Entries Tagged as ''

D’un retour…

Dans Gens des nuages, Jemia et J.M.G. Le Clézio nous convient à un voyage dans le désert marocain, vers la Saguia el Hamra. Ce livre est l’évocation, le compte-rendu, d’un retour aux origines de Jemia. Pour elle, il s’agit d’un retour aux sources, à son histoire, à son identité. Pour lui, il s’agit d’une découverte d’un lieu extrêmement riche historiquement et spirituellement. Le texte est sublime et poétique. Ils décrivent tellement bien ce qu’ils voient, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent qu’on le voit, le ressent et le vit avec eux. On voyage et on est émerveillé. Et puis, ils parlent du désert tellement bien. Ils parlent des héros de ce désert marocain, de ses chefs spirituels, de son histoire, de ses luttes. Ils parlent aussi des gens qui l’habitent, leur liberté et leur soumission à ce désert. C’est magnifique. Quand on referme ce livre, on est plein de leur expérience intense et on rêve de partir. Un livre à lire pour les passionnés du désert. Un livre pour tous.

Quelques passages et phrases que j’aime particulièrement :

Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert. Aucun désert ne ressemble à un autre, et pourtant, chaque fois le coeur bat plus fort. (p. 37)

Mais les grandes civilisations qui ont éclairé le monde ne sont pas nées au paradis. Elles sont apparues dans les régions les plus inhospitalières de la planète, sous les climats les plus difficiles. (p. 56)

Sans doute l’un des reproches qu’on pourrait faire à notre temps est-il de rendre facile l’accès à ces contrées autrefois interdites aux étrangers. Pourtant, le désert reste le pays le plus difficile, le plus mystérieux, malgré les véhicules tout-terrain et les balises électroniques. C’est que son mystère ne réside pas dans sa nature visible, mais plutôt dans sa magie, dans cet absolu irréductible qui échappe à l’entendement humain. (p. 59)

Il y en a tant d’autres que j’aimerais partager… Lisez ce livre fabuleux.

Gens des nuages, Jemia et J.M.G. Le Clézio, Folio

De fantômes…

J’ai lu et entendu beaucoup de choses à propos de Lunar Park de Bret Easton Ellis lors de sa sortie. J’avais lu quelques pages. Je n’ai pas poursuivi ma lecture. J’avais même oublié de quoi parlait ce roman. Jusqu’au jour où mon ami Cheval m’a prêté le livre et m’a donc permis de reprendre une lecture interrompue et de découvrir que finalement ce roman est super.
Au début du roman, l’auteur revient sur sa vie, ses romans, ses problèmes de drogue et de famille. Ce petit rappel autobiographique ou en partie autobiographique met en place le cadre du roman et offre aux lecteurs un aperçu des œuvres de Ellis. Cette partie est assez lente. C’est intéressant, mais j’avais peur que le roman ne soit qu’une évocation de la carrrière de l’auteur. Finalement, ces quelques pages sont très utiles pour la suite du roman.
On embarque alors dans une histoire terrifiante et angoissante dans laquelle l’auteur se met en scène mais aussi sa famille et ses voisins. Il s’agit donc dans ce roman d’une autofiction mais tellement réaliste au départ qu’on commence à douter de notre réalité et de la probabilité de la véracité des faits. Le roman est construit sous forme d’un journal relatant quotidiennement des événements étranges arrivés à l’auteur, événements ayant tous un rapport avec son passé et ses œuvres. Grâce à cette forme de narration, la tension monte progressivement. Si au départ, on le prend pour un fou et on doute de sa santé mentale, au fur et à mesure que le récit avance, on se sent mal, on devient angoissé. On se dit qu’il n’est pas si fou, que ce qui se passe n’est pas le fruit de son imagination mais bien réel. Bret Easton Ellis réussit donc à garder l’intérêt de son lecteur, mais aussi à lui faire vivre l’émotion et le sentiment d’angoisse et de peur qui anime le narrateur. C’est génial.
Ici, on se demande comment une vie peut-être gâchée par le succès, par la gloire. On se demande aussi si nos fantômes ont une vie et si ce qu’on crée peut se matérialiser. Comment un père peut renouer le contact avec un fils qu’il a d’abord rejeté. On se demande aussi si Bret Easton Ellis annonce par ce livre sa retraite. À voir.

