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D’une lectrice…

La Reine des lectrices d’Alan Bennett est un court roman réjouissant et drôle. Alan Bennett invente à Son Altesse Royale la Reine d’Angleterre une passion pour la lecture née lors d’une rencontre inattendue avec le bibliobus qui s’arrête au château afin d’offrir la possibilité au personnel de lire. Elle y entre et se sent dans l’obligation de choisir un livre. Mais elle y rencontre également un commis de cuisine passionné de lecture (principalement d’écrivains homosexuels) qui deviendra son conseiller en livres, son tabellion particulier. Et cette nouvelle passion pour la lecture est la source pour bien des complots, des dérèglements, des mésaventures… Cette passion remet en question le statut, la conduite, l’emploi du temps de la Reine. Mais bientôt, la Reine, femme d’action, aura d’autres ambitions.

Tout cela est présenté avec beaucoup d’humour par l’auteur. On rit des situations cocasses, des commentaires de la Reine et de l’attitude de ses interlocuteurs. On se réjouit des découvertes de la Reine et des manigances de son entourage. C’est un bon livre qui fait passer un très bon moment. Qui se lit peut-être un peu trop vite parce qu’on aimerait plus partager les lectures de cette illustre lectrice. La plupart des auteurs lus par la Reine sont anglo-saxons et seuls Proust et Jean Genet sont cités.

Un passe-temps ? dit la reine. Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d’autres vies, d’autres mondes. Loin de vouloir passer le temps, sir Kevin, j’aimerais au contraire en avoir davantage à ma disposition. Si j’avais envie de passer le temps, j’irais en Nouvelle-Zélande. (p. 44-45)

Cet attrait pour la lecture, songeait-elle, tenait au caractère altier et presque indifférent de la littérature. Les livres ne se souciaient pas de leurs lecteurs, ni même de savoir s’ils étaient lus. Tout le monde était égal devant eux, y compris elle. La littérature est une communauté, les lettres sont une république. (…) Les livres ne varient pas. Tous les lecteurs sont égaux. (p. 47)

Les avis d’Ys, de Lune de Pluie, d’Emeraude, de Cuné, d’Amanda, de Clarabel, de Cathulu et de Lou.

La Reine des lectrices, Alan Bennett, Denoël & d’ailleurs, 2009

De bons romans…

« Au bon roman » est la librairie idéale, la librairie dans laquelle on ne trouverait que de bons romans, imaginée par deux fous de littérature : Ivan, libraire, et Francesca, mécène. Et ces bons romans sont sélectionnés par un jury secret de bons auteurs qui n’ont aucun contact entre eux afin d’assurer l’indépendance des choix.

La construction du roman est assez originale et surtout le début. Quand j’ai commencé ma lecture, j’ai eu des doutes sur le roman. Était-ce bien le roman que je voulais lire ? En effet, tout commence par des accidents mystérieux sur trois personnages et une rencontre secrète. Serait-ce un livre policier ? Mais non… L’histoire de la librairie et des deux personnages nous est racontée en même temps que les héros la racontent à un inspecteur de police. Parce que cette librairie hors du commun n’aura pas une existence joyeuse et aisée. Elle devra faire face à des attaques de plus en plus vives et fortes qui la toucheront fortement et seront à l’origine d’un drame. Elle subit des critiques, des attaques et des assauts de concurrents car elle risque de mettre en danger le circuit littéraire mais aussi parce qu’elle vexe certains auteurs qui n’y sont pas représentés.

Dans la structure également, la voix du narrateur intervient de temps en temps pour reprendre un fait ou pour laisser entrevoir un autre. Il s’agit d’un narrateur extérieur, mais qui ne l’est pas tant que ça. On se demande souvent qui raconte cette histoire avec autant de détails, qui la connaît à ce point. Le mystère du narrateur nous est finalement dévoilé à la fin.

Ce roman est intrigant et passionnant. Il est comme un souffle tranquille mais pressant qui nous fait vivre et respirer avec les personnages. C’est un livre bonheur qui se lit avec plaisir et avidité.

Un petit conseil : ayez à portée de main un stylo et du papier pour pouvoir noter quelques auteurs et quelques belles phrases.

