Dans ce roman, La joueuse d’échecs, Bertina Henrichs nous entraîne sur une petite île grecque, Naxos, à la rencontre d’Eleni, une femme de chambre insignifiante d’une quarantaine d’années, mère de deux enfants, qui n’a jamais quitté son île. Cette femme ordinaire va découvrir les échecs alors qu’elle s’occupe du ménage de la chambre d’un jeune couple de français et qu’elle fait tomber par hasard une pièce de l’échiquier dont la partie était entamée. Au départ, Eleni pense acheter le jeu pour l’anniversaire de son mari mais elle doit le faire discrètement car dans un petit village d’une petite île tout se sait et elle veut lui garder la surprise. Pour cela, elle se rend chez son ancien professeur, désormais retraité, qui la reçoit gentiment mais surtout intrigué. Il accepte sa demande avec beaucoup de surprise et lui conseille un échiquier électronique qui permettra à son mari de jouer seul. Il lui achète également un manuel.
Le jour de l’anniversaire de son mari, Eleni est légèrement angoissée. Son mari va-t-il apprécier le cadeau ? Elle prend un risque parce que les échecs ne sont pas répandus dans l’île et ils sont réservés à une ‘élite’. Lorsqu’il découvre son cadeau, son mari est étonné, il la remercie et puis il range le jeu. Il n’y touchera jamais. Quelques mois plus tard, Eleni se met à jouer. Elle joue un peu, cherche à comprendre les pièces, découvre les règles tout en continuant à s’occuper de son ménage. Règle d’or dans les ménages îliens ! Jusqu’au jour où elle s’oublie dans le jeu… Elle sauve la mise en invitant sa famille au restaurant. Désormais, elle décide de cacher sa nouvelle passion dans le congélateur. Eleni ne jouera plus ouvertement, elle continuera à effectuer toutes ses tâches domestiques et à soigner sa petite famille. Par-contre, elle ne fera plus rien en dehors de son travail, du ménage et des échecs. Elle travaillera en vitesse, elle ne prendra plus son café habituel avec sa patronne, elle n’ira plus parler avec son amie, la concierge du village. On commence à se poser des questions à son propos mais pas trop… Elle se rend également chez le professeur, au moins une fois par semaine, pour avoir un adversaire. Eleni ne pense plus qu’aux échecs. Un jeu d’hommes où, quasiment, aucune femme n’a sa place. Eleni se révèle très bonne. Lors de sa première victoire, Eleni veut partager son enthousiasme et sa passion. Elle se confie à sa meilleure amie qui rit. Elle se moque d’Eleni car les échecs ce n’est pas un jeu pour elle. Mal lui en a pris car le lendemain, la nouvelle s’est répandue et tout le village est au courant de sa nouvelle passion. Son mari la rejette, ne comprend pas. Il a honte, il est la risée du village. Eleni est seule face au jugement des autres. Cependant, le professeur, aidé du pharmacien, va tenter de la pousser à jouer, à s’investir totalement car elle est douée. Il va l’entraîner afin qu’elle puisse participer à un tournoi à Athènes. Il veut la libérer, lui montrer de quoi elle est capable. Eleni s’émancipe. Elle part seule sans l’avis de son mari à Athènes et participe au tournoi. Finalement, Eleni sera reconnue par son mari et par tout le village comme une héroïne. Après la honte, les moqueries, viendront la reconnaissance et la fierté.
J’ai beaucoup apprécié cette histoire, son évolution et l’écriture. L’auteure nous embarque sur cette île et nous fait découvrir l’univers des échecs. Je n’y connais vraiment rien aux échecs mais je n’ai pas eu l’impression d’être exclue. Comme Eleni, je découvrais le jeu, ses règles, son art. Toutefois, ce livre ne m’a pas du tout donné envie d’y jouer. Je trouve très intéressant de voir l’évolution d’une passion chez un personnage et surtout de voir les réactions du milieu. Ce milieu, le petit village sur la petite île, est joliment et sincèrement peint. Bertina Henrichs nous montre le refus du changement, le poids des traditions, le rôle des femmes dans la société, le poids de la morale aussi. Et pourtant, dans cette histoire, on rencontre quelques personnages ‘hors-normes’ tels que le professeur, le pharmacie, Eleni ou encore son amie qui ne s’est jamais mariée. J’ai été emportée par l’histoire de cette femme de chambre, j’ai vécu avec elle. C’est un bon livre, une bonne histoire. Un livre qu’on lit vite avec plaisir. Mais il a manqué quelque chose pour que ce soit un livre magnifique.
Livre lu dans le cadre du Prix des Lecteurs du Livre de Poche.
La joueuse d’échecs, Bertina Henrichs, Le Livre de Poche, 2008
Tags: Littérature francophone, Prix par Lau
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