Ce roman fantastique et psychologique est original et terrifiant. Une fois happé par le cauchemar, on ne peut pas en sortir. Il ne ressemble pas aux deux livres que j’ai lus (American Psycho et Les lois de l’attraction).

Les avis de : Thom, Caroline et de Lisa.

Lunar Park, Bret Easton Ellis, Pocket.

D’un cavalier…

Voilà plusieurs jours que j’ai terminé Le Cavalier suédois de Leo Perutz et je ne sais pas comment parler de ce formidable roman. Il y est question d’usurpation d’identité et de position sociale déterminée par le nom. Deux hommes, un voleur et un déserteur, transis de froid, se réfugient dans le moulin du meunier, le rencontrent et passent un ‘pacte’ avec lui. Pour cela, le déserteur, Christian von Tornefeld, homme de haute naissance, a besoin d’argent et de secours. Il envoie donc le voleur auprès de son parrain afin de pouvoir poursuivre sa route. Mais, on ne peut pas faire confiance aux voleurs. Le voleur sans nom rêve d’avoir un vie de gentilhomme auprès du ‘parrain’.Voilà le début de l’intrigue…

Le lecteur comprend le voleur, le soutient dans sa quête, n’est pas scandalisé par la conduite de celui-ci. Le voleur est juste et astucieux. Il est vraiment très intelligent. J’ai trouvé qu’il méritait son statut et son bonheur. Que tout ça finalement était légitime car Christian von Tornefeld nous est présenté comme un petit être égoïste, uniquement animé du désir de servir son roi et est souvent qualifié par le voleur de ‘blanc-bec’. Je n’ai eu aucune sympathie pour lui car il ne mérite pas le bonheur que connaît pendant un temps le Voleur.

Malheureusement, il y a toujours un moment où l’on doit se repentir et payer pour ses fautes. Ce que Perutz nous raconte ici c’est finalement le destin tragique d’un homme qui voulait juste être heureux et posséder sa terre. La vie est cruelle !

Le Cavalier suédois est une sorte de roman historique qui se situe au 18e siècle, de roman d’aventures  palpitant et de roman quelque peu fantastique. C’est un roman au charme désuet, symbolique et mystérieux.

Ce livre m’a été offert par Lucile lors du Swap Cape et Epée. Je suis ravie d’avoir découvert cet auteur que je ne connaissais pas du tout mais dont j’avais lu tellement de bonnes critiques.

Elles l’ont lu : Fashion, Emeraude, Kalistina, Katell, Sophie, Caro[line], Caroline et Sentinelle.

Le Cavalier suédois, Leo Perutz, Phébus libretto

D’une nuit d’amour…

Enculée de Pierre Bisiou est un très beau roman à propos duquel il est difficile de parler. Je ne peux écrire ici que ce que j’ai ressenti à cette lecture.

Ce roman est une magnifique lettre d’amour écrite par le narrateur et adressée à celle qu’il aime. Mais il s’agit ici d’une lettre d’amour particulière, une lettre qui fait revivre un moment magique qu’ils ont vécu et qu’il ne veut pas oublier. Le narrateur couche sur le papier leur ultime(?) nuit d’amour et de sexe. Une nuit d’amour elle-même particulière puisque les amants vont aller au-delà des normes, ils vont les transgresser pour vivre quelque chose d’intense. Bien que le vocabulaire soit très cru et parfois même pornographique, je l’ai trouvé très juste et très sensible. L’auteur n’a pas peur des mots. Il les utilise pour ce qu’ils sont : une réalité, une intimité, un fantasme. De plus, ce vocabulaire est très riche. Il n’y a aucune répétition alors que leurs gestes sont finalement assez répétitifs.