En voici quelques unes :

De toutes les fonctions de la littérature, vous me confirmez qu’un des plus heureuses est de faire se renconnaître et se parler des gens faits pour s’entendre. (p. 95)

La littérature informe, elle instruit, elle entraîne. (p. 177)

Le diable concentre ses attaques sur ce qui est beau et pur. (…) Le reste, ce qui est moche, tout ce qui ne va pas, c’est le terrain d’action de Dieu et des saints. (p. 280)

Et puis, il y a la magnifique déclaration de Francesca, une déclaration sublime sur la littérature. Mais pour ça, il faudra lire le roman.

Les avis d’Ys, Cuné, Clarabel et Amanda.

Au bon roman, Laurence Cossé, Gallimard.

Lu dans la cadre du challenge du 1% rentrée littéraire proposé par Levraoueg (5/7).

De Sylvain Augier…

C’est grâce à Suzanne de Chezlesfilles.com et à Carnets Nord que j’ai pu lire L’instant où tout a basculé de Sylvain Augier. J’ai accepté cette proposition à cause de la quatrième de couverture qui décrit l’accident de parapente de l’animateur. Faisant moi-même du parapente, cela m’a directement intéressée même si je ne lis jamais ce genre d’ouvrages. Ce fût donc ma première lecture d’une autobiographie de célébrité, célébrité dont je ne connaissais que le nom lié à l’émission « La Chasse au trésor ».

Dans ce récit, Sylvain Augier nous raconte son parcours dans le milieu des médias, il nous raconte son enfance, ses accidents, son combat contre la douleur, sa descente en enfer, ses rencontres, son métier, son stage au Nicaragua, son besoin d’ivresse au risque de mettre sa vie en danger à plusieurs reprises. Son accident de parapente est vraiment terrible. Il a eu beaucoup de chance de s’en sortir vivant. C’est un rescapé !

Je n’attendais rien en ouvrant ce livre. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre plutôt. Je l’ai lu rapidement, j’ai suivi la vie trépidante de l’animateur avec intérêt et j’ai passé un bon moment. L’écriture est vivante. On a l’impression qu’il nous raconte son histoire de vive-voix. Je connais mieux le personnage désormais mais ce récit ne m’a rien apporté sans pour autant m’ennuyer.

Je ne crois pas que ce soit un genre pour moi. En tout cas, je remercie Chezlefilles et Carnets Nord pour l’envoi de ce livre à lire si on a envie de découvrir le milieu de la radio et de la télévision ou si on apprécie l’animateur.

L’instant où tout a basculé, Sylvain Augier, Carnets Nord, 2008

Swap Saint-Valentin

Bien que ce billet aurait dû être publié hier, je n’ai pas eu l’occasion de le mettre en ligne plus tôt…

Mais voilà, je dévoile le magnifique, sublime, extraordinaire colis que m’a envoyé Romanza à l’occasion du Swap Saint-Valentin organisé par Fashion et Stéphanie.

Je dois avant tout vous prévenir du pauvre état dans lequel était le colis quand je suis allée le chercher à la poste… Et puis, je l’ai encore transporté toute la journée dans les transports en commun un peu partout dans Bruxelles… Il fallait que j’achète un appareil photo (oui, oui le swap est une excuse suffisante pour s’acheter un tel objet!). Je suis donc allée dans un grand magasin où j’ai trouvé mon bonheur. J’ai ensuite donné cours à une petite fille le colis sagement posé à côté de nous… Je suis ensuite allée déposer une facture, résilier un contrat et enfin je suis rentrée à la maison. Le joli paquet a pu se reposer quelques heures avant que je ne m’acharne sur lui (le temps de charger la batterie de l’appareil deux fois plutôt qu’une (j’avais oublié de regarder dans quelle sens il fallait la mettre  cette batterie, ce n’est que l’excitation)).

Et puis, enfin j’ouvre ce paquet qui sent tellement bon… Et je découvre des tonnes de petits coeurs, de magnifiques paquets, des petits mots et une très jolie carte que je m’empresse de lire. Ce colis est magnifique à voir. Quelle patience Romanza !

Et enfin, j’ouvre les cadeaux telle une petite fille impatiente qui a trop attendu… Et je vais de surprises en surprises en découvrant tous les petits trésors. Quelle joie !

Que de bonnes choses dans ce colis :

- Une bougie rouge qui sent magnifiquement bon ;

- Un magnifique hippopotame rouge qui a directement trouvé sa place (qu’il est beau !)

- Un joli petit carnet rose ;

- Des marque-pages faits mains (c’est super Romanza) qui ont déjà trouvé leur place dans les livres ;

- Une plaquette de chocolat au lait extra fondant (mmmmmmm) ;

- Une feu boîte de cookies aux pépites de chocolat de la Mère Poulard (re-mmmmmmmmmmm) et

- Du thé vert au citron (que je bois tous les matins depuis!).

