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De brötchen…

C’est mon goût pour les titres intrigants et décalés qui m’a poussée à lire le court texte d’Hermann Kant : Parfois les brötchen croquent sous la dent. C’est un petit texte qui se lit très rapidement et qui relate une situation particulièrement absurde. L’auteur nous entraine dans un délire qui a pour causes principales la qualité inégalée des brötchen de la maison Schwint et la jalousie excessive du mari de la boulangère.
C’est l’histoire d’un comptable récemment divorcé, Mr Farssmann, qui s’installe dans le quartier du meilleur boulanger de la ville. Il se lève chaque matin pour avoir ses 6 brötchen, quantité inventée afin de se prévenir du mari, et espère un jour avoir un sac suspendu à un crochet qui lui permettra d’avoir ses merveilleux pains sans devoir faire la file tôt le matin. L’occasion tant rêvée d’avoir ses petits pains prêts se présente lorsque le boulanger lui demande de lui fournir un livre érotique chinois assez rare pensant qu’il est libraire. L’homme sait que son cousin possède le livre et le lui demandera… Mais il ne pourra l’avoir qu’en échange de deux places pour un bal et ainsi continueront les transactions jusqu’à ce que finalement il soit perdant sur toute la ligne… C’est amusant, loufoque et étrange.

L’avis de pagesapages, de Cécile et de Le Livraire.

Parfois les brötchen croquent sous la dent, Hermann Kant, Autrement, 2009

De la patience du sanglier…

Après la lecture quelque peu ardue de 1983 de David Peace, je me suis tournée vers un roman policier français au titre intrigant : La longue patience du sanglier de Pedotti et Villeminot. Par le titre, j’ai pu déduire que le roman se passait dans les Ardennes françaises mais quelle histoire secrète cache-t-il ?
C’est l’histoire d’un village, Gaudricourt, où six corps de la Première Guerre Mondiale ont été exhumés. Exhumation troublante d’autant qu’on retrouve dans cette fosse des soldats français mais aussi allemands et surtout un squelette ne semble pas dater de cette époque. Et c’est là qu’arrive le héros sur sa moto, Gérault Darcheville, auteur à succès de thrillers d’un anthropologue détective Steven Baltimore en manque d’inspiration. Il va fouiller les secrets du village afin de découvrir la vérité. Il va jouer le rôle de son héros à ses risques et périls car retourner des vieilles histoires n’est pas toujours apprécié. Mais grâce à ce fait divers, Darcheville va retrouver l’inspiration et écrire un de ses meilleurs romans.
C’est un roman policier très agréable à lire et à suivre. C’est une histoire qui se déroule dans la boue et la pluie. C’est sombre même si quelques rayons de soleil arrivent à percer de temps en temps. Le lecteur est entrainé dans les aventures des héros, il tremble un peu avec eux, il rit et il se trompe aussi sur les réponses. Car les auteurs ouvrent de nombreuses pistes mais laissent planer le suspense jusqu’à la fin…
Ce roman était plus à ma portée, plus accessible, plus agréable. Une vraie histoire sans contorsions psychologiques. J’ai vraiment beaucoup apprécié.

La longue patience du sanglier, Pedotti & Villeminot, Plon, 2009

D’un homme pacifique…

L’homme pacifique de Marc Pautrel est un puissant hommage à son oncle bien-aimé. Ce récit est fabuleux car il est simple. Marc Pautrel raconte l’histoire de cet homme simple, de cet homme pacifique toujours poli et aimable, un homme de la nature, un comptable, un homme aimant et aimé. Il livre avec simplicité et justesse ses souvenirs et ses sentiments. L’oncle de Marc Pautrel devient celui de chaque lecteur.
Peu de mots pour vous dire que c’est un hommage sobre, juste et beau.

Le blog de l’auteur ici.