Ce roman est très sensible aussi parce qu’on sent la profondeur et la fragilité de cet amour, de leur amour. La peur qui habite cet homme, sa peur de ne pas satisfaire mais aussi sa peur de la perdre. Il est animé par une certaine inquiétude. Il sait qu’elle ne restera pas, qu’il n’est pas l’homme de sa vie. Elle est encore jeune. Il l’a éveillée à la sensualité et à la sexualité. Elle lui a donné sa virginité et sa pureté. Mais que restera-t-il de cet amour ?

Un roman subtil, drôle, fragile, angoissé et amoureux. L’évocation indécente d’une nuit d’amour intense et vibrante.

C’est un roman qu’on ne peut pas lire n’importe comment ni n’importe quand. Je conseille de le lire chez soi, sans interruption et dans un état d’esprit reposé. Ce n’est pas une lecture facile. C’est profond (sans jeux de mots.).

Les très beaux billets d’Ys et d’Agnès.

Enculée, Pierre Bisiou, Stock, 2008

De l’ignorance…

L’ignorance de Kundera est un livre dense. Un livre sur la mémoire, la nostalgie, l’émigration et la vie. Un livre qui nous embarque dans l’univers du retour et de l’introspection. Ce roman est dur aussi. Le regard des autres pèse et nous renvoie à notre solitude. L’homme, chaque être individuel, n’intéresse personne. On n’est chez nous nulle part à partir du moment où on a quitté notre chez soi. Qu’est-ce que le retour ? Qu’est-ce que la mémoire ? Questionnement sur le passé, le présent et le futur. Pourquoi devons-nous revivre le passé une fois que nous l’avons abandonné ? Devons-nous avancer, choisir notre vie ? Ce roman est doux et beau par le ton. Un roman profond aussi. La structure est assez compliquée : même si on suit l’histoire d’Irena jusqu’au bout, d’autres personnages gravitent autour de cette hsitoire centrale. Chaque chapitre nous entraîne à découvrir les considérations des autres personnages : leurs réflexions sur le temps, sur la vie et leur histoire. Finalement, la fin ramène tout à l’identique. Les personnages sont ramenés à leur solitude, à l’ignorance de l’autre. On ne connaît jamais le passé, ni l’avenir, ni même le présent. L’ignorance est notre sort, notre vie.

L’ignorance, Milan Kundera, Folio

De deux…

La Prime fermé, je me suis ruée dans la librairie la plus proche pour acheter la suite des aventures de Stéphanie Plum, Deux fois n’est pas coutume et A la une, à la deux, à la mort de Janet Evanovich. À peine sortie de la librairie, j’ai ouvert Deux fois n’est pas coutume et l’ai dévoré. C’est addictif.

Ce deuxième opus est toujours aussi captivant et je l’ai trouvé plus drôle que le premier bien que l’action se passe principalement dans un salon funéraire. Stéphanie Plum est toujours aussi maladroite, têtue, impulsive et reste la cause des malheurs de Morelli (toujours aussi craquant). La grand-mère de Stéphanie, Mamie Mazur, se révèle être une excellente chasseuse de primes, indispensable à sa petite-fille. Quelle grand-mère ! On rêve tous d’en avoir une pareille. Et puis, la maman de Stéphanie nous donne l’eau à la bouche pendant tout le récit. avec tous ses plats. Morelli, mmmm Morelli. Il est d’une patience impressionnante. Par contre, Ranger est assez insignifiant dans cet épisode. Il ne fait rien d’intéressant. J’aurais bien aimé assister à la rencontre des deux hommes. Quel spectacle !

Stéphanie Plum est mon héroïne de l’année. Je suis contente d’avoir succomber à cette série.
Le troisième volume m’attend mais je veux le garder pour plus tard. Ah, c’est difficile !