Ah, mais ce n’est pas tout… Il y avait également des choses culturelles :

- Un DVD d’un film que j’ai adoré et qui m’a beaucoup troublée : Jeux d’enfants avec Marion Cotillard et Guillaume Canet ;

- Un manga que je ne connais pas du tout : Marmalade boy de Wataru Yoshizumi et

- Deux livres : La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils qui manquait à ma culture et Danse ! d’Anne Delbée (et oui la danse est pour moi une passion et Romanza l’a vu !)

Je dois dire que j’ai été honteusement gâtée par ma gentille swappeuse… C’est magnifique. Je n’ai qu’un seul mot à te dire :”MERCI”.

Merci également aux deux organisatrices pour ce super swap qui nous donne un peu d’amour.

De Samuel Benchetrit…

Récit d’un branleur est le premier roman de Samuel Benchetrit dans lequel il nous raconte la vie de Roman Stern, un pauvre type à qui tout le monde vient raconter ses malheurs et sa misère. Roman les écoute et ne peut pas faire autrement. Roman ne fait rien de sa vie. Il est juste une bonne poire au service des profiteurs et des misérables.
Ce roman est morne comme l’est le héros. Il est vide et plat autant que le héros. Mais il se laisse lire et parfois même on rit.

Samuel Benchetrit a décidé d’offrir ses mémoires aux lecteurs, les mémoires de ses trentes premières années de vie présentées sous le titre de Chroniques de l’asphalte. Dans ce premier volume, l’auteur revient sur son enfance dans un HLM de banlieue. Il raconte sa vie et celle de ses voisins et amis. Il raconte le quotidien des jeunes de banlieue, leurs occupations et leurs découvertes. Le style est très oral. Il respecte la manière dont parlent ces jeunes. L’auteur n’est pas fataliste sur la condition de ceux-ci, leur avenir et leur présent. Il raconte les choses telles quelles sont et souvent les situations sont assez cocasses. C’est un roman qui se lit très vite et peut-être s’oublie aussi vite.

Chroniques de l’asphalte 2/5 est le deuxième volume des mémoires de l’auteur. Il a quitté sa banlieue et s’est installé à Paris où il est apprenti photographe. Elles sont loin les années d’insouciance et de bonheur. Samuel Bench est seul à Paris, il est exploité, il doit faire de nombreux petits boulots pour vivre et s’acheter des péllicules pour tourner ses films, ses relations sociales sont au plus bas et ses amis le quittent petit à petit pour l’autre monde. Mais dans ce volume, il arrive des choses incroyables à ce jeune apprenti photographe. Il rencontre des personnages tout à fait extraordinaires et stupéfiants (une vieille femme dont l’amant se prend pour un chien, un mangeur universel, la plus belle femme qui était un homme, une mère éplorée dans un cimetière, …) Samuel Bench côtoie la misère humaine, en est le témoin et nous le raconte. C’est terrible et tellement drôle. Le style reste toujours le même : une transcription de la langue parlée. Cela rend le récit plus proche, plus véridique… Mais… Un roman qui se lit également très vite et qui permet de passer un agréable moment.
Je suis partagée entre l’envie de lire la suite de la vie de Samuel Bench ou bien de laisser tomber. Je verrai quand la suite sera disponible.

