D’une éducation…
J’ai terminé Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo il y a quelques jours et c’est seulement maintenant que j’ai envie d’en parler. Il s’agit du premier roman de ce jeune auteur français et je suis impressionnée par son talent et la richesse de son écriture.
Une éducation libertine est un livre très descriptif qui raconte le parcours initiatique et destructeur de Gaspard, un jeune paysan arrivant à Paris dont l’objectif est de conquérir cette ville. Gaspard, pauvre, va côtoyer la misère, il va vivre dans des conditions inhumaines. Son parcours est très dur mais son ambition et les rencontres qu’il fait le sauvent à chaque fois. Les rencontres de Gaspard sont importantes car ce sont elles qui lui permettent de sortir de sa condition et d’avancer dans sa quête. Mais cette quête le conduira au dégoût de son être… En évoluant, Gaspard ne me semble plus humain, il perd une partie de son humanité parce que tout ce qui l’entoure n’est que purulence, pestilence et bestialité. Ce roman renvoie à l’animalité et à l’inconsistance de ce que nous, êtres humains, sommes lorsque tout nous abandonne. Nous ne sommes rien que des corps voués à une décomposition certaine, des corps pourris.
Pourtant Gaspard est humain car il refuse cette animalité liée à la pauvreté. Il est conscient de sa condition. Et il a l’ambition de dominer ce qui l’entoure.
Une éducation libertine est un livre vivant, odorant et dégoûtant. C’est un livre déprimant aussi. Mais c’est un beau livre. Le style est impressionnant. Le vocabulaire très recherché et très riche. Les descriptions sont intenses et nous permettent de plonger en plein cœur du Paris du XVIIIe siècle, dans le Paris des Lumières. Cette lecture me donnait parfois la nausée. J’ai été dérangée par les odeurs des corps, de la misère, des déjections et de la mort. J’ai été dérangée par la vision des corps, des rues et des chambres. C’est puissant. J’ai trouvé les descriptions plus fortes et sensorielles que celles du Parfum de Süskind que je n’avais pas aimé. Ce roman me fait aussi penser à Zola et Sade par rapport à la qualité et à l’intensité des descriptions ainsi qu’aux propos du comte à l’encontre de la morale catholique et des bonnes moeurs. Comme Sade, le comte ouvre les yeux du jeune homme sur la nature profonde des hommes et de la vie.
Ce livre traite également de l’homosexualité à cette époque, chose inacceptable… Je n’avais jamais rien lu à ce propos pour cette période. Et j’ai trouvé ça intéressant parce que finalement les rapports charnels décrits ne servent pas à procréer mais à rechercher la jouissance. Nous avons donc une sexualité libérée de l’espèce et donc libre d’exister en tant que plaisir. Mais finalement, ce plaisir offert et retiré de l’acte ne fait que chosifier encore l’être. Et donc qu’apporte cette sexualité sinon encore un peu d’inhumanité ?
J’ai aimé voyager dans les profondeurs de Paris et de l’âme. Roman très fort qui ne laisse pas indemne. Roman qui dérange mais qu’on ne peut qu’admirer.
Les avis d’Ys, Flora et Laurent.
Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard, 2008
Livre lu dans le cadre du challenge du 1% littéraire proposé par Levraoueg. Il s’agit de mon quatrième sur sept.

Ce roman ne m’attirait pas beaucoup et je crois que je vais continuer à passer mon chemin. La période ni le sujet ne m’intéressent.
Ce livre m’a bien plu aussi, j’ai été séduite par l’histoire et par l’écriture de Del Amo, même si parfois, on étouffe !
Ce livre fait parti de ma PAL , et je pense le livre très bientôt !
@ Manu : C’est dommage mais il y a tant de livres à découvrir alors il ne faut pas se forcer… C’est un roman difficile.
@ Ys : J’ai aussi été séduite par son écriture… On a la nausée parfois, oui…
@ Alice : J’attends ton impression. Bonne lecture.
Une des bonnes surprises littéraires de cette année. J’ai beaucoup aimé.
@ Le Bibliomane : J’ai aussi beaucoup aimé. Ce fut une surprise troublante.