu’au dénouement un lever du voile mais en vain.

Une présentation du livre par l’éditrice ici et par l’émission “Un livre un jour” sur France3.

Les avis de Leiloona, de Stephie et de Antoine.

Le livre des nuages, Chloé Aridjis, Mercure de France, 2009

Challenge du 3% littéraire (17/21)

D’un été chagrin…

L’été chagrin de Henri Husetowski c’est l’été d’un jeune garçon de dix ans, David Duval, juif baptisé à l’église catholique, qui voit son monde s’effondrer en une nuit alors que les voitures noires et les camions débarquent pour emmener tous les gens de son quartier. David perd sa mère, ses amis, ses repères, ses croyances aussi. Tout ce qu’il croyait juste est faux. Tout ce que les adultes lui ont dit comme étant de vérités est un mensonge. David échappe à la rafle du Vél d’Hiv et commence pour lui une nouvelle vie. Il sera pris en charge par l’abbé qui le fera quitter la ville avec un autre garçon qui lui ressemble, lui fils de résistant. David a peur, il s’invente des histoires, a des accès de folie parfois où ses rêves sont pour lui réalité. David est seul, il a besoin d’une mère, il a besoin de se reconstruire. L’été 1942, sera tragique pour David et pour tous les enfants qui comme lui seront arraché à leur histoire.
Henri Husetowski nous livre un premier roman poignant et troublant. Il n’est pas le premier à utiliser la thématique de la rafle du Vél d’Hiv en juillet 1942 et des enfants cachés pour écrire un roman mais il l’aborde d’une manière nouvelle : que peut produire cet événement traumatisant chez un enfant qui pensait être à l’abri et qui ne comprend pas ce qui arrive, les séquelles du mensonge, de la perte, de l’inhumanité. Le tout écrit dans une langue correspondant parfaitement à celle d’un enfant de dix ans. Le narrateur c’est David. Le lecteur vit avec lui les événements et les émotions. Le lecteur devient presque David.
Mais ce roman, ou plutôt le narrateur m’a énervée. David est un jeune garçon un peu imbu de sa personne et qui aime raconter des mensonges pour se mettre en valeur (notamment d’un point de vue sexuel). Ce côté de sa personnalité est sûrement dû à sa mère qui lui rappelle toujours qu’il est beau, qu’il est intelligent et qu’il doit devenir ingénieur. Mais je n’aime pas trop ce genre de comportement. Ensuite, David vit ces événements traumatisants qui lui font quelque peu perdre la tête et le sens de la réalité. Sa folie l’entraîne souvent à se mettre lui-même en danger mais aussi ceux qui sont là pour l’aider. Il devient méchant, agressif, violent. Il ne fait confiance à plus personne. Il devient insupportable. Tout en comprenant cette douleur, cette violence qui lui a été faite et qu’il refoule, ce jeune garçon déboussolé m’a irritée.
L’été chagrin est un roman qui pose la question du traumatisme de l’identité et de la réalité d’un monde de brute. C’est un roman qui évoque une période souvent racontée mais qui le fait d’une manière singulière et bouleversante. A découvrir.

Je remercie Guillaume de Babelio qui m’a permis de lire ce livre lors de l’opération Masse Critique et pour sa patience. Je remercie également les éditions Buchet-Chastel pour cette découverte.

Les avis de GeorgeSandetmoi, Nanne, Esmeraldae, Dédale du Biblioblog (assez proche du mien), Sandrine.

L’été chagrin, Henri Husetowski, Buchet-Chastel, 2009

Challenge du 3% littéraire (16/21)

D’un swap hiver…

Voici venu le dernier colis de cette première édition du “Swap au long cours” organisé par Bladelor qui m’a encore fois bien gâtée… C’est un colis plein de merveilles que j’ai pu découvrir en rentrant chez moi.

Et comme à chaque fois, Bladelor l’a préparé avec beaucoup de soin et de l’originalité…

De beaux paquets m’attendaient sous ces flocons de neige :


Et voici ce que je découvris sous ce magnifique papier :

Un calendrier d’une illustratrice que j’aime beaucoup et une jolie bougie blanche et rouge :

Une boîte à biscuits bretons rouge (mmmm quel délice !) et un magnifique album de Tolkien Lettres du père Noël :

Et puis aussi des romans que j’attendais depuis longtemps et un que j’ai même failli acheter en novembre :

Chocolat de Joanne Harris dont j’avais vu le film qui m’avait donné envie de lire le livre

Le treizième conte de Diane Setterfield

et

Un hiver en Bretagne de Michel Le Bris (personnage fascinant).

Et pour conclure ce Swap au long cours consacré aux saisons, Bladelor m’a envoyé un DVD d’un film coréen au titre de circonstance : Printemps, été, automne, hiver …et printemps de Kim Ki-Duk. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le regarder mais normalement lundi prochain je pourrai le regarder. Il me tente bien.

Merci Bladelor pour ce colis qui fait du bien dans un hiver bien froid. Et merci aussi pour cet échange tout au long de l’année : toujours des merveilles tellement bien présentées que parfois j’hésitais même à ouvrir les paquets. Je suis très heureuse d’avoir fait ce swap avec toi et je le suis aussi de le continuer en ta compagnie. Ce fut une belle année avec de belles surprises et une belle rencontre. Merci à toi.