Récit d’un branleur, Samuel Benchetrit, Pocket

Chroniques de l’asphalte 1/5, Samuel Benchetrit, Pocket

Chroniques de l’asphalte 2/5, Samuel Benchetrit, Pocket

De soifs…

Caroline Riegel est une jeune femme ingénieure en constructions hydrauliques qui s’est lancée dans une fabuleuse aventure : suivre la route de l’eau en Asie à la rencontre des peuples et de la nature. Suite à ce voyage, elle a couché sur la papier ses impressions, ses rencontres, ses joies, ses difficultés et ses découvertes. Caroline Riegel partage son aventure avec le lecteur qui la vit presque aussi intensément qu’elle.
Dans ce premier volume de son voyage du Baïkal au Bengale, elle nous emmène en Sibérie, sur les bords du Baïkal gelé, à Irkoutsk et autres villes et villages situés autour de ce grand lac pur, une de nos plus grandes réserves d’eau potable. C’est le début du voyage. On le sent aussi dans son écriture. C’est le début d’une grande aventure en solitaire (qui ne le sera pas tant que ça finalement). Ensuite, elle entre en Mongolie, reste quelques temps en ville avant de partir pour la traversée du Gobi à cheval et puis avec un chameau et une amie. Là encore, c’est la découverte et des rencontres fantastiques. Après la Mongolie, elle part pour la Chine dans la chaîne des Kunlun, étape difficile, éprouvante. Et enfin, on la quitte au début de l’hiver himalayen, dans le Zanskar. C’est une aventure fabuleuse et courageuse que vit l’auteure.
Caroline Riegel est incroyable car elle est curieuse, fonceuse, exploratrice, aventurière et tellement désireuse de participer à la vie des gens qu’elle rencontre. Elle est humaine et chaleureuse. Son récit est truffé de rencontres, de souvenirs, d’instants. Elle est ouverte, disponible et sensible à ce qui l’entoure. Cet ouvrage est donc particulier parce qu’il évoque l’humanité.
Mais cet ouvrage est également particulier car le lecteur apprend énormément de choses sur l’eau, la consommation, l’état, la pollution, les mesures. Caroline Riegel intercalle des descriptions et des explications très simples mais frappantes sur la présence et l’utilisation de l’eau dans ces régions. L’eau devient un enjeu primordial désormais et comment vivre dans des régions où l’eau est si précieuse et se raréfie alors que l’industrialisation et le développement urbain s’intensifient. Ce livre est donc un précieux témoignage. Que restera-t-il dans 5 ou 10 ans ?
Enfin, l’écriture de Caroline Riegel est très agréable à lire et très vivante. On ne s’ennuie pas. On rit, on souffre, on s’émerveille et on se fâche en même temps qu’elle. Les descriptions ne sont pas répétitives, les rencontres sont vécues et les explications accessibles. Un récit de voyage humain et vibrant sur une des plus belles routes, celle de l’eau.
J’ai hâte de lire la suite de son aventure

Soifs d’Orient. Du Baïkal au Bengale I, Caroline Riegel, Phébus

Le site du voyage ici.

D’angoisse…

La couleur tombée du ciel de H. P. Lovecraft est arrivé dans mes mains grâce à mon ami Chfal et je lui en suis tout à fait reconnaissante. J’ai adoré les quatre nouvelles présentées dans le livre. Si Chfal me disait que j’allais trembler et avoir peur, il s’est trompé ! Oui, ces nouvelles donnent des frissons froids sur le ventre (pour ne pas dire dans le dos), elles sont inquiétantes et angoissantes. Mais elles ne font pas peur car elles ne sont pas réelles pour moi. Ce sont des histoires inventées qui ne sont pas susceptibles d’exister sur Terre (quoique ça se pourrait bien mais n’y pensons pas !).

Dans les quatre nouvelles, il s’agit de forces extra-terrestres ou extra-humaines qui arrivent sur terre. Dans la première, dont le recueil tire son titre, une météorite est tombée au milieu d’un champ. Mais cette météorite est assez particulière car elle émet une lumière étrange, inconnue des yeux humains, et elle est composée de matériaux également inconnus. Les scientifiques s’y intéressent et puis, ils s’en vont. Mais ce n’est que le début d’une longue descente aux enfers pour les propriétaires de la ferme. La deuxième, L’abomination de Dunwich, celle qui m’a le moins marquée, met en présence des forces obscures qui donnent naissance à une abomination. Mais comment la combattre ? La troisième, Celui qui chuchotait dans les ténèbres, met en scène la correspondance de deux grands scientifiques à propos de créatures étranges qui ont une activité sur Terre. Jusqu’à présent, ces créatures s’étaient faites discrètes mais les humains commencent à les déranger… Que va-t-il arriver à ces deux scientifiques peut-être trop curieux ? Enfin, la quatrième, Le cauchemar d’Innsmouth, nous fait découvrir un village presque fantôme, déserté par les habitants des villages voisins, à travers l’histoire d’un jeune homme qui connaîtra la peur de sa vie…

Lovecraft est un maître. Il donne à ses histoires tellement de tensions, de vibrations et de richesses. Sa narration est parfaite car il distille l’angoisse au fur et à mesure et ne révèle les éléments que très progressivement. Le lecteur vibre, suffoque, angoisse en même temps que les personnages. Les histoires sont palpitantes et inquiétantes car Lovecraft les rend totalement réelles et vraisemblables en les faisant raconter par de grands scientifiques mais aussi par des témoins visuels. J’ai préféré les deux dernières nouvelles car elles tiennent plus en haleine et sont plus… angoissantes.