Deux fois n’est pas coutume, Janet Evanovich, Pocket

D’une prime…

C’est en voyageant sur de nombreux blogs de lecture que j’ai entendu parler de Janet Evanovich et de son héroïne, Miss Stéphanie Plum. Et puis voilà qu’un jour j’achète le premier volume de la plus célèbre chasseuse de primes de la littérature, La Prime. Le verdict ? J’adore ! Je suis fan ! Il n’y a plus beaucoup de choses à dire sur ce livre car tout a été dit… Mais il faut simplement rappeler les personnages si attachants, drôles et tordus de Janet Evanovich, les malheurs de l’héroïne et les beaux mâles qui habitent ces pages. Ranger n’est pas très présent dans ce volume et les quelques descriptions du personnage ne m’ont pas fait craquer. J’ai plutôt eu un boentje pour Morelli. Ah Morelli ! Quel homme !

J’ai passé un très très très très bon moment avec ce livre qui m’a remonté le moral. En effet, ce livre est léger, drôle, agréable et nous enlève tous nos tracas quotidiens. Je pense sérieusement suivre une thérapie Stéphanie Plum. Rien de mieux pour être en forme et de bonne humeur.

Cinq minutes après avoir fermé La prime, je suis entrée dans une librairie où j’ai acheté les deux volumes suivants. Je garde en réserve pour quand ça n’ira vraiment pas.

En tout cas, je vais en parler à mes amies…

La Prime, Janet Evanovich, Pocket

D’un crime…

Voilà un roman que j’ai adoré malgré des débuts difficiles. De sang-froid de Truman Capote est un excellent roman journalistique, très intéressant et très complet sur l’histoire d’un crime atroce commis par deux jeunes hommes un peu déséquilibrés. Au départ, leur but n’était que de vider le coffre de la famille, mais ce vol tournera en cauchemar car les victimes n’avaient rien à donner. Ces deux petits délinquants deviendront des meurtriers en une nuit. Truman Capote nous transporte dans ce crime, il rend les personnages très proches. Capote est un conteur merveilleux. La construction du roman rend très bien les émotions de tous les personnages car il nous fait vivre cette histoire de tous les côtés en alternant tout le temps les points de vue et en rendant les personnages humains. Ce ne sont plus des personnages mais des personnes humaines ayant réellement existé. C’est un travail incroyable. Capote raconte la vie et les projets de la famille Clutter quelques heures avant le crime. Ensuite, on participe aux préparatifs du vol/meurtre avec les deux jeunes gars. Capote les rend presque sympathiques. Ensuite, il ne cessera d’alterner les points de vue, ce qui a pour effet d’augmenter la tension, de captiver le lecteur en lui faisant vivre toute l’intrigue. On est en cavale et à la chasse à l’homme en même temps. J’ai été happée par le roman. Et puis, alors que j’allais découvrir la vérité (en tant que policier), dans mon édition, trente pages manquaient et étaient remplacées par trente pages déjà lues. J’étais désespérée car j’étais dans un camping en Espagne et donc dans l’impossibilité de l’emprunter ou de le lire ailleurs. Quand je suis rentrée, le livre n’était pas à la bibliothèque. J’ai donc passé un peu de temps dans un magasin multimédia de Bruxelles pour lire les pages manquantes. C’est la première fois que je le faisais et j’étais assez gênée. Mais j’avais vraiment envie de pouvoir continuer et n’avais pas envie d’acheter une nouvelle édition. C’est un roman qui ne laisse pas de répit. La construction en fait un roman complet et haletant très bien documenté qu’il faut absolument lire. Je l’ai de loin préféré à La Traversée de l’été.


De Sang-froid, Truman Capote, Folio


Lu au départ dans le cadre du Challenge Celebrate the author mais je n’ai pas eu le temps de faire de recherches pour sa biographie. Truman Capote est né le 30 septembre 1924.