Et c’est malheureusement encore avec un jour de retard que je célèbre la naissance d’un très grand poète français : René Char.
René Emile Char voit le jour le 14 juin 1907 à l’Isle-sur-la-Sorgue, dont son père était la maire dès 1905, dans le Vaucluse. Imposant et impulsif, il joue passionnément au rugby. Pensionnaire au lycée d’Avignon puis, en 1925, étudiant à l’École de commerce de Marseille, il lit Plutarque, Villon, Racine, les romantiques allemands, de Vigny, de Nerval et Baudelaire. En 1924, il fait un voyage en Tunisie où son père avait créé une petite plâtrière. Après avoir travaillé à Cavaillon dans une maison d’expéditions, il effectue en 1927 son service militaire dans l’artillerie à Nîmes. Son premier recueil, Cloches sur le cœur, rassemblant des poèmes écrits entre 1922 et 1926, est publié en 1928. Malheureusement, il détruira la plus grande partie des exemplaires.
En 1929, René Char fonde la revue Méridiens avec André Cayatte et il adhère au mouvement surréaliste après avoir rencontré Arangon, Breton et Crevel. Il publie en décembre 1929 Profession de foi du sujet dans le douzième numéro de La Révolution surréaliste. Le 14 février 1930, les surréalistes saccagent à Paris le bar « Maldoror », lors d’une bagarre au cours de laquelle Char est blessé d’un coup de couteau dans l’aine. Son adhésion au surréalisme ne dure qu’un moment pendant lequel il signera quelques tracts et un recueil en commun avec Eluard et Breton en 1930, Ralentir travaux. Tandis qu’il lit Rimbaud, Lautréamont, les philosophes présocratiques et les grands alchimistes, Char publie également en avril 1930 à Nîmes Tombeau des secrets, avec un collage de Breton et Éluard. Aragon, Breton, Char et Éluard créent la revue Le Surréalisme au service de la révolution. Artine paraît aux Éditions surréalistes, chez José Corti, avec une gravure de Salvador Dali. En 1931, Char signe les tracts surréalistes concernant le film L’Âge d’or (réalisé par Dali et Buñuel et attaqué par les ligues de droite), l’exposition coloniale et la situation politique en Espagne. Durant l’été, Char, Nusch et Éluard s’embarquent à Marseille, font escale à Barcelone et séjournent à Cadaqués chez Dali et Gala. Après un voyage en Espagne avec Francis Curel, Char épouse à Paris en octobre 1932 Georgette Goldstein qu’il a rencontrée peu de temps auparavant à Cannes.
En 1934, il reprend son indépendance par rapport au mouvement surréaliste. Son oeuvre devient celle d’un solitaire ne souffrant aucun compromis. Elle témoigne de son insoumission devant les agressions du monde. Char est un homme d’action, le devenir du monde l’importe au plus haut point. En 1937, il dédie son Placard pour un chemin des écoliers aux “enfants d’Espagne”. Démobilisé en 1940, il entre presque aussitôt dans la Résistance sous le pseudonyme Alexandre. Il commande le Service action parachutage de la zone Durance. Son QG est installé à Céreste (Basses-Alpes). Il y écrit son journal, chronique de la résistance, qui sera publié sous le nom Les Feuillets d’Hypnos en 1946. En 1944, Char est appelé en mission à Alger auprès de l’Etat-Major interallié d’Afrique du Nord où il y rencontre le général de Gaulle dont il gardera un médiocre souvenir. Souhaitant faire jouer à Avignon une pièce de théâtre qu’il venait d’écrire, René Char et Jean Vilar créent le premier Festival de théâtre d’Avignon en 1947. René Char est un poète engagé dans son temps. En 1948, le danger de pollution de la nature lui inspire une pièce, le Soleil des eaux. En 1965, il mène campagne contre l’implantation de fusées nucléaires sur le plateau d’Albion.
En 1968, Char publie Retour amont illustré de 4 eaux fortes de Giacometti, il tourne Du Soleil des eaux pour la télévision et il est victime d’une première crise cardiaque. En 1971, Char est mis à l’honneur à travers une exposition organisée par la fondation Maeght et un numéro spécial publié par les cahiers de l’Herne. En 1977, il rencontre pour la première fois Marie Claude de Saint-Seine qui travaille aux éditions Gallimard et avec laquelle il se mariera dix ans plus tard. En 1978, René Char est à nouveau victime d’une attaque cardiaque très sérieuse. La Bibliothèque nationale organise en 1980 une exposition qui lui est consacrée : « Les manuscrits de Char enluminés par les peintres du XXe siècle ». René Char a reçu tous les honneurs de son vivant car, en 1982, le musée bibliothèque René Char est inauguré à l’Isle-sur-la-Sorgue à l’Hôtel Camperdon. Mais, dès 1984, le poète retire ses oeuvres déposées à l’Hôtel en raison de difficultés avec la municipalité sur la conception et le fonctionnement du musée. En 1983, ses Oeuvres complètes sont publiées dans la collection La Pléiade de Gallimard. En 1986, l’exposition « Lettera amorosa » de Braque et Char a lieu à Fontaine de Vaucluse au Musée Pétrarque. René Char meurt d’une crise cardiaque le 19 février 1988. En mai de la même année, paraîtra un recueil posthume L’éloge d’une soupçonnée.
La poésie de Char puise sans cesse dans le réel et dans la terre. Il est enraciné dans son pays natal et s’inspire abondamment de la Provence, de ses pierres, sa flore et sa faune. Mais ce côté bucolique n’est que l’apparence d’une recherche toujours plus rigoureuse de son état d’homme. Sa poésie est hermétique, son travail résidant dans l’épuration de ses phrases jusqu’à les réduire à des instantanés.
Bibliographie succincte
Le Marteau sans maître (1934)
Placard pour un chemin des écoliers (1937)
Dehors la nuit est gouvernée (1938)
Seuls demeurent (1945)
Feuillets d’Hypnos (1946)
Poème pulvérisé (1947)
Fureur et Mystère (1948)
Matinaux (1950)
Lettera Amorosa (1952)
La parole en archipel (1962)
Le Nu perdu (1971)
La Nuit talismanique (1972)
Chants de la Balandrane (1977)
Fenêtres dormantes et portes sur le toit (1979)
Les voisinages de Van Gogh (1985)
Eloge d’une soupçonnée (1988)
Tags: Biographie, Celebrate the author par Lau
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