J’ai vraiment adoré cette lecture et j’ai hâte d’en lire d’autres de l’auteur.

La couleur tombée du ciel, H. P. Lovecraft, folio SF

Du désert mauritanien…

Odette du Puigaudeau, née en 1894 en Bretagne, est un personnage important dans la découverte du Sahara occidental. Dans Pieds nus à travers la Mauritanie, elle relate son premier voyage à la découverte de la Mauritanie en compagnie de Marion Sénones en 1933-1934. Il ne s’agit pas d’un simple voyage. Odette et Marion sont deux femmes seules désirant traverser le désert mauritanien dans les années 30. Leur aventure est incroyable et merveilleuse. À partir de ce voyage, Odette du Puigaudeau consacrera sa vie entière au Sahara.

Pieds nus à travers la Mauritanie est donc le récit de la découverte d’un pays, de ses habitants et de leur culture. Le lecteur découvre les côtes mauritiennes, les Maures, le désert à travers les yeux éblouis des voyageuses. Au premier abord, ces terres semblent hostiles, dangereuses et inhospitalières. Mais ce sont aussi des terres attirantes habitées par de nombreuses tribus, souvent guerrières, des terres vivantes et vibrantes. En compagnie de son amie et de ses guides, elle a parcouru le sud mauritanien à la rencontre de ses habitants. Elle nous parle d’un désert peuplé, décrivant tout ce qu’elle voit et tout ce à quoi elle assiste : les fêtes, le gavage des jeunes filles, les spectacles, … Ce livre est une véritable description ethnographique des peuples du désert. Un livre très riche pour les passionnés du désert. Mais il faut s’accrocher parfois parce que c’est finalement assez répétitif.

Malheureusement, j’ai souvent été ennuyée par le nombre de coquilles dans le texte. C’est inexcusable pour une maison telle que Phébus. Dommage…

Pieds nus à travers la Mauritanie, Odette du Puigaudeau, Phébus, libretto, 2006

De la dissolution…

J’ai acheté Julie ou la dissolution de Marcel Moreau en même temps que L’employé de Jacques Sternberg, également intriguée par le titre et la quatrième de couverture.

Julie Malchair, nouvelle dactylo pour une revue scientifique, est une femme d’une beauté charmante et perturbante, apparemment sans passé. Elle fait irruption dans la vie de Hasch, correcteur, et dans celle de ses collègues. Par sa paresse et sa perversité naïve, elle les entraîne à se libérer des contraintes que la routine et les règles de la vie sociale leur imposent. S’ensuit alors une dérision totale du travail, notamment par l’introduction de vin et de drogues qui conduisent à un festin orgiaque dans le bureau. Sa tâche accomplie, Julie disparaît.

Comme dans L’employé, Moreau nous entraîne dans le monde figé et rigoureux du travail mais dans le but ici d’en bouleverser le quotidien en intègrant dans le bureau un élément perturbateur en la personne de Julie. Cet élément provoquera chez les employés du bureau une remise en question des règles et surtout la dissolution totale des mœurs. Il s’agit de la libération des corps et des instincts dans un lieu codifié.

Il me reste de ce livre un souvenir étrange et dérangeant. J’avais hâte que l’histoire finisse et je ne comprenais pas cette fascination pour la belle Julie ni la recherche du personnage principal Hasch. C’est comme si au fur et à mesure on glissait dans un fantasme souligné par l’utilisation des pronoms personnels. Si au début du roman le narrateur est le personnage, vers la moitié du récit, au moment de la grande dissolution, le “Je” se transforme en “Il” extérieur et enfin le “Je” réapparaît dans le dernier chapitre. Le premier changement pourrait faire penser à une projection d’un fantasme du narrateur qui serait ensuite ramené à la réalité comme si rien n’avait eu lieu.

Julie ou la dissolution est un récit étrange mais non fantastique ni surréaliste comme chez Sternberg. Moreau respecte les règles d’écriture et une esthétique conventionnelle. Toutefois, on ressent une certaine similarité dans le ton. J’ai moins aimé que L’employé de Sternberg mais j’y ai retrouvé avec plaisir une véritable plume belge.

Julie ou la dissolution, Marcel Moreau, Labor, coll. Espace Nord