L’homme pacifique, Marc Pautrel, Gallimard, 2009

D’une petite guerre…

Baruffa est le deuxième roman d’Isabelle Bary après Le cadeau de Léa. J’ai découvert cette auteure grâce à une séance de dédicaces que nous organisions à la librairie et j’en suis ravie.
Baruffa est l’histoire d’une femme à qui tout réussit et heureuse de sa vie qui va faire la connaissance d’une autre femme qui peu à peu va s’emparer de sa vie et la détruire. Il y aura le temps de l’amitié forte, celui du questionnement et du doute, celui de la perte de tous repères, celui de la conquête de soi et finalement celui de la découverte de soi. Cette femme, Alice, va peu à peu être vampirisée par cette autre femme qui lui vole sa vie, ses amis, ses mots et sa liberté. Mais, alors qu’elle ne croit plus en rien, Alice va découvrir la vie, celle de souffrance, de joie, de création, de liberté. Alice dans sa quête est soutenue par son mari mais également par tous les gens qu’elle rencontre sur son chemin. Des gens intéressants, forts et faibles, sensibles et créateurs. Des gens à l’écoute, en souffrance mais plein de vie.
C’est un roman très agréable à lire et parfois on se retrouve dans le personnage d’Alice, dans sa quête et dans son questionnement. C’est un roman sensible et vrai sur ce qui se joue en nous, sur nos luttes intérieures pour être ce que nous sommes ou ce que nous voulons que les autres voient en nous. Il y a notre vérité et celle qu’on nous demande. Baruffa c’est l’illustration de ce qui se trame en nous chaque jour.
C’est un bon roman malheureusement je ne trouve pas le titre très accrocheur car il ne semble pas éveiller la curiosité du lecteur. Dommage car le texte vaut la peine.

Le site de l’auteure ici.

Baruffa, Isabelle Bary, Luce Wilquin, 2009

D’un fait divers…

Dans Mangez le si vous voulez Jean Teulé nous raconte à sa manière forte et provocante un fait divers qui eut lieu en août 1870 à Hautefaye dans le Périgord : le meurtre d’Alain de Monéys, un jeune homme innocent et généreux. Cet homme était la bonté incarnée, il avait le cœur sur la main et avait de nombreux projets pour améliorer le sort de ses voisins. Mais voilà, alors qu’il se rend à la Foire annuelle, la journée vire au cauchemar. Sur un malentendu, Alain de Monéys devient la victime innocente d’un peuple qui souffre, qui a soif, qui a faim et qui ne voit plus ses enfants rentrer à la maison.

Jean Teulé raconte cet événement comme s’il l’avait vécu. Il nous fait parcourir le chemin de croix de ce pauvre homme, il décrit en détail toutes les atrocités commises, il décrit à merveille la force qui anime cette foule, la force de vie qui anime encore Alain et les efforts qui sont mis en œuvre, mais en vain, pour le sortir de là. C’est fort, ça donne mal au ventre, on veut refermer le livre car c’est insoutenable mais on continue à suivre le martyr d’Alain. La cruauté est renforcée par un début au style très naïf, fleur bleu. Le contraste entre ce début de journée magnifique et sa conclusion cannibale est énorme. Ces hommes étaient portés par une fureur de masse, une folie et une sauvagerie irrationnelle et incompréhensible.

J’ai beaucoup aimé ce roman car il est fort et fait mal aux tripes. Et puis, il nous montre jusqu’où peut aller l’être humain quand il est porté par la foule et par la misère. C’est terrifiant, effrayant et fascinant. Par contre, j’ai quelques réserves quant au style de Teulé qui exagère un peu trop à certains moments.

L’avis de Ys.

Mangez le si vous voulez, Jean Teulé, Julliard, 2009

De nombres premiers…

La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano est un roman dont on a beaucoup parlé sur la blogosphère et qui mérite vraiment qu’on le lise. Paolo Giordano nous entraîne dans l’histoire de deux personnages, Mattia et Alice, de leur enfance jusqu’à l’âge adulte en alternant leur voix et leurs pensées. Mattia porte en lui un terrible secret qui l’amène à commettre des actes d’auto-mutilation. Il se tait, il souffre et s’engouffre dans les mathématiques. Alice vit sous la coupe d’un père autoritaire qui avait de hautes ambitions pour elle jusqu’au jour où un grave accident l’handicape à vie et la plonge dans l’anorexie. Alice, tout comme Mattia, est solitaire. Mais Alice est attirée par ce jeune garçon sombre, silencieux et mystérieux. Et Mattia, lui aussi, se sent proche de cette fille un peu bizarre. Ils se ressemblent et sont reliés tels des nombres premiers. Mattia et Alice ne cesseront de se chercher, de se retrouver et de se quitter durant toute leur vie alors qu’ils tentent de trouver leur place dans ce monde.
Paolo Giordano nous offre un premier roman plutôt mélancolique où les sentiments sont forts et contradictoires, les souffrances et les douleurs vraies, les espoirs enfouis. Un livre sensible et émouvant, prenant et poignant, mais pas non plus bouleversant. Et puis, l’auteur nous mène là où il veut et ne laisse aucun espoir.

Tous ceux qui en ont parlé sont repris ici.

La solitude des nombres premiers, Paolo Giordano, Seuil, 2009